Le seul drame des Africains n’est ni la pauvreté, ni le sous-développement. Ces maux ne sont que des conséquences. Le véritable drame, le plus profond, le plus durable, c’est l’oubli, c’est l’effacement mémoriel que nos bourreaux ont inscrit dans notre ADN, patiemment, pendant des siècles. Oui, nous avons oublié que des mains et des têtes ont été coupées, que des enfants ont été égorgés devant leurs parents pour qu’ils aillent collecter plus d’hévéa.
Le peuple de l’oubli, le peuple qui se soumet encore après cette noire histoire qu’aucun autre peuple sur la terre n’a connue. Comment comprendre qu’après des siècles de traite transatlantique, des siècles durant lesquels notre continent a été saigné, dépecé, déshumanisé, il ait fallu attendre le 25 mars 2026 pour que le monde, enfin, désigne ce crime par son nom ? « Le plus grave crime contre l’humanité. »
Ces mots, prononcés à l’ONU, résonnent comme une vérité trop longtemps étouffée.
Pourtant, dès 1945, le procès de Nuremberg avait qualifié la Shoah comme l’un des plus horribles crimes contre l’humanité. À peine ces « barbares d’Européens » (c’est Sarkozy qui l’a dit) avaient fini leur guerre « mondiale » que la punition des Juifs par Hitler était condamnée.
À l’époque, nos morts à nous, nos blessures à nous, nos vies brisées par millions ne comptaient pas encore assez pour mériter une telle qualification, alors même que nous étions obligés de participer à ces guerres loin de nos terres pour SAUVER la France.
Il a fallu attendre plus de 80 ans pour que l’humanité, pour que l’ONU se réunisse en assemblée et daigne enfin nommer notre tragédie, vécue depuis 1492.
Mais pourquoi le monde oublie-t-il que la traite arabo-musulmane, du 7ème au 20ème siècle, fut la traite la plus longue perpétrée contre l’Afrique, avec son lot de castrations des esclaves déportés d’Afrique vers l’Arabie ? Pourquoi oublie-t-on que le dernier marché d’esclaves officiel en Arabie Saoudite n’a été fermé qu’en 1962, sous la pression internationale ?
Et pourquoi le monde oublie-t-il que dans la législation française, les textes du Code Noir n’ont jamais été formellement abrogés ? Oui, depuis 1685, Louis XIV a légalisé l’esclavage des « biens meubles », a réglementé la répression, les tortures, les mutilations et les obligations des maîtres. L’Union Africaine, pour porter la voix d’un peuple africain fier, doit rappeler et dénoncer ces faits.
Alors oui, saluons le Ghana.
Saluons encore la mémoire de Kwame Nkrumah. à travers son pays, qui a eu le courage de porter cette résolution de l’Union Africaine devant le monde, saluons un acte fort, un acte de dignité. La terre de W.E.B. Du Bois, de Cheikh Anta Diop, la terre de la mémoire noire, a parlé.
Mais ne nous y trompons pas.
Cette reconnaissance, aussi tardive soit-elle, nous ne l’espérions pas pour bénéficier de réparations, oh que non ! Déja les principaux acteurs de ce crime — ceux qui en ont été les architectes, les bénéficiaires — ont déjà fait connaître leur position.
- Les États-Unis ont voté contre.
- Le Royaume-Uni s’est abstenu.
- La France, si prompte à se présenter comme la patrie des droits de l’homme, s’est également abstenue.
- L’Union Européenne, celle qui profite encore de l’Afrique, nos « partenaires » qui nous aident pour notre développement, l’UE qui veut « libérer Bazoum », s’est abstenue.
Ils ne nous doivent pas une main tendue. Ils nous doivent la vérité et la justice.
Notre lutte, aujourd’hui, n’a plus besoin de reconnaissance. Elle n’a plus besoin de cette main tendue que certains espèrent depuis des siècles. Car cette main, quand elle s’est tendue, c’était souvent pour tirer les chaînes ou interdire les réparations sans jamais nommer le crime.
Les Africains veulent porter eux-mêmes leur mémoire. Ils veulent guérir par eux-mêmes, avec leurs forces, leurs langues, leurs vraies histoires — celles que les Blancs n’ont pas écrites pour eux.
Le 25 mars 2026, le crime a été nommé. C’est une étape. Ce n’est qu’un souffle, car le monde s’est ligué contre nous ! Mais ce n’est pas un pardon qu’on nous accorde. On n’en a d’ailleurs pas besoin. C’est un constat que nous avons arraché, de haute lutte, à une conscience mondiale qui aura mis trop longtemps à s’éveiller.
Désormais, nous savons. Désormais, le monde sait.
Et à ceux qui se sont tus, qui se sont abstenus, qui ont voté contre, nous disons :
Notre mémoire ne passe plus par vos mains. Vous n’êtes plus les garants de notre histoire, ni les prophètes de notre avenir.
À bon entendeur, j’ai dit !
