Mohamed Adnane Achirou, l’homme derrière le fantomatique projet solaire.
Le groupe franco-ivoirien dirigé par Mohamed Adnane Achirou vante un projet solaire aux dimensions planétaires dans la région du Bafing. Une enquête de la rédaction révèle une entreprise d’enfumage financier calquée sur des infractions passées au Sénégal et au Bénin, alors que le projet étatique officiel est piloté en toute discrétion par Infinity Power.
C’est un scénario bien connu des chancelleries et des spécialistes du capital-investissement en Afrique de l’Ouest, mais qui prend cette fois-ci des proportions inédites à Abidjan. Depuis mai 2025, la discrète société Agrosources et sa filiale Pure Power Africa tentent d’accréditer la thèse de la construction de la « plus grande centrale solaire du monde » à Touba, dans le nord-ouest de la Côte d’Ivoire. L’annonce, relayée sans filtre par les canaux officiels comme l’Agence Ivoirienne de Presse (AIP), mentionne une concession pharaonique de 24 000 hectares.
Selon les investigations de Enquête Media, cette méga-infrastructure – qui nécessiterait des dizaines de milliards d’euros pour une capacité estimée entre 12 et 16 GW, soit le double du parc installé ivoirien – ne repose sur aucune réalité juridique, foncière ou technique. Le dossier suscite l’inquiétude grandissante des services de régulation, qui y voient les prémices d’une vaste escroquerie à l’épargne.

L’ombre d’Infinity Power sur le véritable projet de Touba
Au sein du ministère des Mines, du Pétrole et de l’Énergie dirigé par Mamadou Sangafowa Coulibaly, le dossier Agrosources est traité avec un embarras certain. Et pour cause : l’État ivoirien pilote déjà un projet solaire à Touba, mais ses caractéristiques n’ont rien de commun avec le mirage d’Agrosources.
Le deal officiel : Il s’agit d’une parcelle de 50 hectares située à Mahana, attribuée via un appel d’offres international rigoureux supervisé par la Société financière internationale (SFI), filiale de la Banque mondiale. C’est le consortium égypto-émirati Infinity Power Holding qui a décroché le marché pour installer 58,6 MWc. Les équipes sont déjà sur le terrain pour un raccordement prévu au réseau national dès la fin de l’année 2026.
Sollicitées, les autorités énergétiques ivoiriennes ainsi que la chefferie locale de Mahana confirment n’avoir jamais signé le moindre accord, protocole ou bail emphytéotique avec Agrosources pour les 24 000 hectares revendiqués.
Une coquille vide à 10 000 euros
Les structures financières d’Agrosources ne correspondent en rien à l’envergure du projet. La maison mère, enregistrée en France en mars 2023, affiche un capital social de seulement 10 000 euros et n’a publié aucun bilan comptable. Sa filiale locale, Pure Power Africa, demeure introuvable dans les registres du commerce ivoiriens d’Abidjan.
Pourtant le patron d’Agrosources, Mohamed Adnane Achirou, assure détenir l’ensemble des feux verts réglementaires, sans toutefois être en mesure de produire un seul titre de propriété ou contrat d’achat d’électricité (Power Purchase Agreement- PPA) signé avec la Compagnie ivoirienne d’électricité (CIE). Plus grave encore, un « Certificat de propriété foncière coutumière » circule sous le manteau auprès de potentiels apporteurs de capitaux. Or, le droit domanial ivoirien n’accorde aucune valeur juridique à ce type de document sans immatriculation définitive au livre foncier.
De Dakar à Cotonou, l’axe transfrontalier du « solaire miracle »
Le mode opératoire d’Agrosources rappelle s’y méprendre deux dossiers judiciaires qui ont récemment défrisé la chronique financière régionale.
Le précédent « Sénégal Sun Power » (2019-2021) : La structure avait capté 2,4 milliards de francs CFA (environ 3,6 millions d’euros) auprès de la diaspora sénégalaise pour une centrale fictive de 120 MW à Kaffrine. Le promoteur, arrêté à Lomé en 2023, purge actuellement sept ans de prison.

Le dossier « Bénin Solar 2030 » (2022-2024) : À Parakou, ce projet fantôme de 200 MW adossé à des obligations aux Seychelles promettait 15 % de rendement. L’argent a été siphonné vers des comptes offshore et des intermédiaires basés à Londres, aujourd’hui ciblés par des notices rouges d’Interpol.
À Abidjan, les premiers réseaux de démarchage ciblant les cercles de la diaspora et les clubs d’investisseurs privés ont commencé à s’activer autour du projet de Touba. Bien qu’aucune levée de fonds massive n’ait encore été finalisée par Pure Power Africa, le parquet d’Abidjan est régulièrement alerté par les services de conformité bancaire sur les risques de fuite de capitaux via des mécanismes de « préfinancement d’études » ou d’émissions de cautions sans valeur. Face à la multiplication de ces signaux faibles, le silence des autorités ivoiriennes et notamment de la Cellule de veille anti Ponzi logée au Ministère du Budget, commence à faire grincer des dents dans les couloirs du GAFI, dont les évaluateurs s’interrogent quant à l’impact de ce scandale naissant sur la capacité de la Côte d’Ivoire à lutter contre le blanchiment de capitaux.
Par la rédaction de enquête Média
Publié le 11 juillet 2026