Le Pèlerinage Inversé. Il fut un temps, presque mythique, où l’entrepreneur ivoirien était un aventurier. Il bravait les décalages horaires, mangeait des nouilles instantanées à Guangzhou et jouait des coudes dans les foires pour ramener la pépite qui ferait vibrer Adjamé ou Treichville. C’était le « Made in China » importé par l’Ivoirien.
Aujourd’hui ? Pourquoi s’embêter à prendre l’avion quand l’avion (et le cargo, et l’entrepôt) vient s’installer dans ton salon ? On n’importe plus le produit, on importe le producteur, son cousin, son stock et son terminal de paiement.

Le Giga-entrepôt ou la « ville dans la ville »
L’État, dans sa grande mansuétude, a ouvert les vannes. On voit fleurir des complexes logistiques si vastes qu’on pourrait y perdre un troupeau d’éléphants.
Avant, le grossiste chinois vendait au container. Maintenant, Il vend au container, à la douzaine, à l’unité… et bientôt, il vous vendra le sachet de gnonlan directement devant votre porte.
Le concept de « secteur réservé » est devenu une légende urbaine, comme la climatisation qui fonctionne dans un gbaka à midi. Quand le fabricant devient lui-même le boutiquier du quartier, l’entrepreneur local ne lutte plus avec des armes égales ; il essaie de boxer contre un tsunami avec un éventail.
Le cadeau empoisonné des droits de douane
L’annonce de la suppression des droits de douane pour 53 pays africains a été accueillie par certains avec des danses de joie. Quelle erreur de lecture !
Ce n’est pas une main tendue pour aider le commerçant d’Abidjan à marger plus. C’est une autoroute de velours construite pour que les excédents de production chinois s’écoulent sans le moindre frottement. C’est l’économie du « Veni, Vidi, Vendi » (Je suis venu, j’ai vu, j’ai vendu moins cher que ton prix d’achat).
Pourquoi ça finit par faire rire ?
Ça fait rire parce que c’est l’arroseur arrosé à l’échelle nationale. On a tellement voulu la « modernité » et les « prix bas » qu’on a fini par inviter le loup non seulement dans la bergerie, mais on lui a aussi offert le tablier du boucher et les clés de la caisse.
Le spectacle est lunaire : L’Ivoirien regarde son propre marché comme un touriste. Le « dumping » est devenu si agressif que même les calculatrices surchauffent. On finit par se demander si, dans deux ans, on ne devra pas demander un visa pour entrer dans certains entrepôts de la zone industrielle.
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