À mesure que l’horizon 2030 se dessine, le Palais d’Abidjan observe une mue silencieuse mais radicale. Si Alassane Ouattara conserve la haute main sur le calendrier, son frère cadet, Téné Birahima Ouattara (TBO), Vice-Premier ministre, ministre d’État à la Défense, n’est plus seulement l’ombre sécuritaire du chef. En fin stratège, celui que le tout-Abidjan surnomme « Photocopie » déploie ses pions bien au-delà de ses bases septentrionales, s’affirmant comme le véritable architecte et le grand « épurateur » du Rassemblement des houphouëtistes pour la démocratie et la paix (RHDP).
L’offensive du Sud ou le duel feutré contre les barons
L’installation de l’influence de Hien Sié Yacouba « Super ministre » , ministre des Infrastructures et de l’Entretien routier au sein du Gouvernement de Robert Beugré Mambé II, depuis le 23 janvier 2026, dans le Sud-Comoé marque un tournant géopolitique interne. Traditionnellement chasse gardée de cadres historiques, cette région stratégique voit désormais l’ombre du Vice-Premier ministre s’allonger sur ses terres. En avançant « masqué », Birahima Ouattara vient bousculer Eugène Aka Aouélé, le président du Conseil économique, social, environnemental et culturel (Cesec). Par le positionnement de Hien Sié comme un « super-ministre » de fait dans cette zone balnéaire et agricole, TBO ne cherche pas seulement l’ancrage géographique, il verrouille des relais d’influence financière et électorale qui échappent désormais au contrôle exclusif des vieux barons locaux.

Guerre d’usure et le « plafond de verre » des dauphins
En interne, la montée en puissance de TBO redessine la hiérarchie des dauphins putatifs à travers un affaiblissement méthodique des pôles de pouvoir concurrents.
Le ministre des Transports et maire de Bouaké, Amadou Koné, longtemps perçu comme un pilier inamovible du dispositif septentrional, voit ses réseaux d’influence discrètement siphonnés par le clan TBO.
L’ascension fulgurante du ministre de l’Équipement et de l’Entretien routier a subi un coup d’arrêt brutal. Amédé Kouakou est mis au piquet. En manœuvrant pour son transfert partiel vers le portefeuille de l’Hydraulique et de l’Assainissement (MINHAS), TBO a freiné la dynamique du « bâtisseur » du RHDP, s’assurant qu’aucun cadre, aussi performant soit-il, ne puisse émerger sans son onction.
Le « boulet » Porteo, l’onde de choc venue de Paris.
Toutefois, cette mécanique de précision se heurte aujourd’hui à un grain de sable judiciaire venu de l’Hexagone. Comme révélé par Africa Intelligence le 23 décembre 2024, une affaire de corruption et de blanchiment d’argent impliquant le groupe Porteo BTP secoue les fondations du Palais.
L’enquête, qui cible les relations entre le PDG de Porteo, Hassan Dakhlallah, et le premier cercle du pouvoir, a pris une tournure dramatique avec la découverte d’un des fils d’Amédé Kouakou dans l’un des appartements parisiens de l’homme d’affaires. Depuis, le ministre de l’Équipement a radicalement réduit ses déplacements vers la France, conscient que le dossier est devenu un « boulet » politique. Pour TBO, dont le nom est également cité en filigrane de ce système, la justice française représente l’unique variable qu’il ne parvient pas à « photocopier » ou à neutraliser.
Horizon 2027-2028, la Primature comme rampe de lancement.
Selon les informations circulant dans le premier cercle, le plan de vol reste inchangé malgré les turbulences. L’accession de Téné Birahima Ouattara au poste de Premier ministre « plein » entre 2027 et 2028 est de plus en plus évoquée.
Ce poste ne serait pas une fin en soi, mais un levier pour une purge générationnelle. TBO prépare déjà sa « garde prétorienne », une nouvelle génération de technocrates et de cadres sécuritaires, entièrement dévoués, prêts à occuper les ministères régaliens. En verrouillant la Primature, il s’assurerait de la transition ultime, se positionnant comme le seul garant de la pérennité du clan Ouattara face aux appétits de la vieille garde.