Plus de 35 000 arbres plantés pour restaurer la forêt
Le soleil n’a pas encore percé la canopée de Kani qu’un bruissement familier anime déjà le sous-bois. Ce vendredi, 24 juillet, marque le septième et dernier jour d’une aventure humaine et écologique hors du commun. Sur le terrain, l’atmosphère oscille entre la fatigue accumulée d’une semaine d’efforts intenses et la ferveur des grands jours. Pour les volontaires du Camp international de reboisement, le temps presse. Avant que la chaleur étouffante de l’après-midi ne ralentisse les gestes, une unité d’élite — l’équipe commando — s’enfonce une dernière fois dans la terre meuble de la forêt classée de Kani Bandama-Rouge.
L’objectif de cette ultime matinée est d’achever le maillage végétal avant la cérémonie de clôture. Les pelles s’enfoncent avec rythme, les mains moulent la terre autour des jeunes tiges, et le miracle opère à nouveau. En seulement quelques heures, quatre mille quatre-vingt-quatorze nouveaux plants trouvent leur place dans ce sol réhabilité. Lorsque le dernier jeune pousse est solidement ancré, un cri de joie spontané traverse les rangs des bénévoles.

La tension s’efface pour laisser place à une immense fierté partagée avec les équipes de la Fondation Cœur Vert.
Le bilan global de cette semaine de mobilisation force le respect et témoigne d’une logistique maîtrisée au millimètre. Au total, ce sont trente-cinq mille deux cent trente-six arbres qui ont été plantés pour redonner vie à cet écosystème fragilisé. Cette véritable forêt du futur repose sur un équilibre botanique soigneusement étudié : une majorité écrasante de vingt-et-un mille baobabs, colosses résilients de la biodiversité locale, épaulés par plus de sept mille gmelinas, cinq mille cédrelas et plus de deux mille tecks.
Derrière ces chiffres impressionnants se cache avant tout une formidable aventure humaine. Deux cent treize paires de mains se sont unies au quotidien pour réussir ce pari. Parmi elles, cent soixante-trois jeunes bénévoles venus de divers continents ont croisé leurs trajectoires avec celles de cinquante membres actifs de l’Association des jeunes de Kani. Sur le terrain, les barrières linguistiques et culturelles se sont dissoutes dans la sueur et la terre, laissant émerger une communauté d’action dédiée à la cause climatique.

En début d’après-midi, le calme revient sur la parcelle alors que la communauté se rassemble pour la cérémonie officielle de clôture. En présence du Préfet du département de Kani, du représentant du parrain et des autorités locales, l’heure est au constat et au soulagement. Pourtant, au milieu des félicitations d’usage et de la satisfaction générale, la Fondation Cœur Vert choisit de cadrer le véritable enjeu des mois à venir : la survie de cette jeune forêt.
Prenant la parole devant l’assemblée, Ody-Marc Duclos pose les termes d’un contrat moral indispensable : « Si la satisfaction est de mise, la Fondation Cœur Vert a tenu à lancer un message fort aux autorités administratives, aux services forestiers et aux populations locales : la mission ne s’arrête pas à la mise en terre. Un arbre planté n’est une victoire que s’il grandit et s’enracine durablement. Sans ce suivi, l’effort consenti aujourd’hui risque de s’effacer demain. »
Constat lucide
la mise en terre n’est que la première étape d’un long processus de restauration. Dans cette région, la jeune plantation reste exposée à des périls majeurs que sont les feux de brousse incontrôlés, la divagation du bétail et les pressions liées à la transhumance. Pour que cette initiative ne reste pas un simple coup d’éclat éphémère, un plan de suivi rigoureux est immédiatement préconisé. Il imposera la mise en place de protections physiques autour des jeunes pousses ainsi qu’une campagne de remplacement systématique des sujets qui ne survivraient pas aux premières saisons.
Alors que les participants commencent à replier leurs équipements, le regard se tourne vers ces milliers de petites tiges verdoyantes qui zèbrent désormais le paysage de Kani Bandama-Rouge. L’effort collectif a posé les fondations ; c’est désormais à la responsabilité partagée des acteurs locaux et des institutions de veiller sur ce patrimoine naissant pour qu’il devienne, demain, la grande forêt vivante de toute une région.
LA REDAC’
Photos : YLO Design Studios