Facebook
Twitter
LinkedIn
WhatsApp

Lucarne/Armand Gauz’: « Vieux n’est pas injure » , un cri d’alerte sur l’invisibilité des aînés!

La Fondation Donwahi pour l’Art Contemporain, située à Abidjan-Cococy, accueille jusqu’au 31 décembre 2024, une exposition saisissante intitulée « Vieux n’est pas injure ». Une initiative magistrale qui met en lumière le travail d’un artiste qui, par son regard aiguisé et sa capacité à brouiller les frontières entre art et engagement social, redéfinit les contours de la photographie contemporaine : Gauz’ de son nom d’artiste, ou plus précisément, Armand Patrick Gbaka-Brédé. Né à Abidjan le 22 mars 1971, cet humain aux multiples facettes incarne le croisement entre l’intellectuel, le créateur et le citoyen engagé…

Le destin de Gauz’ s’apparente à un récit de résilience. Diplômé en biochimie, il se trouve un temps pris dans la trame d’une vie d’exil intérieur, naviguant dans les eaux troubles de la précarité administrative dans la Ville des 1000 Cloches. Ce n’est qu’au fil des années, et après un parcours de combattant qui l’a mené de l’ombre à la lumière, que, Gauz’, The King ou encore Pelé issu d’un monde scientifique, trouve sa voix véritable à travers les Arts. L’artiste, paradoxalement, se nourrit de son passé d’intellectuel et d’observateur pour se libérer des normes et s’ouvrir à une expression multidimensionnelle.

En plus de son œuvre littéraire, que l’on retrouve dans des titres remarqués tels que Debout-payé (2014), Camarade Papa (2018) ou encore Black Manoo (2020), Gauz’ se distingue comme photographe, documentariste, scénariste et réalisateur. Loin des chemins battus, il opère une déconstruction des représentations classiques de l’Afrique à travers ses différents médiums.

« Vieux n’est pas injure » : un cri d’alerte sur l’invisibilité des aînés

Dans l’exposition « Vieux n’est pas injure », Gauz’ interroge l’âge et ses stigmates dans une société africaine. Le titre même de l’exposition – « Vieux n’est pas injure » – est un manifeste. Il s’élève contre le mépris dont sont victimes les personnes âgées, qu’elles soient invisibilisées ou, pire encore, réduites à une caricature négative. A travers une série de portraits en noir et blanc d’une puissance bouleversante, l’artiste explore les visages marqués par le temps, capturant l’histoire de chaque personne, de chaque ride, chaque expression, chaque regard… Ces portraits sont autant de témoignages d’une humanité mise à l’épreuve par les années, mais dont la dignité et la sagesse transcendent le regard réducteur de la société. Gauz’ réussit l’exploit de magnifier ses sujets, de leur redonner une voix, une existence, dans un monde qui les aurait préférés silencieux. Loin des clichés sur les jeunes dynamiques et entreprenants, il place en pleine lumière ceux qui ont traversé les époques, et dont la mémoire et les expériences sont souvent ignorées.

L’artiste comme médiateur du réel

L’univers de Gauz’ est un espace de réflexion où s’entrelacent fiction et réalité. Sa démarche photographique ne se limite pas à une simple captation d’images ; elle est une exploration profonde des enjeux sociaux, politiques et culturels de son époque. Dans ses œuvres, chaque détail compte, chaque ombre, chaque lumière participe à un discours plus large sur les fractures de nos sociétés. Si l’artiste n’hésite pas à s’emparer des codes du documentaire, il joue également avec ceux de la mise en scène, en apposant sa propre vision sur des réalités souvent complexes et fragmentées.

Gauz’ ne se contente pas de raconter des histoires ; il les crée, en réinventant le regard que l’on porte sur l’actualité, l’Histoire et les représentations de l’autre. Dans ses films et documentaires, ainsi que dans ses livres- à commencer par Cocoaïans (2022), où il interroge l’émergence d’une nation chocolat, métaphore de l’industrie et de l’agriculture en Afrique – il se fait l’écho d’une Afrique plus nuancée, plus complexe, moins figée dans des stéréotypes.

Une œuvre en perpétuelle évolution

Aujourd’hui, c’est à Grand-Bassam, non loin d’Abidjan, que Gauz’ choisit de poser ses valises, un lieu empreint d’histoire et de culture. Cet endroit, à la croisée des chemins entre tradition et modernité, semble symboliser l’équilibre fragile mais nécessaire que l’artiste cherche à instaurer dans son œuvre. Il n’est pas seulement un observateur, mais également un acteur qui questionne, provoque, réveille les consciences.

Son travail est résolument tourné vers l’avenir, sans jamais renier son passé. Chaque nouveau projet semble un pas de plus dans sa quête pour donner une nouvelle place à l’art, la culture et les identités, non seulement en Afrique, mais dans le monde. Avec « Vieux n’est pas injure« , Gauz’ rappelle l’importance de l’histoire et de la mémoire, mais aussi la nécessité de préserver et de célébrer la richesse humaine à toutes les étapes de la vie.

Artiste pluriel aux œuvres plurielles , témoin de son époque, Armand Gauz’ nous invite à réfléchir sur le temps, sur la société, sur les fractures invisibles qui nous divisent et, en même temps, sur ce qui nous lie. La Fondation Donwahi, – créée en 2008, en hommage à Charles Bauza Donwahi (1926-1997), mécène et promoteur éclairé des arts et de la culture – à travers cette exposition, offre au public l’occasion de contempler des images qui, bien plus que des photographies, sont des invitations à une réflexion intime et collective sur le vieillissement, la dignité et la transmission des savoirs. Gauz’ a réussi, une fois encore, à conjuguer art et engagement, en parvenant à rendre hommage à ceux que le monde préfère souvent oublier.

Taki BOUANZI

Articles récents

ENA : École Nationale des Arrangements (très) Administratifs.

14 janvier 2026

Hassan Dakhlallah ou l’art de se blanchir plus blanc que Le Figaro

8 janvier 2026

Frais d’inscription à l’Université Félix Houphouët-Boigny : le mensonge officiel face à la réalité des faits.

7 janvier 2026

Législatives à Tiassalé: bureau de vote n°3 (école Quartier), « 23 morts ont voté »

7 janvier 2026

Universités publiques/ Quand la “réhabilitation” devient une mise à mort sociale…

6 janvier 2026

Diplomatie/ Jessica Davis Ba, l’heure des adieux.

3 janvier 2026

Mort « discrète » d’un témoin clé de l’affaire SNEDAI : Guy Roland Opy n’est plus

3 janvier 2026

Les Délires de Dimba 009 – La recolonisation de l’Afrique en marche : les USA bombardent l’Afrique

30 décembre 2025

SOGETRA–Fidelis Finance : une fuite bancaire, 72 licenciements…

30 décembre 2025

Plaque banalisée, conscience débanalisée : les aventures immatriculées de Komé Bakary

27 décembre 2025

Aux commandes d’Air Côte d’Ivoire : GAL Abdoulaye Coulibaly (PCA), l’homme qui connaît les cieux… et les cœurs !

5 septembre 2025

Enquête_ Exclusive / Jean-Marc Chaim Rosenfeld : un homme, un temple, une escroquerie aux allures de prophétie !

1 septembre 2025

Business /Mahamadou Bonkoungou : Le « Maître d’ouvrage » de l’Afrique Moderne 

29 août 2025

Collecte des données biométriques / Scandale et soupçon d’extorsion à VFS Côte d’Ivoire.

29 août 2025

Air Côte d’Ivoire : Des alliances aériennes pour propulser le tourisme ivoirien !

28 août 2025

Côte d’Ivoire/ Nady Bamba, la tour de contrôle qui « musèle » Laurent Gbagbo…

1 août 2025

Mort suspecte du lieutenant Adjoumani à Yakassé-Attobrou/ Pressions, silence et précipitation : une enquête sabotée ?

1 août 2025

Avalanche de Scandales chez les Bictogo : Comment la justice ivoirienne offre l’impunité à ceux qui la méritent le moins !

29 juillet 2025

GRAND FORMAT_CNTIG : Au cœur de la Côte d’Ivoire numérique, un centre d’intelligence géospatiale façonne l’avenir

24 juillet 2025

Interprofession Café-Cacao : Dossier explosif sur un hold-up organisé au sommet !

24 juillet 2025
Activer les Notifications OK Non merci