Après la période de l’esclavage, commençons par nos papas plus récents. Après les gouverneurs et les commandants de cercle qui ont martyrisé nos ancêtres, parlons de papa De Gaulle, papa Mitterrand, papa Chirac. Lui-même disait que ce qui est dans nos poches vient des Africains. Et ce sont les Africains qui disent que le père n’a rien à faire avec nous. Papa Sarkozy qui a dit que les Africains ne sont pas assez rentrés dans l’histoire ou de Papa Macron qui lui estime que l’Afrique est en retard parce que nos femmes font trop d’enfants. Ahiwa !!!
N’en veuillez pas aux vice-consuls qui sont à la tête de nos États et qui refusent de partir. Ils sont à l’image du père. Le père, jamais, ne veut partir. Et en 2026, le père croit encore en son modèle.
Oui nous avons essayé un modèle, celui du père, il a duré soixante-cinq ans, et ce modèle n’a permis à AUCUN pays africain de se développer ou de s’industrialiser. Tiken Jah Fakoly, qui a commencé à halluciné disait dans l’une de ses chansons : « La folie c’est de faire toujours la même chose et de s’attendre à un résultat différent ». Nous devons inventer un modèle nouveau. Et ce modèle, cela pourrait vous surprendre, Alassane Ouattara a été l’un des premiers à le comprendre des nouveaux dirigeant, après Biya : rétablir le parti unique ou imposer des régimes panafricains révolutionnaires en Afrique. Voilà.
Oui changer de modèle est la solution parce que s’il faut convoquer l’histoire, nous saurons que à chauqe grand RDV de l’Afrique avec son accession à une liberté pleine et entière, le père a été pour opposer les dirigeants qu’il pouvait manipuler et ceux qui résistaient.
Au Sénégal, Senghor prônait un « socialisme africain » théorique et maintenait des liens étroits avec la France. Mamadou Dia, président du Conseil, voulait une rupture économique plus nette et une planification rigoureuse vers l’autogestion paysanne.
En 1962, Dia est accusé de tentative de coup d’État, arrêté et emprisonné. Senghor instaure alors un régime présidentiel fort. Un régime avec la bénédiction du père.
Au Mali, Modibo Keïta, panafricaniste convaincu, engage le Mali sur la voie d’un socialisme marxiste. Il crée le franc malien, rompt avec la zone franc. Mais encore contrôlée par le père, son économie s’essouffle, le mécontentement grandit dans l’armée. Pas d’argent, pas de légitimité.
En 1968, le lieutenant Moussa Traoré renverse Modibo Keïta par un coup d’État. C’est la fin de l’expérience socialiste malienne. Moussa Traoré un ancien militaire formé chez le père et qui a régné avec la bénédiction du père.
Au Cameroun, Ruben Um Nyobé, le « Mpodol », dirigeait l’UPC et réclamait une indépendance totale et immédiate. Ahidjo, soutenu par la France, incarnait une transition contrôlée et conservatrice.Um Nyobé est assassiné dans le maquis par l’armée française en 1958. Ahidjo devient le premier président du Cameroun indépendant en 1960.
Après Um, Moumié exigeait le retrait total des troupes françaises et des élections libres sous l’égide de l’ONU. Felix Moumié est empoisonné à Génève en novembre 1960, le père avait sévit.
Au Congo, Lumumba voulait un Congo unitaire et souverain. Kasavubu prônait le fédéralisme. Tshombe, soutenu par les intérêts miniers occidentaux, déclenche la sécession du Katanga.Lumumba est évincé par Kasavubu, puis livré et assassiné par les forces de Tshombe, avec la complicité de Mobutu et des services secrets étrangers, en 1961.
Dois-je parler de Sankara ? De N’Krumah ? De Sylvanius Olympio ? De Amani Diori même qui a sauté après avoir remis en cause les quotas des ressources minières exploitées par le père.
Je pourrais citer autant d’exemples pour TOUS les pays africains sous domination française. Ruiner l’économie d’un pays, armer les opposants d’un président élu, le père est capable de bien pire pour conserver ses intérêts, parce que le père, on ne le quitte jamais, mieux c’est lui qui décide de tout.
C’’est pourquoi aux indépendances, le père ne chercha pas à partir. Il n’y avait dans les États africains ni économistes, ni constitutionnalistes africains, ni armée nationale. Tous nos dirigeants étaient d’abord de nationalité française, membres du gouvernement français. Ils ont copié la Constitution française, signé des accords qui vendaient nos terres pour cinquante ans. Et ils ont imposé leurs armées pour que, si l’on dénonce l’accord, on se retrouve en exil au mieux, ou six pieds sous terre.
Des accords ont été signés. On ne peut avoir d’armée, payer ses armes, exploiter nos terres, réfléchir à notre monnaie sans l’accord de Paris. Le père ne part jamais.
Aujourd’hui, à l’heure où j’écris ces lignes, un agent des services secrets français est détenu au Mali. Il est accusé d’avoir participé à une tentative déjouée de coup d’état. Un autre a été tué lors de la dernière attaque perpetrée au Niger. Il était ancien attaché d’ambassade et en réalité un agent de la DGSE Française. Tenez-le pour dit : Le père n’est jamais loin.
Oui, Césaire avait raison en son temps. C’est un ancêtre méritant. Ses propos nous inspirent encore. Le malheur de l’Afrique, c’est d’avoir rencontré l’homme blanc. Et en réalité, aujourd’hui, le malheur de la France, c’est d’avoir laissé prospérer les pays de l’AES.
Nous sommes en guerre. Et nos mots, qui détruisent l’oubli, rappellent la majesté de l’Afrique et suscitent la prise de conscience, sont, en réalité, les premiers remparts qu’il faudra briser.
Le modèle du père n’a jamais été, depuis cent ans, un modèle de partenariat. D’où tiens-t ’on qu’il est possible faire un partenariat avec son maître, avec celui qui a besoin que son colonisé reste en bas car c’est la condition pour lui, le maître, de s’élever ? Non. Rien qu’avec les accords de non-double imposition et ceux de défense, qui empêchent les pays africains d’acheter les armes qu’ils veulent pour se défendre ou former leurs armées, l’on comprend qu’en réalité, le père est là, ou veut être là, ad vitam æternam.
RDV – Mardi prochain pour parler un peu de la symbolique de l’aide internationale