Le groupe d’ingénierie helvético-israélien, pilier des grands chantiers de l’ère Ouattara, est visé par une instruction pour détournement de fonds publics. Une procédure qui fragilise l’édifice contractuel du BTP ivoirien.
Le calme habituel du Pôle pénal économique et financier d’Abidjan a laissé place, le 23 avril, à une fébrilité inhabituelle. Selon les informations de EnquêteMedia, le juge du 4ᵉ cabinet d’instruction a officiellement notifié la mise en examen du groupe Mitrelli (ex-LR Group) pour « détournement de deniers publics » et « blanchiment de capitaux ». Cette décision marque un tournant brutal dans les relations entre l’État ivoirien et l’un de ses partenaires privés les plus en vue.
L’architecte de l’EPC+F sur la sellette
En une décennie, Mitrelli s’est imposé comme le partenaire incontournable de la présidence ivoirienne pour les projets structurants. En s’appuyant sur le modèle de l’EPC+F (Engineering, Procurement, Construction and Financing), le groupe dirigé par l’homme d’affaires Haim Taib a capté plus de 500 milliards de francs CFA (760 millions d’euros) de marchés publics.
Le portefeuille du groupe couvre les secteurs les plus névralgiques du Plan national de développement (PND) : Construction d’hôpitaux de référence et de centres de santé urbains, programmes de logements sociaux, dont plusieurs chantiers accusent d’importants retards, édification de campus universitaires et de centres de formation technique.

Des flux financiers sous surveillance
L’enquête, pilotée par la Police économique, se concentre sur la traçabilité des décaissements effectués par le Trésor public. Les enquêteurs soupçonnent une distorsion entre les fonds mobilisés via les lignes de crédit internationales et la réalité des travaux exécutés sur le terrain.
Des commissions rogatoires ont été émises pour examiner les flux financiers transitant par les filiales du groupe. L’enjeu est de déterminer si une partie des marges de ces contrats a été siphonné vers des circuits opaques. Plusieurs cadres du groupe pourraient être auditionnés dans les prochaines semaines, tandis que des perquisitions visent à saisir la comptabilité analytique des projets en cours.
Pour l’exécutif ivoirien, qui a fait de la « bonne gouvernance » un argument de campagne pour les échéances à venir, l’issue de ce dossier est capitale. En s’attaquant à un champion des marchés publics, le Pôle pénal teste sa capacité à s’affranchir des réseaux d’influence qui gravitent traditionnellement autour des méga-contrats d’infrastructure.
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