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Le crépuscule des ambitions de Mariatou Koné à l’Éducation nationale

Nommée en 2021 pour incarner la rupture technique après la décennie politique de Kandia Camara, l’anthropologue Mariatou Koné va voir son magistère s’enliser. Entre réformes bureaucratiques, priorités électoralistes du RHDP et critiques sur sa gestion de cabinet, l’espoir de la « méritocratie » a peiné à transformer l’essai des États généraux.

L’illusion du « moment technocratique »

Lorsqu’elle prend possession de la Tour D à Abidjan, Mariatou Koné bénéficie d’un état de grâce inédit. Contrairement à sa devancière, Kandia Camara — figure de proue du Rassemblement des houphouëtistes pour la démocratie et la paix (RHDP) dont la gestion était perçue comme un levier clientéliste — la nouvelle ministre arrive avec l’aura de l’experte. Professeure d’université, elle portait l’espoir des syndicats et des parents d’élèves : celui d’une école gérée de l’intérieur.
Le point d’orgue de cette ambition fut le lancement des États généraux de l’éducation nationale et de l’alphabétisation (EGENA). Dix mois de consultations, des milliers d’acteurs mobilisés et un diagnostic sans complaisance soutenu par la Banque mondiale et l’AFD. Pourtant, trois ans plus tard, le constat fut amer. Les recommandations structurelles dorment dans les tiroirs, remplacées par une « gouvernance par le séminaire » qui peine à masquer l’immobilisme.

La politique du ruban contre la réalité des labos

Au sein du gouvernement de Robert Beugré Mambé, la stratégie éducative se heurte à la doctrine de visibilité immédiate du régime. Pour les stratèges de la présidence, une inauguration est un levier électoral plus puissant qu’une mise à jour curriculaire.
Si des centaines de classes sortent de terre, elles restent souvent des coquilles vides. Le déficit de tables-bancs persiste et les lycées dits « d’excellence » manquent de bibliothèques et de laboratoires fonctionnels. Le coût de l’équipement et de la revalorisation des professeurs de sciences — dont le déficit est criant — est jugé politiquement « invisible ». L’argent est là pour ce qui se photographie, pas pour ce qui forme les esprits en profondeur.

Les dérives d’un cabinet sous influence

L’expertise académique de la ministre s’est diluée dans les réseaux d’influence du parti au pouvoir. Plusieurs griefs cristallisent la colère des partenaires sociaux.
Sous couvert de technocratie, son cabinet est régulièrement soupçonné de favoriser des cadres issus de sa base électorale de Boundiali (dont elle est la deputée-maire) pour les postes stratégiques de directeurs régionaux (DRENA).
La distribution des manuels et des kits scolaires suscite des interrogations. Des prestataires historiques se plaignent d’une redistribution des cartes au profit de nouveaux acteurs proches de l’entourage direct de la ministre.
Malgré le retour de la dictée, mesure perçue comme « rétro » par une partie de la base, les problèmes de fond (primes de logement, avancements) restent en suspens, provoquant une rupture de confiance avec les syndicats.

L’engrenage du système

Le paradoxe de Mariatou Koné est celui d’une intellectuelle absorbée par l’appareil militant. Devenue une pièce maîtresse du dispositif électoral du RHDP dans le Nord, -Mariatou Koné a été réélue à Boundiali avec un score sans appel de 100 % des suffrages exprimés aux législatives 2025- elle a sacrifié sa capacité de contestation face aux arbitrages budgétaires de la Primature.
Alors que Kandia Camara était critiquée pour son profil de militante, Mariatou Koné déçoit précisément parce qu’elle avait le profil pour réussir. En acceptant de gérer le déclin qualitatif de l’école ivoirienne derrière des statistiques de construction flatteuses, elle confirme que le système a eu raison de la vision.

Source Enquête Media 14/04/2026

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