Il y a treize ans, la Côte d’Ivoire adoptait sa loi sur l’accès à l’information. À l’époque, la CAIDP n’était pas une ligne de budget parmi d’autres. C’était un souffle. On l’a vue se battre dans les ministères, s’imposer, convaincre le citoyen que son droit à l’information n’était plus un slogan mais une réalité en construction. Aujourd’hui, en tant qu’observateur qui a suivi cette histoire depuis le premier jour, le résultat interroge.
L’actualité récente donne à réfléchir : le lancement en grande pompe, le 2 juillet, à l’Auditorium de la Primature, d’un « Réseau national des Responsables de l’Information » (RRI). Pour la communication institutionnelle, c’est présenté comme une avancée majeure. Pour qui regarde le fond, c’est un aveu déguisé en innovation. La preuve est dans les mots de l’institution elle-même : sa Directrice des Opérations a précisé publiquement que ce réseau « ne constitue ni une nouvelle structure administrative ni un organe de contrôle ». Autrement dit, treize ans après la loi, on célèbre en grande cérémonie une communauté d’échange sans pouvoir contraignant.

L’écart est frappant. Le discours de lancement parlait de « transformation », de « gouvernance de l’information publique », d’« écosystème national », de cinq piliers stratégiques, d’une nouvelle « manière de mettre en œuvre la loi ». La réalité, confirmée par l’institution elle-même dans la même semaine, est plus modeste : un réseau d’échange, sans existence institutionnelle propre, sans pouvoir de contrôle. Presenter cela comme une rupture historique, c’est demander au public de confondre l’intention affichée et le dispositif réellement livré.
Ce n’est pas un détail sémantique. La loi n°2013-867 et son décret d’application ne confient pas à la CAIDP une mission de « gouvernance de l’information » — notion large qui engloberait la gestion documentaire, l’archivage, la donnée. Ils lui confient une mission précise : veiller à ce que toute personne physique ou morale puisse accéder aux informations détenues par les administrations, et faire respecter l’obligation de communication qui pèse sur celles-ci, à la demande ou de façon proactive. Plus le discours institutionnel s’éloigne de cet objet légal précis pour se parer d’une ambition plus vaste, plus l’écart avec les moyens réels du dispositif devient visible — et vulnérable à la critique.
Si, après treize ans, il faut encore une cérémonie officielle pour « lancer » ce qui aurait dû devenir un réflexe administratif depuis longtemps, la question mérite d’être posée sans détour : qu’est-ce qui, concrètement, a progressé sur le terrain durant ces deux dernières années ? La transparence ne se mesure pas à une photographie de famille dans un auditorium. Elle se mesure à la réponse effective apportée aux demandes des citoyens.
Il serait utile que la tutelle regarde au-delà de la vitrine institutionnelle. Le Gouvernement, qui affiche un engagement pour la bonne gouvernance, gagnerait à s’assurer que les cérémonies s’accompagnent de résultats vérifiables plutôt que de récits mobilisateurs sans données à l’appui.
La proposition la plus utile, à ce stade, n’est pas la polémique mais l’exigence de preuve : que la CAIDP publie un état des lieux détaillé de l’application de la loi de 2013, organisme par organisme et région par région — taux de réponse aux demandes, délais moyens, volumes de publication proactive — avant toute nouvelle cérémonie de lancement. C’est ce chiffrage, et non la mise en scène, qui permettra de juger si le « souffle » des origines est encore là.
Le Routard