Le groupe israélien Mitrelli, via sa filiale Owini, est au cœur d’un scandale qui mêle soupçons de surfacturations massives et détresse des sous-traitants ivoiriens. Si le Pôle pénal économique et financier (PPEF) commence enfin à s’intéresser aux flux financiers du groupe, l’immunité dont bénéficie son fondateur, Haim Taib, interroge jusqu’au sommet de l’État.
C’est un dossier qui commence à brûler les doigts de l’administration ivoirienne. Le contrat de 98,3 milliards FCFA signé en avril 2020 pour l’adduction d’eau dans 95 sous-préfectures devait être la vitrine du savoir-faire israélien en Afrique de l’Ouest. Six ans plus tard, le projet ressemble davantage à un gouffre financier doublé d’un cimetière pour les entreprises locales.
Pour comprendre pourquoi le dossier a longtemps stagné, il faut observer l’architecture du groupe. Dirigé par Haim Taib, Mitrelli est l’héritier direct de LR Group, une entité fondée par d’anciens cadres du renseignement israélien. En Côte d’Ivoire, Mitrelli n’est pas qu’un constructeur de châteaux d’eau, c’est un partenaire stratégique qui évolue dans les sillage de la coopération militaire et technologique. Cette proximité avec les services régaliens offre au groupe un « parapluie diplomatique » quasi impénétrable.
Le calvaire des sous-traitants
Derrière les chiffres pharaoniques se cache une réalité sociale brutale. Pour réaliser ses travaux, Owini (filiale de Mitrelli) s’est appuyée sur le tissu de PME locales. Aujourd’hui, une vingtaine d’entre elles sont au bord de l’asphyxie financière. La société, Rochel BTP, dirigée par Éraste Aké Beugré, réclame 446 millions FCFA d’impayés pour des travaux pourtant exécutés. Selon nos informations, les tentatives de médiation ont tourné au bras de fer. Aux réclamations légitimes des entrepreneurs ivoiriens, la direction de Mitrelli aurait opposé des menaces de « représailles administratives » et d’anéantissement commercial. Un mépris qui détonne avec les discours officiels sur la promotion des champions nationaux.
Surfacturations et Blanchiment, le PPEF entre en scène
Le vent serait-il en train de tourner ? Selon des sources judiciaires concordantes, le Pôle Pénal Économique et Financier (PPEF) a discrètement ouvert une enquête. Les enquêteurs s’intéressent à deux volets majeurs. Des audits internes suggèrent des écarts abyssaux entre les montants facturés à l’État ivoirien et la valeur réelle des infrastructures livrées sur le terrain. Un soupçon de détournement de deniers publics.
La complexité des flux financiers entre les filiales du groupe (basées notamment dans des juridictions opaques) et les donneurs d’ordre attire désormais l’attention de la Cellule de Traitement de l’Information Financière (CENTIF).
Un test pour la « Bonne Gouvernance » ? La question reste entière. Le gouvernement ivoirien osera-t-il aller au bout de la procédure au risque de froisser son partenaire israélien ? Le traitement du cas Mitrelli sera-t-il le véritable baromètre de la lutte contre l’impunité.
Pour les sous-traitants, l’heure n’est plus à la diplomatie, mais à la survie.
Source : Enquête Media 16/03/206