Facebook
Twitter
LinkedIn
WhatsApp

EDITORIAL/ AFFAIRE AGROUSOURCE DE ACHIROU : BALLE AU CENTRE !

MONSIEUR ACHIROU, IL EST TEMPS DE RÉPONDRE – SANS ÉCRAN, SANS DÉTOUR, SANS ÉPOUSE

Monsieur Mohamed-Adnane Achirou,
Vous avez cru que le bruit médiatique autour d’un procès, une page Facebook people, des mercenaires recrutés dont un certain Nahou Kanté avatar Konan Konan Justice et le silence des enquêteurs suffiraient à éteindre l’incendie.
Vous avez parié que l’opinion publique, fatiguée des polémiques et passionnée de foot, finirait par ranger votre dossier dans la case « rumeurs » ou « concurrence déloyale ». Vous avez surtout compté sur votre épouse, Marie-Paule Adjé-Achirou, pour porter un démenti dont vous vous êtes courageusement tenu à l’écart.
Nous ne sommes pas des réseaux sociaux. Nous ne sommes pas des détracteurs anonymes. Nous sommes une rédaction d’investigation qui, depuis des semaines, confronte les déclarations publiques aux registres officiels, les chiffres affichés aux bilans accessibles, les partenariats affichés aux réalités contractuelles. Et ce que nous avons mis au jour ne relève pas du commérage : c’est un faisceau de dix-sept incohérences niveau GAFI, de silences assourdissants et de choix opaques qui, accumulés, forment un sombre tableau que vous ne pouvez plus ignorer.
Alors, Monsieur Achirou, puisque vous avez choisi de ne pas répondre directement, nous prenons la plume pour vous poser, publiquement, les questions que tout Ivoirien, tout partenaire économique, tout contribuable devrait entendre. Sans détour. Sans écran. Sans épouse.

  1. VOTRE CHIFFRE D’AFFAIRES : RÉALITÉ OU STRATAGÈME ?

Vous revendiquez 29 millions de dollars de chiffre d’affaires consolidé, un patrimoine de 27 milliards de FCFA. C’est votre vitrine. Mais votre filiale principale, Prime Prestige, affiche un capital social de 50 millions de FCFA – soit à peine 0,18 % de ce chiffre d’affaires. Un ratio que les banques et les assureurs jugeraient intenable pour un opérateur se disant du négoce international.
Alors, la question est claire : ces 29 millions de dollars sont-ils passés en douane ? Sont-ils déclarés à la DGI ? Où sont les manifestes, les bordereaux d’exportation, les lettres de crédit ? Nous avons sollicité les autorités douanières. Nous attendons et nous publierons leur réponse. Mais vous, Monsieur Achirou, pourquoi ne produisez-vous pas ces éléments ? Pourquoi votre communication officielle reste-t-elle muette sur ce gouffre entre le capital et le CA ?

  1. LA CONCESSION DE 24 000 HECTARES À TOUBA : MÉGA-PROJET SOLAIRE OU PARAVENT ?

Vous annoncez en mai 2025 une concession foncière de 24 000 hectares – soit deux fois et demie la taille de la commune de Cocody – dans la zone de Touba, région du Bafing. Une zone frontalière avec la Guinée et le Mali, traversée par des flux d’orpaillage illicite et de transhumance armée, documentée par les rapports des Nations unies comme corridor de financement du terrorisme sahélien et de blanchiment de capitaux.
Vous présentez ce foncier comme support d’un projet solaire surréaliste. Mais aucun permis environnemental, aucune étude d’impact, aucune étude de commodo et incommodo n’ont été rendus publics. Les autorités locales, interrogées, ne confirment aucune autorisation de mise en valeur.
Alors, Monsieur Achirou, à qui a été attribué ce titre foncier ? À quel prix ? Par quel décret ? Pour quelle durée ? La chaîne de propriété est-elle nette ? Et surtout : pourquoi un groupe agro-industriel naissant, avec un capital social d’à peine 10 000 € en France, investit-il dans un bien de cette ampleur dans une zone aussi sensible, sans que les bailleurs de fonds – BPI France, le Fonds de Solidarité Africain – aient jugé bon de s’en alarmer et au moins de communiquer à ce sujet ?

  1. LA RESTRUCTURATION DE PRIME PRESTIGE : COÏNCIDENCE OU CALCUL ?

Le 22 octobre 2024, vous transformez Prime Prestige de SARL en SAS – une forme juridique qui permet d’opacifier l’actionnariat. Trois jours plus tard, le GAFI annonce le placement de la Côte d’Ivoire sur sa liste grise.
Trois jours ! Soit 72 heures. Le délai pour finaliser une telle transformation est, en droit ivoirien, d’au moins deux semaines. Vous aviez donc anticipé. Vous saviez.
Alors, Monsieur Achirou, quelle était l’urgence ? Qui sont les nouveaux actionnaires ? Pourquoi cet acte a-t-il été signé chez un notaire à Bouaké, alors que le siège est à Abidjan-Vridi ? Ce n’est pas une question de détail : c’est une question de transparence. À quand une clarification de la structure actionnariale ?

  1. LA FONDATION F.A.I.R.E. : PHILANTHROPIE OU ÉCRAN ?

Lors de l’Africa CEO Forum de mai 2025, vous avez affirmé que la Fondation FAIRE « appartient au groupe Agrosources ». Juridiquement, en Côte d’Ivoire, une association loi 1901 ne peut « appartenir » à une société commerciale. Elle est une personne morale distincte.
Alors, de quel droit parlez-vous d’appartenance ? La fondation a-t-elle été déclarée au Journal officiel ? A-t-elle fait l’objet de l’enquête de moralité de la Sûreté nationale exigée par la loi ? Quels sont ses comptes ? Nous avons relevé que sa directrice des programmes siège également au comité de durabilité de votre holding – un conflit d’intérêts manifeste. Le crowdfunding de 15 à 20 millions de FCFA pour des fournitures scolaires à Diavé, zone où se trouvent vos sites industriels, alimente une circulation circulaire des fonds. Pouvez-vous nous garantir, pièces à l’appui, que chaque franc collecté a été utilisé conformément à l’objet social de la fondation ?

  1. LE DÉMENTI DU 27 JUIN : POURQUOI PAR L’ÉPOUSE, POURQUOI SUR FACEBOOK, POURQUOI SANS AVOCAT ?

Le 27 juin, alors que les rumeurs enflent, vous laissez votre épouse diffuser un communiqué sur des pages Facebook à vocation people. Pas sur votre site institutionnel. Pas sous votre signature. Pas avec l’en-tête d’un cabinet d’avocats. Pas avec l’annonce d’une plainte en diffamation.
Ce démenti, vous le savez, ne mentionne ni le mot « blanchiment », ni « procédure », ni « PPEF ». Il parle d’« amalgames » – reconnaissance implicite qu’il y a des faits, mais qu’ils ne vous seraient pas correctement attribués. Il évoque des « allégations susceptibles d’induire en erreur » – on se demande bien sur quoi elles pourraient induire, sinon sur la matérialité des faits eux-mêmes.
Monsieur Achirou, vous qui revendiquez des partenariats avec BPI France, l’ONU, des gouvernements régionaux, n’auriez-vous pas dû produire un communiqué officiel, signé de votre main, adossé à une structure juridique crédible, et adressé à l’ensemble des médias nationaux et internationaux ? Pourquoi ce repli sur un canal périphérique, celui d’une épouse ? Parce que vous ne vouliez pas engager votre responsabilité personnelle ? Parce que vous espériez que ce démenti discret passerait inaperçu ? Ou parce qu’une défense trop visible aurait forcé vos partenaires à prendre position – et à révéler ce qu’ils savent ?

  1. LE FINANCEMENT BPI FRANCE : 3 MILLIONS D’EUROS, POUR QUOI FAIRE ?

Nous avons appris que BPI Financement & Export vous a accordé, en mai 2025, un prêt de 3 millions d’euros pour Pure Power Africa. Un montant conséquent. Or, cette société, à notre connaissance, n’a pas encore produit de bilan public, ni de rapport d’activité. Où sont les études de faisabilité ? Quelles sont les garanties ? BPI France a-t-elle effectué une due diligence sur l’origine des fonds du groupe ? A-t-elle eu connaissance de la transformation de Prime Prestige intervenue trois jours avant la liste grise du GAFI ?
Nous avons écrit à BPI France. Nous attendons leur réponse. Et nous la rendrons publique. Mais vous, Monsieur Achirou, pouvez-vous d’ores et déjà publier les termes de ce financement, les échéances, et les justificatifs de son utilisation ?

  1. LE CORRIDOR CI-LIBERIA-GHANA : POURQUOI VOTRE CHAÎNE D’APPROVISIONNEMENT PASSE-T-ELLE PAR CES ZONES ?

Votre société Prime Prestige déclare s’approvisionner en Côte d’Ivoire et dans sa sous-région, notamment le Liberia et le Ghana. Ce corridor est connu des services de renseignement pour les trafics de cacao, d’or, de carburants et d’anacarde. Ce n’est pas un hasard : c’est un axe de contrebande documenté.
Alors, quel est exactement votre circuit logistique ? Vos marchandises sont-elles déclarées ? Vos transporteurs sont-ils agréés ? Vos douanes sont-elles informées ? Nous demandons une transparence totale sur les manifestes, les factures et les connaissements.

EN GUISE DE CONCLUSION : LE TEMPS DES ÉQUIVOQUES EST RÉVOLU

Monsieur Achirou, vous n’êtes pas un inconnu. Vous seriez un chef d’entreprise qui a sollicité la confiance des institutions, des bailleurs, des populations. Cette confiance est un bien précieux, et elle se mérite par la transparence.
Les questions que nous posons ne sont pas des rumeurs. Ce sont des anomalies documentées, des silences encombrants, des choix structurels qui, dans le contexte ivoirien de lutte contre le blanchiment, méritent des réponses claires. Dix-sept anomalies sont ainsi référencées et elles s’alignent sur les recommandations de vigilance du GAFI.
Nous ne vous accusons pas. Nous vous invitons à vous expliquer. Mais nous vous prévenons : nous ne nous contenterons pas d’un post Facebook ni d’une nouvelle déclaration en roue libre d’une épouse émue. Nous attendons un communiqué formel, signé courageusement de votre main, adressé à l’ensemble des médias, avec des engagements chiffrés et datés. Nous attendons que vous produisiez les documents : liasses fiscales, actes notariés, décrets fonciers, manifestes douaniers, contrats de financement.
Vous avez 15 jours. Passé ce délai, nous publierons une seconde analyse, avec des éléments supplémentaires que nous avons déjà recueillis mais que nous réservons pour l’instant. Nous espérons que vous saisirez cette main tendue – car nous savons tous que, dans une démocratie, la défense passe par la preuve, non par l’omission.
La balle est dans votre camp, Monsieur Achirou. Le pays regarde. Les partenaires regardent. Et nous, nous continuons à enquêter.

Taki. B
Directeur de Publication de Enquête Média
Abidjan, le 21 juillet 2026.

Articles récents

CAIDP : la mise en scène d’une institution qui tourne à vide

21 juillet 2026

EDITORIAL/ AFFAIRE AGROUSOURCE DE ACHIROU : BALLE AU CENTRE !

21 juillet 2026

Blanchiment présumé : l’actrice Marie-Paule Adjé au cœur de la stratégie de crise d’Agrosources.

20 juillet 2026

Filière café-cacao : sept zones d’ombre dans la commercialisation de l’or brun

19 juillet 2026

EXCLUSIF – Malaise au MGC de Simone Gbagbo : Le 1er vice-président et porte-parole, Pr TRAORÉ Klognimban Dominique, démissionne

18 juillet 2026

Comment la direction de l’INFAS court-circuite les directives d’Anne Ouloto.

16 juillet 2026

Affaire Monogaga : Nouveau report judiciaire sur fond de harcèlement et de passe-droits

15 juillet 2026

Côte d’Ivoire : L’ICRG-GAFI en mission d’évaluation finale du 8 au 11 septembre 2026

14 juillet 2026

Narcisse Sépy Yessoh face au retour des réseaux de fraude à l’ÉNA.

13 juillet 2026

Mirage des 24 000 hectares photovoltaïques d’Agrosources à Touba,Mohamed Adnane Achirou, l’homme derrière le fantomatique projet solaire.

12 juillet 2026

1 milliard en carburant, 160 millions en un jour… Le vertige des chiffres à la mairie de San Pedro.

10 juillet 2026

Affaire des démolitions de Koumassi Campement : onze jours entre l’arrestation et le juge, ce que dit et ne dit pas le droit

6 juillet 2026

Le trou noir du milliardaire : quand Hair Fashion Style disparaît et qu’Agrosources surgit du néant

3 juillet 2026

Agrosources & Fondation F.A.I.R.E. : L’enquête qui dérange

2 juillet 2026

Affaire Émile Abi-Aad : Six ans de défi à l’État brisés par les bulldozers

1 juillet 2026

Côte d’Ivoire : « Pkandji », bien plus qu’une voiture.

29 juin 2026

Quand le « Made in China » étouffe l’industrie locale : l’impossible émergence d’un champion ivoirien

29 juin 2026

Filière avicole en Côte d’Ivoire : Une success story sous pression fiscale

28 juin 2026

Mairie de San Pedro : le dossier de détournement qui embarrasse le RHDP face au GAFI.

28 juin 2026

Double peine à l’ENS : Quand la fin de formation se transforme en business

26 juin 2026
Activer les Notifications OK Non merci