En coulisses, la gestion des forêts ivoiriennes s’apparente de plus en plus à un casse-tête politique pour le ministre des Eaux et Forêts, Jacques Assahoré Konan. Alors que la présidence de la République affiche l’ambition de porter la couverture forestière du pays à 20 % d’ici 2030, la Société de développement des forêts (SODEFOR) se retrouve au cœur d’une sourde fronde interne.
Profils contestés à la surveillance
La colère des syndicats et des techniciens du ministère s’est cristallisée autour d’une nomination récente à un poste pourtant hautement stratégique. L’ancien sergent-chef Kouadio Kouadio Hermann, récemment promu, a pris les rênes de la Brigade de surveillance et de contrôle de la SODEFOR. Une direction clé pour endiguer le trafic de bois qui ronge le pays.


En interne, le profil de l’intéressé suscite un vif embarras. Selon nos informations, plusieurs dossiers disciplinaires et judiciaires passés refont surface dans les couloirs du ministère. Notamment une garde à vue à Bouaké en 2014 liée à une enquête sur un vol de bois et un incident disciplinaire distinct répertorié lors d’une opération à la section locale de la Banque nationale d’investissement (BNI), des notes de la haute administration pointant des soupçons de complicité dans le sciage à façon clandestin.
Face à ces états de service, le choix d’un profil aussi controversé fragilise la crédibilité de la brigade auprès des bailleurs internationaux — notamment l’Union européenne — très sourcilleux sur la traçabilité du bois via les accords de partenariat volontaire (APV-FLEGT).
Dans les rangs des agents des Eaux et Forêts, certains n’hésitent plus à dénoncer un favoritisme à ancrage communautaire, liant la trajectoire de Kouadio Hermann à sa proximité avec le ministre, qui serait originaire de la même région.
L’ombre de la PALMCI sur l’agroforesterie
Ce malaise sécuritaire se double d’un arbitrage économique tout aussi explosif. L’Unité de coordination de projet (UCP), l’organe étatique chargé de la négociation des conventions forestières, s’apprête à sceller un accord de concession majeur avec la PALMCI, la puissante filiale oléagineuse du groupe Sifca.
Le projet prévoit la cession de parcelles en « agroforêt » pour l’exploitation de palmiers à huile. Cette stratégie de « cohabitation » public-privé, officiellement pensée pour stabiliser la déforestation en intégrant les cultures, est jugée aberrante par les experts en environnement du ministère. Le palmier à huile reste, aux yeux des standards internationaux, l’un des premiers moteurs de la déforestation en Afrique de l’Ouest.
Après les scandales successifs de l’exploitation illégale dans la forêt classée de Monogaga et l’orpaillage clandestin toléré à ciel ouvert dans celle de Goin-Débé, cette concession à l’agro-industrie risque de brouiller définitivement le message d’Abidjan.
Enquête Media