Quand le nom rappelle l’ordre mais que le bilan crie au désordre
Alors qu’Abidjan étouffe sous les déchets, le ministre de l’hydraulique, de l’assainissement et de la salubrité, Amédé Kouakou cible les opérateurs privés pour épargner la gestion de l’Agence nationale de gestion des déchets (ANAGED), pilotée par Sarrahn Ouattara, nièce du chef de l’État.
L’ultimatum fixé au 1er juin 2026 par le ministre de l’hydraulique, de l’assainissement et de la salubrité (Minhas),
Amedé Kouakou, aux entreprises de pré-collecte et de ramassage des déchets d’Abidjan s’apparente à un paratonnerre politique. Alors que les principaux districts de la capitale économique ivoirienne – en tête desquels Yopougon et Abobo – font face à un engorgement critique des infrastructures de salubrité publique accentué par les premières pluies, la tutelle s’efforce d’épargner le régulateur étatique : l’Agence nationale de gestion des déchets (Anaged).
À la tête de cet Établissement public à caractère industriel et commercial (Epic) stratégique se trouve Sarrahn Ouattara. Nommée en 2018, la directrice générale est une nièce du président Alassane Ouattara, ce qui lui confère une immunité de fait au sein de l’appareil d’État, malgré un bilan opérationnel de plus en plus contesté par les bailleurs de fonds et les municipalités.
Un régulateur aux prérogatives hypertrophiées
Pourtant, le cadre juridique ivoirien place l’Anaged au cœur du dispositif. Régie par le décret n° 2017-692, l’agence dispose de compétences exclusives.Elle élabore et met en œuvre la politique gouvernementale de gestion des déchets, sélectionne, note et détient le pouvoir de sanctionner ou de résilier les contrats des opérateurs privés, perçoit et redistribue les ressources issues de la taxe d’assainissement.
En pratique, l’Anaged fait office de « maire technique » pour les questions de salubrité. Les griefs du secteur privé et des collectivités locales se concentrent sur le manque d’anticipation des équipes de Sarrahn Ouattara. Sur un gisement estimé à près de 4 millions de tonnes de déchets par an dans le district autonome d’Abidjan, le taux de collecte réel stagne, laissant d’importants volumes s’accumuler dans des décharges sauvages, faute d’infrastructures de transfert secondaires fonctionnelles.

L’impasse technique et financière
Le plan de modernisation et d’économie circulaire promu par l’Anaged se heurte à la réalité du terrain. Le guichet unique de l’agence est régulièrement décrit par les sous-traitants comme un goulot d’étranglement administratif. Les centres de tri et de valorisation promis tardent à sortir de terre, tandis que le site d’enfouissement technique de Kossihouen frôle la saturation sans qu’aucun plan d’urgence ou site alternatif n’ait été formellement validé par la direction générale.
Pour dédouaner l’Anaged, le Minhas met régulièrement en avant le manque de moyens des communes ivoiriennes. Un argument qui omet la réforme de 2017 : en dissolvant l’Anasur au profit de l’Anaged, l’exécutif a précisément centralisé les pouvoirs technico-financiers pour retirer cette charge aux mairies, privées depuis lors des budgets afférents.
Une tutelle sous contrainte politique
La descente sur le terrain du ministre Amédé Kouakou pour « sermonner » directement les transporteurs et pré-collecteurs revèle les dysfonctionnements de la tutelle technique. En se substituant au régulateur pour gérer la crise médiatique, le ministère cherche à éviter une mise en cause directe de Sarrahn Ouattara.
Cette diplomatie interne au sein du Rassemblement des houphouëtistes pour la démocratie et la paix (RHDP) paralyse la chaîne de responsabilité. En focalisant les sanctions sur les seuls maillons opérationnels (les camionneurs et les PME de collecte), le gouvernement protège le management de l’Anaged. Une stratégie de statu quo qui pèse sur l’attractivité de la capitale économique, alors que le coût financier et sanitaire de la crise environnementale abidjanaise commence à inquiéter la primature.