Face aux termites politiques, la thérapie de choc de N’Guessan Koffi.
Après une décennie marquée par le déclin des standards académiques sous Kandia Camara et la parenthèse désenchantée de Mariatou Koné, le nouveau titulaire du maroquin de l’Éducation nationale, N’Guessan Koffi, tente une thérapie de choc. Entre héritage empoisonné du PASEC et résistances politiques, analyse d’un redressement à haut risque.
Depuis son installation à la Tour D en janvier 2026, N’Guessan Koffi joue la carte de la rupture par la transparence. Transfuge de l’Enseignement Technique, l’ancien patron de l’INP-HB de Yamoussoukro a hérité d’un ministère transformé en « grand corps malade » de l’administration Ouattara.
Le passif Kandia Camara ou l’ère du « WhatsApp éducatif »

Le diagnostic, bien que sévère, s’appuie sur les données du PASEC (Programme d’analyse des systèmes éducatifs de la CONFEMEN) de 2019. Ce rapport, véritable pierre dans le jardin de Kandia Kamissoko Camara (2011-2021), avait agi comme un électrochoc à la présidence. Avec seulement
33 % d’élèves ivoiriens au-dessus du seuil de compétence en lecture et un famélique 17 % en mathématiques en fin de primaire, le bilan de la décennie Kandia Camara a été jugé « accablant » par les bailleurs de fonds (Banque Mondiale, AFD).
Sous sa régence, le système a été gangrené par une fraude endémique via les réseaux sociaux, transformant le Baccalauréat et le BEPC en exercices de mémorisation de corrigés circulant sur WhatsApp quelques heures avant les épreuves. Une « promotion sociale » de façade qui a fini par fragiliser la crédibilité des diplômes ivoiriens à l’international.
L’impasse Mariatou Koné : des EGENA sans lendemain.

L’arrivée de Mariatou Koné en 2021 devait sonner l’heure de la « technocratie universitaire ». Sa grande œuvre, les États généraux de l’éducation nationale et de l’alphabétisation (EGENA), a certes permis de poser un diagnostic clinique du secteur. Mais la mise en œuvre des recommandations s’est heurtée au mur des réalités budgétaires et, surtout, à la persistance du clientélisme politique au sein du ministère.
Malgré les annonces, le déficit en professeurs de sciences est resté chronique et l’état de dégradation des lycées d’excellence, fleurons de l’ère Houphouët-Boigny, a continué de s’aggraver. Le « réveil » promis s’est mué en une gestion de crise permanente, décevant une base enseignante de plus en plus frondeuse.
Méthode Koffi N’Guessan, le BNETD en première ligne

Nommé pour « nettoyer les écuries d’Augias », N’Guessan Koffi a immédiatement rompu avec la communication lissée de ses prédécesseurs. En exposant publiquement l’état de délabrement des infrastructures et en mobilisant le BNETD (Bureau National d’Études Techniques et de Développement), il cherche à sortir l’éducation du champ purement politique pour le ramener vers l’ingénierie publique.
Ses premiers mois ont été marqués par une salve de mesures concrètes.
Notamment le recrutement d’urgence de 2 000 professeurs contractuels pour combler les déserts pédagogiques, le lancement d’un vaste plan de réhabilitation des lycées emblématiques, le projet de création d’unités locales de production de manuels scolaires pour briser les monopoles… d’importation.
Le défi des « termites » administratives
Si la méthode séduit les chancelleries occidentales, le ministre fait face à une machine bureaucratique résiliente. Le budget de l’éducation nationale reste l’un des plus importants de l’État, suscitant l’appétit de réseaux d’influence solidement ancrés depuis l’ère Kandia Camara.
Pour N’Guessan Koffi, l’enjeu n’est plus seulement de « savoir » (le diagnostic est fait), mais de « pouvoir ». Entre les nominations partisanes qui parasitent l’administration centrale et les arbitrages budgétaires serrés à la Primature, le « technocrate de Yamoussoukro » devra prouver qu’il dispose du poids politique nécessaire pour transformer l’essai. La survie de la méritocratie ivoirienne en dépend.