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Agrosources & Fondation F.A.I.R.E. : L’enquête qui dérange

Agrosources & Fondation F.A.I.R.E. : L’enquête qui dérange

Derrière le vernis philanthropique, un édifice financier aux fondations branlantes.

C’est un cas d’école que les services de renseignement financier de la zone UEMOA suivent de près. En une poignée de mois, le Groupe Agrosources et sa vitrine caritative, la Fondation F.A.I.R.E., ont tissé une toile médiatique impressionnante : drones agricoles, distributions de fournitures scolaires à Diapé, discours sur l’autonomisation des femmes et mariage en grande pompe avec une star du cinéma.

Un « miracle » entrepreneurial qui interroge. Car sous les paillettes de la communication tantôt bling bling, tantôt RSE, l’édifice repose sur des contradictions comptables béantes, une gouvernance en circuit fermé et un vide juridique qui transforme la philanthropie en boîte noire financière.

Le grand écart du chiffre d’affaires

Commençons par un exercice de mathématiques élémentaires. Sur son site officiel, Agrosources Group affiche fièrement plus de 29 millions de dollars de chiffre d’affaires en 2022. Une autre page du même site évoque même 60 millions de dollars, tandis que des articles de presse mentionnent plus de 50 millions de dollars en 2023. Une performance remarquable pour une « multinationale agro-industrielle » présente dans cinq pays d’Afrique de l’Ouest.

Problème : ces chiffres sont en contradiction frontale avec la réalité juridique.

La société AGROSOURCES SASU a été immatriculée au Registre du Commerce et des Sociétés de Paris le 13 mars 2023. Son capital social est de 10 000 euros. Ses statuts, déposés le 21 mars 2023, mentionnent un associé unique : Mohamed Adnane ACHIROU, dirigeant de la société. En 2023, l’entreprise ne possédait aucun salarié.
Comment une société créée en mars 2023 a-t-elle pu générer 29 millions de dollars de chiffre d’affaires en 2022 sans aucun salarié ?
La question est simple. La réponse engage la responsabilité pénale de ses dirigeants. En France, la publication de comptes inexacts constitue un délit. En Côte d’Ivoire, le Pôle Pénal Économique et Financier (PPEF) est compétent pour traquer ces mécanismes de blanchiment autonome.
L’incohérence des flux déclarés et la réalité des registres légaux forment ce que les enquêteurs qualifient de « typologie de dissimulation financière ».
Car le zigzag ne s’arrête pas là : le chiffre d’affaires passerait de 29 à 50 millions, puis à 60 millions de dollars en quelques mois. Des bonds de géant que ne reflètent ni les effectifs, ni les infrastructures, ni les bilans officiels de l’entité française.

Fondation F.A.I.R.E. , une coquille vide à la gouvernance verrouillée

Annoncée en août 2023, la Fondation F.A.I.R.E. devait incarner la responsabilité sociale du groupe. Vitrine numérique impeccable, références aux chartes des Nations Unies, discours altruiste… Le packaging est séduisant.
Mais l’enveloppe révèle une structure qui n’en est pas une.
Première anomalie : Absence totale de mentions légales sur le site http://fondationfaire.com. En France comme en Côte d’Ivoire, c’est un délit pénal.
Deuxième anomalie : Le bouton « Termes et Conditions » est inactif. Aucun protocole KYC ni KYB*. N’importe qui peut injecter des fonds sans justifier de son identité ni de l’origine de ses capitaux.
Troisième anomalie : La gouvernance est un circuit fermé. Elle est pilotée par les cadres du groupe commercial, notamment Mme Gbizié Joelle Marina. Aucun conseil d’administration indépendant. La fondation n’est qu’un satellite direct de la société commerciale.

Crowdfunding sans filet : le modèle de la collecte aveugle

C’est dans la mécanique de ses levées de fonds que la Fondation F.A.I.R.E. franchit la ligne rouge.
Le groupe orchestre des campagnes de crowdfunding à 15 à 20 millions de FCFA par projet. La plateforme accepte les paiements par carte bancaire ou Mobile Money sans aucune vérification d’identité.
Pour les spécialistes de la conformité, le financement participatif est un « aspirateur à capitaux anonymes ». Sans KYC, un opérateur peut utiliser 50 cartes prépayées ou des comptes fictifs pour s’envoyer à lui-même des fonds sous couvert de fausses donations.
L’argent d’origine douteuse se mélange aux dons légitimes. Une fois collectée, la somme est retirée massivement ou transférée vers la société mère sous couvert de « frais de gestion ».
Dans la zone UEMOA, où la BCEAO a durci le ton sur la finance digitale, ce modèle est une bombe à retardement.

L’altruisme comme paravent

Le mécanisme n’est pas nouveau. Les Autorités de Renseignements Financiers d’Afrique de l’Ouest et de l’Est ont multiplié les gels de comptes visant des structures non gouvernementales utilisant des fondations pour opérer des transferts internationaux massifs présentés comme des « dons anonymes ».

Le business modèle de F.A.I.R.E. reproduit trait pour trait cette mécanique.

À Diapé, le 8 septembre 2023, la fondation a distribué du matériel à quatre écoles. Un geste louable. Mais ce voile d’altruisme ne saurait masquer l’édifice bancal sur lequel repose l’ensemble du dispositif.

Ce que risque l’écosystème Agrosources

L’addition pourrait être salée.

En France : 5 ans d’emprisonnement et 375 000 euros d’amende pour présentation de comptes annuels infidèles.
En Côte d’Ivoire : le PPEF applique la doctrine du blanchiment autonome, qui permet des poursuites sans infraction principale établie. L’absence de KYC, l’opacité des flux et l’incohérence des déclarations constituent un faisceau de présomptions suffisant pour déclencher une enquête.

Le début d’une très longue série

Selon nos informations, le dossier est désormais entre les mains du PPEF d’Abidjan. C’est ce faisceau d’anomalies qui a mis la structure dans le collimateur des autorités judiciaires.

Pourtant, ce que vous venez de lire n’est que la première livraison d’une série d’investigations.
Car derrière les dizaines de millions de dollars se cache un dossier plus lourd : l’acquisition présumée de 24 000 hectares pour un projet de centrale solaire.
Selon le groupe, la concession est déjà acquise. Pourtant, aucune traçabilité foncière claire, aucune mise en chantier visible* ne corroborent ce projet pharaonique. Le président *Adnane Mohamed Achirou annonce une centrale financée par BPI à hauteur de 3 millions d’euros, mais entre les annonces et la réalité, le fossé se creuse.

Si le volet financier est déjà sulfureux, la question foncière pourrait révéler l’ampleur réelle d’un système qui n’a de philanthropique que le nom.

La suite de notre enquête promet d’être explosive.

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