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Une si longue lettre ouverte d’un candidat imaginaire, un « admis dans les cœurs », recalé par les Réseaux.

À l’attention de Madame la Ministre de la Fonction Publique,

Madame la Ministre d’État,

C’est avec une copie double encore blanche de toute tache, mais un cœur noir de désillusion, que je me permets de vous répondre. J’ai bien reçu votre message. Je l’ai lu sur les affiches 4×3, je l’ai entendu sur les ondes de la RTI : « Le mérite, rien que le mérite ». C’est un beau slogan, Madame. On dirait un titre de chanson de variétés : c’est entraînant, ça reste en tête, mais ça ne nourrit pas son homme.
Depuis « trois » ans, je prépare les concours comme on entre en religion. J’ai mangé du droit constitutionnel au petit-déjeuner, j’ai digéré les finances publiques au dîner. Mes parents, de simples planteurs qui croient encore en l’école de la République, ont vendu leur recolte de cacao « mal payée » pour payer mes frais d’inscription et mes cours de préparation.
Mais j’ai compris une chose, Madame, dans l’arène de nos concours, mon cerveau est un poids plume face au portefeuille d’un poids lourd.
Pendant que je révisais la hiérarchie des normes de Kelsen, d’autres révisaient la hiérarchie des directions générales. Ils ne cherchaient pas la bonne réponse dans les manuels, mais le bon numéro de téléphone dans leur répertoire.
À quoi bon être le major de sa promotion si la place est déjà réservée au « fils de », dont le seul exploit académique est d’avoir réussi à épeler son nom sans erreur ?
À quoi bon prôner la dématérialisation quand le « système » est si humain qu’il reconnaît l’odeur du billet de banque à travers un écran d’ordinateur ?

De la forêt de Taï aux couloirs de l’Élite, le dossier noir.

Vous nous dites que les concours ne s’achètent pas. Soit. Mais comment expliquez-vous que certains candidats fêtent leur admission avant même que le jury ne soit constitué ? Ce ne sont pas des candidats, Madame, ce sont des investisseurs. Ils n’achètent pas un poste, ils achètent un retour sur investissement. On sait tous qu’un agent qui paie 5 millions pour entrer quelque part passera ses cinq premières années à se « rembourser » sur le dos de l’usager.

Si le discours officiel est une nappe blanche, les taches de gras y sont désormais indélébiles. On ne parle plus ici de simple « coup de pouce », mais d’une véritable administration parallèle.
L’Affaire des « 400 fantômes » des Douanes ivoiriennes. C’est sans doute le chef-d’œuvre de l’opacité contemporaine. Imaginez 400 postes de douaniers qui apparaissent et disparaissent comme un mirage dans le désert. Face aux interrogations, face à la clameur d’une jeunesse qui demande des comptes, quelle a été la réponse du ministère ? L’Omerta. Une chape de plomb, un silence de cathédrale.
Notre pays prône la « Bonne Gouvernance », l’absence de démenti formel ou de preuve de transparence vaut aveu. On n’organise pas un concours, on procède à un « recrutement discret », loin des regards indiscrets, transformant la Douane en une chasse gardée où l’entrée se fait par la porte dérobée.
Les « Commandos » de la forêt de Taï
Parlons-en, de ces « groupements » de douaniers surgis des profondeurs de la forêt de Taï. Des recrues aux parcours flous dont l’existence même défie les lois de la fonction publique. Est-ce là le nouveau critère du mérite ? Avoir survécu à la canopée plutôt qu’avoir réussi ses examens de fiscalité ? Ce recrutement occulte crée une caste à part, redevable non pas à l’État, mais à ceux qui les ont « extraits » de la brousse pour leur donner un galon.

L’École Nationale d’Administration (ENA), jadis temple de l’excellence, est devenue l’annexe de formation du RHDP. On y croise les « Jeune Leaders » du parti, dont l’admission ressemble plus à une promotion interne qu’à un succès académique.
Quand les réponses aux tests de culture générale sont remplacées par une carte de membre du parti, c’est toute la crédibilité de la haute fonction publique qui s’effondre. L’exil de la compétence au profit de l’allégeance.
Les « Concours exceptionnels » ou quand l’exception qui devient la règle. C’est la botte secrète du système. Sous couvert d’urgence ou de besoins spécifiques, on multiplie les « concours exceptionnels ». En réalité, ce sont des sas de régularisation pour les protégés qui n’ont pas pu passer par la grande porte. C’est l’art de légaliser l’illégitime.

Madame la Ministre, la jeunesse ivoirienne n’est pas paresseuse. Elle est juste fatiguée de courir un 100 mètres où certains partent à 90 mètres de la ligne d’arrivée avec la complicité du juge de départ.
Gardez vos slogans pour les séminaires de haut niveau. Pour nous, le mérite est devenu une légende urbaine, un peu comme cette histoire de « crocodile qui ne mord pas » dans la lagune Ébrié. On veut bien y croire, mais on préfère ne pas mettre la main dans l’eau.

Madame la Ministre, le « mérite » ne se décrète pas à la télévision, il se prouve par les listes que l’on publie et les questions auxquelles on répond. Tant que la forêt de Taï produira plus de douaniers que les salles d’examen, et tant que l’ENA sera le jardin privé des militants, vos discours ne seront que du vent dans les palmiers.

Veuillez agréer, Madame la Ministre d’État, l’expression de ma haute considération… et de ma profonde fatigue.

Un candidat (trop) diplômé, mais pas assez « branché ».

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