Facebook
Twitter
LinkedIn
WhatsApp

Le foncier du CNRA, victime d’un État schizophrène.

Entre ambitions urbanistiques débridées et impératifs de recherche agronomique, le Centre National de Recherche Agronomique (CNRA) voit ses réserves foncières fondre sous l’effet d’une administration à plusieurs têtes. Un imbroglio qui menace des décennies de travaux scientifiques.

L’immeuble Caistab n’arrive plus à masquer l’amertume des chercheurs du CNRA. Créé en 1998 pour porter l’excellence agricole du pays — premier producteur mondial de cacao et d’anacarde — le centre, dont l’État détient plus de 50 % du capital, fait aujourd’hui face à un prédateur inattendu : l’État lui-même.

L’impossible sécurisation foncière

Malgré un patrimoine initial estimé à plus de 27 000 hectares répartis sur l’ensemble du territoire, le CNRA ne possède quasiment aucun titre foncier définitif sur ses parcelles expérimentales. Cette vulnérabilité juridique, héritée d’un statut de « gestionnaire par affectation » plutôt que de propriétaire, se retourne aujourd’hui contre l’institution.
À Adiopodoumé, Anguédédou ou encore Dabou, des portions massives de plantations expérimentales — parfois plus de 500 hectares d’un seul tenant — sont « grignotées » à une vitesse exponentielle par des lotissements approuvés.

Le court-circuit ministériel. Le dossier revèle une déconnexion frappante entre trois pôles du gouvernement de Robert Beugré Mambé. La Recherche Scientifique et l’Agriculture qui tentent de sanctuariser des parcelles où sont testées les semences de demain et  la Construction et l’Urbanisme dont les services techniques délivrent des Arrêtés de Concession Définitive (ACD) sur ces mêmes sites, au profit de promoteurs privés ou de chefferies villageoises.
Ce « doublon administratif » permet à des chantiers de sortir de terre en pleine zone de recherche. Résultat : des arbres centenaires abattus pour laisser place à du béton, et des protocoles de recherche mondiaux interrompus net.

Cartographie des « zones rouges » de la recherche. L’hémorragie foncière du CNRA se concentre là où la valeur du mètre carré crée un conflit direct avec l’agronomie.

Le Grand Abidjan : L’épicentre du désastre
Adiopodoumé (Route de Dabou) : Site historique dont des centaines d’hectares sont grignotés par des lotissements industriels et résidentiels, validés par des ACD en dépit des emprises de l’institut.
Anguédédou : Crucial pour la recherche forestière et hévéicole, ce site subit la pression de l’extension d’Abobo et Yopougon. Des décennies de travaux y sont détruites en quelques jours par des engins de terrassement.
Bingerville : Les arboretums sont directement menacés par la promotion immobilière de luxe s’étendant vers l’Est.

Le front du « Grand Sud » et des savanes
La Mé (Sud-Comoé) : Réputée pour ses travaux sur le palmier à huile, cette zone voit ses bordures attaquées par des extensions villageoises se transformant en chantiers spéculatifs.
Bouaké : Les sites de recherche sur les cultures vivrières et le coton subissent l’étalement urbain de la deuxième ville du pays.

Un « drame scientifique » sous silence

Le diagnostic des syndicats du CNRA est sans appel. Ce n’est pas seulement de la terre qui disparaît, mais un patrimoine stratégique. Le passage du foncier « rural » au foncier « urbain » constitue la faille juridique majeure. Dès qu’une zone intègre le périmètre urbain, les titres précaires du CNRA deviennent caducs face aux nouveaux ACD.
Si le gouvernement a lancé en 2018 un plan de restructuration, la sécurisation foncière reste le parent pauvre de la réforme. Faute de « sanctuarisation » immédiate par décret, le CNRA craint de finir déconnecté des terres qui ont fait la richesse de la Côte d’Ivoire.

Source : Enquête Media  11/10/2026

Articles récents

L’introuvable décision de justice qui a fait raser Koumassi « Campement » » !

6 juin 2026

Nantes face à son passé : l’immersion salvatrice du Mémorial de l’abolition de l’esclavage

4 juin 2026

Hommage aux soldats tombés au Nord du Bénin : un appel à la solidarité et à la vigilance face à la menace terroriste (Aristide Armand ADJIBI)

3 juin 2026

Abidjan _ Crise des dechets : Ecoti.sa et Eco Éburnie face au robinet à moitié fermé de l’ANAGED.

2 juin 2026

Qui veut protéger Madame Ouattara ?

2 juin 2026

L’Info sous les décombres numériques : Pourquoi ils veulent faire taire Enquête Média

1 juin 2026

CÔTE D’IVOIRE / BURKINA FASO. Secret bancaire : comment l’affaire Fidelis Finance Vs Sogetra fragilise les régulateurs de l’UEMOA

1 juin 2026

Les secrets de la détention prolongée de l’émissaire Faouzi Jaber.

30 mai 2026

Tempête sur la SODEFOR après une nomination controversée et un projet avec la PALMCI.

29 mai 2026

Le rapport choc de l’ONG LEN qui bouscule la SODEFOR et la filière cacao

29 mai 2026

Chronique d’un “rabotage” à l’ivoirienne : Amadou Koné face au Tsunami Hien Sié.

28 mai 2026

Cacao, orpaillage et impunité…Qui protège le « Dieu de Goin-Débé » dans l’ouest ivoirien ?

22 mai 2026

M’Pouto : Comment Jean-Marc Yacé a troqué sa casquette d’OPJ contre le silence.

21 mai 2026

Message d’adieu et de vœux à la Nation du Président Patrice Talon

21 mai 2026

Le miracle de Cocody : Quand l’effet « Assalé » vaut toutes les bennes de peinture rouge du monde

21 mai 2026

L’EMPT de Bingerville ébranlée par une violente affaire de bizutage.

17 mai 2026

Laurent Gbagbo ou l’art de se séparer de ses compagnons

17 mai 2026

Évangile selon Saint Béton le Remblayeur.

16 mai 2026

Liberté restreinte pour Assalé Tiémoko après son audition au Plateau

15 mai 2026

PPA-CI : L’appel de Stéphane Kipré aux congressistes

13 mai 2026
Activer les Notifications OK Non merci