Rien n’est fortuit dans la géopolitique et aucun acte n’est innocent dans les relations internationales.
Un bref rappel des événements de ces derniers jours. Début décembre 2025, le président du Bénin, Patrice Talon, « fait appel au Nigeria » pour faire échouer un coup d’État contre lui. Le Nigeria intervient, dit-on, sous le couvert de la CEDEAO. Les Nigérians rouspètent parce que, d’une part, Tinubu a agi sur un territoire étranger sans l’accord du Sénat nigérian, et d’autre part parce qu’il y a des terroristes au Nigeria depuis plusieurs décennies et qu’il (Tinubu) reste inefficace face à ceux-là, alors qu’il est prompt à réagir au Bénin.
Après cela, le 25 décembre, pour justement chasser les terroristes du sol nigérian — lequel a aidé son voisin béninois quelques jours auparavant — c’est l’État américain qui lance des missiles contre des terroristes au Nigeria, dans l’État de Sokoto. Cette attaque a été effectuée depuis le golfe de Guinée.
Où était la CEDEAO ? Où étaient ceux qui venaient à peine de chasser les putschistes du Bénin ? Ainsi donc, les USA peuvent lancer des missiles sur des terroristes en terre africaine ? Donc le Nigeria sait où se trouvent les terroristes et son armée est incapable de les débusquer ? Finalement, qui est intervenu au Bénin sous la bannière de la CEDEAO ? Permettre à Trump — qui ne sait même pas que le Liberia est un pays anglophone —, sous de fallacieux prétextes, d’intervenir militairement en Afrique… n’est-ce pas ouvrir la boîte de Pandore et offrir les pays africains, pieds et mains liés, aux impérialistes ?
Rien n’est fortuit dans la géopolitique et aucun acte n’est innocent dans les relations internationales.
Après avoir été chassés du Sahel, les Occidentaux ont déclaré, à travers des interviews, qu’ils reviendraient dans les dix années à venir pour recoloniser l’Afrique. Le plan de déstabilisation ne s’est pas fait attendre, et l’implication des pays-préfectures des impérialistes est visible à des kilomètres.
Voici une autre chronologie assez curieuse — mais absolument pas une coïncidence. Du 21 au 26 janvier 2024, Antony Blinken, alors secrétaire d’État américain, effectue une visite au Cap-Vert, en Côte d’Ivoire, au Nigeria et en Angola. Deux jours plus tard, le 28 janvier, le Mali, le Niger et le Burkina Faso annoncent par communiqué leur retrait immédiat de la CEDEAO. J’ai dit à un ami (il me lira) à cette époque que la mission de Blinken visait à signer un accord avec la CEDEAO pour installer des bases de l’OTAN dans certains pays et obtenir l’aval de la CEDEAO pour attaquer d’autres pays membres — en l’occurrence ceux aujourd’hui regroupés au sein de l’AES. Oui, depuis ce temps, la recolonisation était en cours, et cette sortie de la CEDEAO visait à couper l’herbe sous le pied de l’impérialisme américain.

Aujourd’hui, en 2025, nous constatons que les USA sont déployés sur tout le golfe de Guinée et peuvent décocher un missile pour atteindre n’importe quel pays d’Afrique de l’Ouest. Ce droit sur le golfe de Guinée leur a été confirmé lorsque Trump a reçu, justement, la plupart des pays ayant un accès à l’Atlantique, récemment à la Maison Blanche.
L’argument avancé est de punir des terroristes qui s’attaquaient aux chrétiens. C’est faux. Et même si c’était vrai, quel est le message ? Créer une guerre religieuse ? Parlons donc des vraies raisons. Sokoto est d’abord un État majoritairement musulman, situé à la frontière avec le Niger. Il s’agit simplement de lancer une action afin de s’arroger un droit de poursuite : « Nous avons attaqué des terroristes qui se sont réfugiés au Niger, alors nous les poursuivons au Niger. » Point de départ d’une invasion de l’AES via le Niger. La France avance prudemment, les USA, eux, ne portent pas de gants. Et qu’on se le tienne pour dit : Trump vient de démontrer qu’ils sont passés à un autre niveau — la phase active.
Récemment, le capitaine Ibrahim Traoré a déclaré qu’après le « printemps arabe », c’est un « hiver noir » que les Occidentaux préparent contre l’Afrique. Si nous ne nous levons pas pour demander à nos dirigeants de dénoncer tous ces accords de défense que l’on nous cache, demain ils obtiendront ce qu’ils veulent : la recolonisation de l’Afrique. Ils auront réalisé leur rêve : l’Afrique et ses ressources, mais sans les Africains.
La fenêtre d’Overton est le concept qui consiste à faire accepter aux populations des choses qui, normalement, sont inconcevables. Les dirigeants africains inféodés s’ingénient à élargir cette fenêtre en Afrique. Petit à petit, lancer un missile n’importe où sur le continent deviendra normal, de la même façon que les Occidentaux veulent nous faire accepter les bombardements de Gaza. L’un des biais de la fenêtre d’Overton en Afrique consiste à affirmer que l’AES échouera — et ce sont parfois les Africains eux-mêmes, pourtant très instruits, qui le disent. Mais cette fenêtre se refermera.
La cible réelle de l’attaque de Sokoto par un missile américain, ce sont les États de l’AES. Trump veut faire peur et montrer qu’il est prêt à tout. Mais, en dehors des films, les Américains n’ont remporté aucune guerre sur cette terre. Si vous pensiez que le surarmement des pays de l’AES visait uniquement à combattre le terrorisme, détrompez-vous : la cible principale est bien l’OTAN et les puissances occidentales qui refusent que l’Afrique se libère. Il s’agit de leur faire revivre une nouvelle Somalie, une nouvelle chute du Faucon noir.
Les Africains doivent comprendre que l’Europe est en déclin et que les USA luttent pour se maintenir. Le continent européen a consommé de manière disproportionnée des ressources qu’il a pillées ailleurs. Les Européens se sont comportés comme des parasites, contraints de prélever leur source de survie sur des terres qu’ils croyaient posséder. Aujourd’hui, les Africains se réveillent — et il faut donc faire taire toute contestation et traiter avec les traîtres qui vendent l’Afrique.
Les Occidentaux sont des déstabilisateurs. Ce sont eux qui déséquilibrent le monde et s’opposent à toutes les prises de conscience visant l’indépendance et l’autodétermination, en particulier en Afrique, afin d’éviter que d’autres peuples comprennent ce que les pays de l’AES ont compris.
Entre autres choses, les pays de l’AES ont compris que l’or n’est pas une matière première à vendre comme l’uranium ou le cacao. Ils ont compris que l’or est une réserve, et que c’est notre réserve d’or qui garantit la viabilité de notre économie.
Les pays de l’AES ont compris tant de choses que j’en ferai le sujet de ma prochaine chronique, pour une véritable renaissance africaine.
À bon entendeur, j’ai dit.