Le président du conseil régional de l’Agnéby-Tiassa, par ailleurs ministre de la Santé, tente de débloquer l’épineux dossier foncier de Bodo (3000h). Entre financements chinois, résistance des propriétaires terriens et médiations de chefs de village, la tension monte d’un cran.
Une diplomatie coutumière pour sauver les investissements
Ce mercredi 29 avril 2026, une délégation de chefs de village mandatée par Pierre Dimba, ministre de la Santé et président du conseil régional de l’Agnéby-Tiassa, s’est rendu à Bodo pour une mission de la dernière chance. Avec pour objectif de convaincre les populations locales afin d’accepter l’implantation d’un vaste projet industriel porté par des investisseurs privés chinois.
Selon nos sources, le dossier est devenu brûlant pour le ministre-président. Les partenaires chinois auraient déjà mobilisé des fonds substantiels pour le lancement des travaux. Pierre Dimba se retrouve désormais dans une position délicate qui pourrait déboucher sur une perspective politiquement et financièrement coûteuse à l’échelle régionale en cas d’échec des négociations.
L’ombre de l’ADERAT et de la SOGEDI
Le conflit prend ses racines dans la genèse de l’ADERAT(Agence de Développement de la Région de l’Agnéby-Tiassa), créée sous la mandature de l’ex-président du conseil, M’Bolo Martin, pour mobiliser des ressources. Initialement dirigée par Lolo Diby, la structure a vu l’arrivée de Mme Amichia à sa tête sous le premier mandat de Pierre Dimba, marquant une accélération du dossier.
Le point de rupture avec la population locale remonte à la signature d’un accord avec la SOGEDI (Société de gestion et de développement des infrastructures industrielles), sans l’aval explicite des propriétaires terriens. Les conditions financières proposées font grincer des dents : 1000 FCFA par m² pour les propriétaires terriens et 200 FCFA par m² pour la chefferie.
Ces tarifs sont jugés dérisoires par les populations, alors que les investisseurs privés, eux, auraient spécifiquement fléché des commissions de 200 FCFA par mètre carré pour s’assurer du soutien des chefs de village.
Une opposition frontale à Bodo
Sur le terrain, la résistance s’organise autour de Kobenan Yao, signataire de plusieurs courriers de protestation. Le 18 avril dernier, une assemblée générale à Bodo a acté la création d’un comité de crise chargé de porter les revendications des villageois face au conseil régional.
La situation est exacerbée par les déclarations jugées « provocatrices » de certains cadres locaux. Dr Yavo, président de la mutuelle de Bodo, est accusé par les contestataires de « narguer » la population. Lors de récentes funérailles, il aurait affirmé que le projet verrait le jour « de gré ou de force », arguant qu’il s’agit d’un projet d’État, là où les opposants dénoncent une « expropriation privée » au profit d’intérêts étrangers.

Un échec de médiation
La tentative de médiation menée par le chef central de la région Agbeby-Tiassa a tourné au fiasco. Seul le chef du village de Bodo, Nanan Lucas Pierre, semble aujourd’hui favorable au projet, un ralliement que les opposants attribuent aux promesses financières des investisseurs.
Les émissaires de Pierre Dimba sont arrivés à Bodo ce mercredi 29/04 mais le négociations se sont soldées par un échec, le climat social reste électrique. Pour le ministre, l’enjeu dépasse le simple aménagement du territoire. Il s’agit de prouver sa capacité à sécuriser les investissements directs étrangers (IDE) dans son fief, sans braquer durablement sa base électorale.
Ilustration : Les émissaires de Pierre Dimba sont arrivés à Bodo ce mercredi 29/04 mais le négociations se sont soldées par un échec. Le climat social reste électrique