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Comment la direction de l’INFAS court-circuite les directives d’Anne Ouloto.

Les liaisons dangereuses de la gratuité et le mystère de la « Décision n° 07826132867 ».

Alors que la ministre d’État, ministre de la Fonction publique, Anne Désirée Ouloto, dit multiplier les initiatives pour imposer la transparence et la probité au sein de l’administration ivoirienne, une affaire de frais de scolarité jugés abusifs s’invite dans les couloirs de l’Institut National de Formation des Agents de Santé (INFAS). En cause : la prise en charge financière des infirmiers et infirmières spécialistes en formation pour les promotions 2025-2026 et 2026-2027.

Le bouclier théorique de la gratuité

Sur le plan réglementaire, le dossier ne souffre pourtant d’aucune ambiguïté. La Décision n° 07826132867/MEMFPMA/DGFP/DFRC, signée par la ministre d’État, encadre très strictement le statut de ces agents de santé retournés sur les bancs de l’école pour se spécialiser.
Son deuxième article consacre un statut protégé en plaçant les agents, durant toute la durée de leur cursus à l’INFAS, sous la position statutaire de « fonctionnaires-élèves » . Le troisième article, quant à lui, formule un engagement financier souverain en disposant explicitement que l’ensemble des dépenses afférentes à cette formation est « imputable au budget de l’État ».
Ce cadre juridique d’un État-providence, censé couvrir intégralement les frais de ces fonctionnaires déjà en poste, se heurte pourtant de plein fouet à des pratiques de guichet beaucoup plus onéreuses.

La « taxe » invisible : blouses à prix d’or et fascicules obligatoires

Sur le terrain, la réalité financière imposée aux fonctionnaires-élèves s’avère singulièrement éloignée des textes ministériels. Selon des documents internes et plusieurs témoignages recueillis dans l’établissement, l’administration de l’INFAS exige des frais d’équipement et de scolarité particulièrement élevés.
Les futurs spécialistes sont ainsi sommés de s’acquitter de la somme de 170 000 FCFA.pour l’achat de leurs tenues réglementaires de formation. À cette dépense initiale vient s’ajouter l’achat obligatoire de fascicules pédagogiques facturés à hauteur de 50 000 FCFA par semestre, soit une charge récurrente de 100 000 FCFA par année d’étude, sans compter divers frais annexes et logistiques régulièrement réclamés au fil de la scolarité.
Pour ces agents de l’État, dont le traitement de base reste modeste et dont le versement des bourses de spécialisation subit fréquemment les lenteurs de la bureaucratie financière, cette obligation de débourser près de 270 000 FCFA dès la première année constitue un effort financier majeur et inattendu.

Un court-circuit budgétaire sous le radar de la Primature

Cette asymétrie flagrante entre les décrets d’Abidjan et les réalités du campus de l’INFAS pose une question de gouvernance qui commence à faire grincer des dents au sommet de l’État.
Si l’article 3 de la décision ministérielle stipule que le budget de l’État couvre l’intégralité des dépenses de formation, comment justifier que les fonctionnaires-élèves doivent eux-mêmes financer leurs outils d’apprentissage et leurs tenues de travail ? La question de la destination des crédits publics alloués à l’institut reste entière.
En coulisses, la direction de l’institut justifie souvent ces contributions directes par les retards de décaissement des subventions publiques et la nécessité de maintenir la qualité de l’encadrement. Un argumentaire qui peine à convaincre les spécialistes de la santé, qui dénoncent une forme de parafiscalité abusive sur le dos des agents.
Alors que le Premier ministre Robert Beugré Mambé prône une gestion rigoureuse des établissements publics nationaux, ce dossier sensible relève les failles du contrôle de gestion dans les structures de formation publiques. Les syndicats de la santé, désormais sur le pied de guerre, attendent un arbitrage rapide de la ministre d’État pour mettre fin à cette double facturation.

Dossier à suivre…

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