Sous couvert de « nouveau design », de « sécurité renforcée » et de « conformité internationale », l’invalidation des anciens carnets de vaccination à l’Aéroport International Félix-Houphouët-Boigny d’Abidjan à compter du 15 octobre 2026 suscite une vive incompréhension. Analyse d’une mesure administrative au fort potentiel lucratif.

En 2024, l’aéroport d’Abidjan a franchi la barre des 2,5 millions de passagers (2 535 451 voyageurs très exactement, soit une hausse de +8,7 % par rapport à 2023). Un trafic en pleine expansion qui continue de rebondir depuis la crise sanitaire de 2020 (935 130 passagers) et auquel s’ajoutent plus de 32 500 tonnes de fret traitées.
Mais avec une telle fréquentation, une simple décision administrative prend immédiatement une dimension financière colossale sur le dos des usagers.
AERIA (qui célèbre ses 30 ans d’existence) et le Ministère de la Santé (via le Contrôle Sanitaire aux Frontières / INHP) ont publié une affiche officielle informant le public du lancement du « Nouveau Carnet International de Vaccination ».
La mécanique tarifaire : un pactole potentiel de 1,75 milliard de FCFA
Les conditions fixées par la campagne « BON À SAVOIR » précisent le barème tarifaire :
7 000 FCFA à l’INHP Aéroport pour le carnet accompagné de l’administration du vaccin.
3 500 FCFA pour un duplicata (délivré sur présentation de l’ancien carnet).
L’élément déclencheur de la polémique réside dans la mention d’avertissement inscrite en rouge : « Les anciens carnets seront invalides à partir du 15 octobre 2026. »
Le calcul donne le tournis. Sur un hub qui brasse plus de 2,5 millions de voyageurs par an, si l’on se base sur un bassin estimé de 500 000 anciens voyageurs réguliers contraints de faire renouveler leur carnet déjà valide sous forme de duplicata (3 500 FCFA), l’opération va générer mécaniquement 1 750 000 000 de FCFA (1,75 milliard) de chiffre d’affaires. Et cela, sans qu’aucun nouveau vaccin ne soit administré à ces personnes qui possèdent déjà un statut vaccinal parfaitement à jour !
L’aberration du papier payant à l’ère du numérique
Ce qui choque le plus dans cette mesure, c’est l’imposition d’un support physique payant alors même qu’en 2026, la gestion des documents de santé et des contrôles sanitaires s’oriente vers la numérisation.
Un simple QR code, sécurisé et vérifiable sur smartphone ou sur document imprimé, permettrait d’assurer le contrôle sanitaire aux frontières de manière instantanée, infalsifiable et gratuite pour le citoyen. À la place, le voyageur se voit contraint de débourser 3 500 FCFA pour faire retranscrire ses anciens vaccins sur un livret en papier sous prétexte d’un « nouveau design ».
Un impôt déguisé sur la mobilité ?
Alors que l’aéroport d’Abidjan affiche fièrement « 30 ans d’excellence » et une croissance record du nombre de ses passagers, forcer un demi-million d’usagers à payer pour un document dont ils n’ont pas besoin sur le plan médical laisse un goût amer. Pour de nombreux voyageurs, cette invalidation couperet au 15 octobre 2026 ressemble davantage à une taxe sur la mobilité qu’à une véritable avancée sanitaire.
LA REDAC’