Alors que le Bureau fédéral des prisons américaines (BOP) vient de fixer sa libération au 15 janvier 2027, le sort du facilitateur ivoiro-libanais ravive les mémoires à Abidjan. Enquête sur les coulisses d’une extradition hautement politique.
Le « financier » de la refondation gbagboïste !?
Avant de devenir une cible prioritaire de la DEA (Drug Enforcement Administration) américaine, Faouzi Jaber a longtemps murmuré à l’oreille du premier cercle de Laurent Gbagbo à Abidjan. Durant les années de la « Refondation » (2000-2011), cet homme d’affaires s’était rendu indispensable auprès des caciques du FPI (Front populaire ivoirien).
Selon nos informations, il opérait comme un intermédiaire financier discret, activant des circuits de financement parallèles pour le compte de la présidence ivoirienne, notamment via la diaspora libanaise installée en Afrique de l’Ouest. Un activisme qui avait dès 2011 attiré l’attention des services de renseignement d’outre-Atlantique, alors qu’Abidjan basculait dans l’ère Alassane Ouattara.

Le paratonnerre d’Hamed Bakayoko ?
L’arrestation de Faouzi Jaber à Prague en avril 2014, lors d’une opération d’infiltration montée par la DEA, ne devait rien au hasard. Elle est intervenue dans un moment de tension entre Washington et Abidjan. À l’époque, le tout-puissant ministre ivoirien de l’Intérieur et de la Sécurité, Hamed Bakayoko (décédé en 2021), se trouvait dans le collimateur de la justice américaine. Plusieurs rapports et fuites orchestrées dans les médias américains dont le New York Times – (Les accusations frontales qualifiant Hamed Bakayoko de « parrain de la drogue » ou d’acteur clé du narcotrafic en Afrique de l’Ouest n’ont pas été publiées à l’origine par le New York Times ou CNN. Elles proviennent d’une enquête d’un média nord-américain francophone et anglophone, Vice Content / Vice News, publiée en juin 2020 menée par les journalistes d’investigation Ibekwe Nicholas et Daan Bauwens) – accusaient le sérail sécuritaire ivoirien de complaisance envers les réseaux de narcotrafic sud-américains transitant par le golfe de Guinée.
Dans les cercles diplomatiques d’Afrique de l’Ouest, l’interpellation de Jaber — piégé alors qu’il négociait un soutien matériel et logistique avec de faux émissaires des FARC colombiennes — a longtemps été perçue comme une monnaie d’échange. L’activisme de la justice américaine s’est brutalement arrêté aux portes du cabinet de Hamed Bakayoko dès lors que Jaber a été extradé vers les États-Unis. En contrepartie, Abidjan a scrupuleusement observé un profil bas, renonçant à réclamer son ressortissant ou à ouvrir la moindre enquête locale sur ses ramifications d’affaires en Côte d’Ivoire.

Un épilogue discret en Pennsylvanie
Après avoir plaidé coupable en 2017 à New York pour « soutien matériel à une organisation terroriste », Faouzi Jaber purge sa peine dans l’ombre. Initialement pressenti pour élargissement en 2025, il a vu son séjour carcéral prolongé.

Selon les registres fédéraux consultés par Enquête Media, l’ex-intermédiaire d’Abidjan est actuellement écroué au sein de la prison fédérale à sécurité moyenne de FCI Loretto, en Pennsylvanie. Sa sortie est désormais programmée pour le début de l’année 2027. De quoi garantir que ses secrets sur les liaisons dangereuses entre politique ivoirienne, réseaux libanais et cartels latinos restent bien gardés outre-Atlantique…