● Qui protège l’opérateur Alloui Brou Jacques à Koumassi ?
Derrière la démolition fulgurante d’un quartier populaire d’Abidjan en pleine saison des pluies, le flou entourant le titre exécutoire de l’opérateur privé Alloui Brou Jacques met la municipalité et les autorités judiciaires sous pression.
Le 3 juin 2026, les bulldozers ont transformé en un tas de gravats le quartier précaire mais habité de Koumassi « Campement » (Nord-Est), plongeant des centaines de familles dans une « crise humanitaire » immédiate. Si la mairie de Koumassi s’est empressée de publier un communiqué le jour même pour se dédouaner, affirmant n’être que le « témoin » d’une « procédure strictement judiciaire », l’examen des coulisses de ce dossier révèle un imbroglio juridico-foncier que les autorités locales peinent à clarifier.
Le fantôme d’un arrêté introuvable
Au cœur de l’opération se trouve l’opérateur privé Alloui Brou Jacques. Ce dernier revendique les droits sur cette parcelle stratégique de 24 328 m² face au Ministère Évangélique Grâce et Merveilles. Pour justifier la destruction des habitations, l’entourage de l’opérateur invoque une décision de justice rendue en sa faveur.
Pourtant, selon les recherches de Enquête Media dans les bases de données judiciaires ivoiriennes, aucun jugement récent n’a été rendu public. Le tribunal d’origine, le numéro de l’ordonnance et sa date d’émission restent, pour l’heure, un secret bien gardé par les exécutants de la démolition.
La série de revers d’Alloui Brou Jacques
Ce manque de transparence intrigue d’autant plus les milieux juridiques abidjanais que l’historique judiciaire de M. Brou sur cette même parcelle est jalonné de lourdes défaites.
Mars 2017 : La Cour d’appel d’Abidjan (arrêt civil n°61) ordonne son propre déguerpissement de la zone.
Juillet 2022 : Le Conseil d’État (arrêt n°267) rejette sa demande de suspension des procédures à son encontre.
Décembre 2024 : Le Conseil d’État (arrêt n°573) déclare son recours en annulation irrecevable pour un retard de procédure supérieur à sept ans.
L’argument sécuritaire mis à mal
Pour accélérer ce type de libération d’emprises foncières, le ministère de l’Hydraulique, de l’Assainissement et de la Salubrité utilise généralement l’argument des « zones inondables à péril imminent » à l’approche du pic de la saison des pluies. Or, le « Campement » de Koumassi ne fait l’objet d’aucune classification publique de ce type, et aucune expertise technique de péril n’avait été notifiée aux habitants avant l’arrivée des engins de chantier.
En l’absence de mesures d’accompagnement ou de relogement temporaire des populations, la célérité de cette opération – qui bloque désormais les canaux de drainage avec des tonnes de gravats – suscite de vives tensions au sein du district autonome d’Abidjan. La municipalité, dirigée par le parti présidentiel (RHDP), se retrouve désormais sommée par les organisations de la société civile de produire l’ordre d’exécution ayant motivé l’usage de la force publique.