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Nairobi : Alassane Ouattara, VRP de luxe du « maintien de l’ordre » à la française

Alors que le sommet France-Afrique de Nairobi s’ouvre sous le signe du « désengagement » de l’Élysée, Abidjan s’active en coulisses pour placer les technologies sécuritaires tricolores. En vendant son modèle de « sécurisation anticipative », la Côte d’Ivoire devient le pivot d’une influence française qui ne dit plus son nom.

Dans la moiteur feutrée du centre de conférences de Nairobi, les sourires de façade sur la « souveraineté retrouvée » ne trompent pas les habitués du renseignement économique. Si le contingent militaire français s’efface officiellement des cartes, les carnets de commandes des industriels de la défense, eux, se remplissent. Et pour ce faire, Paris peut compter sur son meilleur ambassadeur : Alassane Ouattara.

Le « Miracle » ivoirien comme argumentaire de vente

Le ministre ivoirien de l’Intérieur et de la Sécurité, le général Vagondo Diomandé, ne quitte pas son dossier sous le bras. À l’intérieur, une statistique que les communicants d’Abidjan martèlent à l’envi : entre le fracas de 2011 et le scrutin de 2025, le nombre de victimes a été divisé par près de 300.
Mais derrière la vitrine du « zéro mort », la réalité est celle d’un quadrillage millimétré. Le modèle ivoirien repose sur une « anticipation » qui frise la saturation avec 1 658 interpellations lors du dernier scrutin. Selon nos informations, la subtilité du modèle réside dans la qualification juridique de ces arrestations. Une large majorité des opposants et activistes appréhendés ont été visés par des procédures pour « terrorisme » ou « atteinte à la sûreté de l’État », une labellisation qui permet de contourner les procédures judiciaires classiques et de s’assurer le silence poli des chancelleries occidentales.

Jacqueville, la matrice française

La boucle de cette stratégie se boucle à soixante kilomètres d’Abidjan, à l’Académie internationale de lutte contre le terrorisme (AILCT) de Jacqueville. Ce centre, conçu par Paris et Abidjan, est le véritable laboratoire de cette fusion entre maintien de l’ordre et antiterrorisme.
Sur place, ce sont des officiers et experts français qui forment les agents ivoiriens à la détection des « signaux faibles » et à la neutralisation des menaces. C’est ici que s’élabore la doctrine qui s’exporte désormais à Nairobi : un cocktail mêlant renseignement technique, judiciarisation d’exception et usage de blindés légers français. Pour les régimes d’Afrique de l’Est, le message est qu’avec les bons outils et la bonne formation — française, évidemment — toute contestation politique peut être traitée sous l’angle du péril sécuritaire majeur.

Le triangle Nairobi-Dodoma-Addis, un marché à prendre

Le timing est d’autant plus opportun que les puissances régionales de l’Afrique de l’Est cherchent à « professionnaliser » leur répression.
Au Kenya, le président William Ruto lorgne sur l’expertise de l’AILCT pour transformer ses unités anti-émeute, souvent jugées trop « artisanales » dans leur violence, en forces d’élite capables de cibler les meneurs en amont.
Après le traumatisme des 500 morts de 2025, Dodoma (Tanzanie) voit dans la « judiciarisation pour terrorisme » pratiquée à Abidjan une voie royale pour stabiliser le régime sans s’attirer les foudres de l’ONU.
Addis-Abeba reste cliente des systèmes d’écoute et de cybersécurité permettant de nourrir les dossiers d’accusation de terrorisme contre les élites régionales dissidentes.

La sous-traitance de l’influence

Pour l’Élysée, cette stratégie de « procuration » est un coup de maître. En laissant la Côte d’Ivoire porter le chapeau de la formation à Jacqueville et de la doctrine à Nairobi, Paris évite les accusations d’ingérence.
Équipement (blindés et drones), idéologie (la sécurisation anticipative) et architecture juridique (l’antiterrorisme politique) : le package est complet. La présence française en Afrique ne disparaît pas, elle se liquéfie pour mieux imprégner les structures policières et judiciaires du continent. Une « Françafrique » 2.0, où le conseiller militaire français a troqué son uniforme de combat contre celui de formateur en antiterrorisme, laissant à ses alliés locaux le soin d’assurer le service après-vente du contrôle social.

Source : Enquête Media 13/05/2026

Ph/DR

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