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Enquête exclusive_La mécanique Bictogo/ Six ans, 1300 milliards FCFA… Sociétés fictives, financements opaques, patrimoine familial : plongée dans le système Bictogo !

En six ans, la galaxie d’entreprises liées à la famille BICTOGO a capté plus de 1300 milliards de francs CFA à travers des marchés publics dans les secteurs du BTP, de la santé, du logement, des infrastructures sportives et de l’éducation. C’est ce que révèle l’analyse des documents, ainsi que de nombreux éléments confidentiels consultés.

Derrière cet impressionnant portefeuille de projets se dessine un système méticuleusement organisé : sociétés écrans, procédures opaques, financement bancaire à l’international, blanchiment présumé de capitaux et enrichissement familial dissimulé.  L’analyse des structures entrepreneuriales gravitant autour de la famille BICTOGO révèle l’existence d’un réseau de sociétés aux finalités essentiellement privées, souvent détachées de tout objectif économique structurant à l’échelle nationale. Plusieurs entités apparaissent comme étant exclusivement dédiées à la consolidation d’un patrimoine familial et à la captation de ressources publiques. Parmi ces structures figurent notamment par ordre de création sous des prêtes noms de proche de la famille et de leurs collaborateurs ou encore des contacts à l’international :

  • Mediastin, outil de gestion utilisé par le PDG et ses frères pour des opérations à caractère privé.
  • MSD Consulting, au service exclusif des frères BICTOGO, utilisée comme véhicule de gestion d’intérêts personnels.
  • Porcelastone CI, société placée sous le contrôle direct de la famille BICTOGO, sans visibilité sur ses activités productives réelles.
  • Médiane Consulting, structure entièrement dédiée aux affaires familiales, sans vocation apparente à l’ouverture ni à la diversification économique.
  • Shadow, société contrôlée personnellement par Lisa BICTOGO et ses proches, avec des circuits financiers peu transparents.
  • Porcelastone Groupe, entité destinée à la gestion exclusive des intérêts de Lisa BICTOGO et de son cercle immédiat.

À ces entités à vocation privée, s’ajoutent deux structures particulièrement révélatrices d’un usage détourné des leviers économiques :

  • Une société civile immobilière, dont l’objet principal est la sécurisation du patrimoine familial. Elle détient plusieurs actifs majeurs : cités résidentielles à Abidjan, complexes balnéaires à Assinie, établissements scolaires en cours de construction à Djorobité (Cocody), résidences en Europe, ainsi que des centaines d’hectares à San-Pedro. Ces terres, initialement destinées au projet public BROTO-IP, ont été réaffectées au profit de la famille BICTOGO dans des conditions opaques. En s’appuyant sur le projet, ils (Bictogo et compagnie) ont sollicité l’intervention de l’État pour obtenir la mise à disposition de terrains, sous prétexte d’indemniser les propriétaires. Pourtant, ces parcelles n’ont jamais été inscrites dans les livres comptables de l’entité concernée. Elles ont discrètement été intégrées au patrimoine familial. En juin 2025, un dossier classé confidentiel a été déposé auprès du ministère de la Construction en vue de régulariser l’annexion de ces terres au bénéfice exclusif de la famille. Le projet, lui, a été relégué aux oubliettes — mais les terrains, eux, ont bel et bien été accaparés.
  • Une société minière, dénommée Mine Ivoire et implantée à Madicro (dans l’ouest de la Côte d’Ivoire), dont la licence d’exploitation ne respecte plus les délais et les normes de production. Malgré cela, l’extraction aurifère se poursuit, en toute illégalité, au bénéfice exclusif du clan familial.

Pôle BTP. En son cœur : les sociétés S-NEDAI-CI , Marylis BTP, Omnitravaux, Med Afrique et SCI Myralis, Mine-Ivoire  toutes directement ou indirectement rattachées au groupe SNEDAI, fondé par Adama BICTOGO, actuel président de l’Assemblée nationale.

Les premières traces de sociétés fictives liées à la famille BICTOGO remontent à 2014 avec la création de la toute première entreprise écran par la famille BICTOGO. Le nom figurant sur les retraits, « Beda Épouse Nze Kadiatou Sopie » est en réalité la petite sœur de la première épouse de M. Adama BICTOGO, Madame Fatou BICTOGO. Ce montage n’a rien d’un cas isolé. Bien au contraire, il s’inscrit dans une stratégie bien rodée de dissimulation financière, devenue une pratique courante au sein du clan BICTOGO, depuis l’arrivée au pouvoir du président Alassane Ouattara.

Des marchés stratégiques, une attribution sans concurrence

La liste des projets obtenus par ce réseau est vertigineuse :

  • Centres de santé en Côte d’Ivoire et au Mali : 124 milliards FCFA en Côte d’Ivoire, 70 milliards FCFA au Mali.
  • Programme de logements sociaux à Songon : 700 milliards FCFA.
  • Construction du stade de San Pedro (CAN 2021) : 41,7 milliards FCFA.
  • Infrastructures routières à l’ouest du pays : plus de 250 milliards FCFA.

Une récurrence inquiétante se dégage : ces marchés, bien que parfois présentés comme des « initiatives privées », sont financés par des institutions bancaires locales ou internationales (ICBC, ECOBANK, VTB), sans passer par des appels d’offres transparents.

Myralis : Un projet privé financé par des fonds publics.

Deux projets immobiliers majeurs — Myralis 1 (7e tranche) et Myralis 2 (Belle Côte) — sont officiellement portés par la SCI Myralis, une société civile immobilière appartenant à la famille BICTOGO. Mais leur financement provient directement des revenus générés par les marchés publics attribués aux filiales du groupe SNEDAI et des banques d’une part. Le mécanisme de financement auquel nous avons eu accès permet de conclure que le risque lié à une société familiale est essentiellement supporté par le groupe et ses entités.En d’autres termes : des fonds publics recyclés dans un projet privé familial.

Une ingénierie financière souterraine

Le projet de Songon révèle à lui seul l’ampleur du dispositif : une marge bénéficiaire estimée à 53 %, soit environ 217 milliards FCFA sur les 700. Ces marges hors norme, selon nos sources, sont dissimulées derrière un empilement de sociétés écrans et de contrats sous-traités.  Certaines entités comme MSD Consulting ou Porcelastone sont utilisées pour détourner discrètement les flux financiers. Des emails internes que nous avons pu consulter montrent clairement que Dramane BICTOGO et son cercle restreint donnent des instructions de décaissement par chèques jusqu’à 1 milliard FCFA en un seul versement vers ces sociétés fictives. L’argent est ensuite retiré en espèces ou transféré vers l’étranger via des relais bancaires en Afrique de l’Ouest.

Décaissements directs et société écrans

Plusieurs pièces compromettantes confirment l’usage systématique de sociétés fictives :

Des emails de trésorerie ordonnant des virements de centaine de million de façons récurentes  sur instruction de Dramane BICTOGO ;

Des correspondances internes évoquant la création, puis la liquidation volontaire de sociétés-écrans, destinées à masquer les mouvements de capitaux ;

Des retraits en espèces orchestrés par des proches de la familles et homme de confiance du système BICTOGO.

Pas d’audits, pas de contrôles, pas de traçabilité

Sur l’ensemble des projets analysés, aucun audit indépendant, aucune procédure de contrôle financier externe et aucun appel d’offres conforme aux standards internationaux n’a été identifié. Les projets sont souvent estampillés « privés », bien que financés par l’endettement public ou des garanties étatiques. Le flou juridique entretenu autour des montages contractuels empêche toute véritable transparence.

Silence officiel, répression Officieuse

Alors que les principaux bénéficiaires apparaissent dans certaines affaires comme des « victimes » ou des « parties civiles », nos enquêtes révèlent que plusieurs anciens collaborateurs et prête-noms, ayant eu le courage d’alerter sur ces pratiques, ont été injustement contraints à l’exil, poursuivis en justice ou menacés. Cela met clairement en évidence la partialité d’une justice à deux vitesses, où le pouvoir politique et une opacité institutionnalisée semblent systématiquement protéger les véritables responsables.

L’affaire est loin d’être anecdotique : elle concerne l’attribution de fonds publics sur plusieurs années, dans un pays où les besoins sociaux, éducatifs et sanitaires restent criants. Derrière ce montage complexe, c’est toute la question de la gouvernance publique, de la responsabilité politique et de la lutte contre la corruption qui est posée.

La rédaction poursuit l’analyse des pièces et témoignages. De nouveaux documents, notamment bancaires, pourraient venir étayer les soupçons de blanchiment de capitaux, abus de biens sociaux et détournement de fonds publics.

À suivre…

Jovial Destrick, EnqueteMedia

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