Malgré le maintien de la Côte d’Ivoire sur la liste des juridictions sous surveillance renforcée lors de la plénière d’hier, 19 juin à Paris, le procureur Koné Braman pousse ses pions. Objectif : obtenir un retrait définitif en novembre grâce aux efforts conjoints de plusieurs entités dont on peut citer la CENTIF, la SATTA ou encore la Primature .
C’est un véritable marathon d’influence auquel s’est livrée la délégation ivoirienne dans les couloirs du siège de l’OCDE à Paris, où s’est clôturée le 19 juin la deuxième session plénière de l’année du Groupe d’action financière (GAFI). Selon nos informations, les émissaires d’Abidjan ont âprement défendu les progrès du pays face aux évaluateurs internationaux.
Si l’institution, présidée par la Mexicaine Elisa de Anda Madrazo, a acté le maintien de la Côte d’Ivoire sur sa liste des juridictions sous surveillance renforcée (dite « liste grise »), la diplomatie financière ivoirienne refuse de parler d’échec. Mais force est de constater que le pays fait toujours partie des 22 nations sous observation, aux côtés de nouveaux entrants comme la Bosnie-Herzégovine ou l’Irak, tandis que des voisins continentaux à l’instar de l’Algérie et de la Namibie, ont réussi à en sortir lors de cette même session.
Pour Abidjan, la prochaine étape est déjà cruciale : une visite de terrain (on-site assessment) des experts du GAFI doit être programmée dans les prochains mois. Sauf accroc majeur, cette inspection décisive est censée ouvrir la voie à une sortie officielle de la liste grise d’ici à la plénière de novembre 2026.

Koné Braman en première ligne avec la SATTA
Au cœur de ce dispositif technique et politique, une figure clé du système judiciaire ivoirien s’est personnellement investie : le procureur de la République Koné Braman. Fait notable pour un magistrat de son rang, ce dernier multiplie les déplacements internationaux et participe directement aux réunions techniques pour plaider la cause de la Côte d’Ivoire.
Le procureur Braman pilote en effet la SATTA. Cette section ultra-spécialisée du parquet d’Abidjan a été créée spécifiquement pour mettre l’arsenal judiciaire en stricte conformité avec les 40 recommandations du GAFI. La feuille de route de la SATTA qui opère au plus près de la CENTIF, ciblent conjointement en priorité les points noirs traditionnellement soulevés par les évaluateurs : L’accès aux registres des bénéficiaires effectifs des entreprises; le renforcement des sanctions contre le blanchiment des capitaux, la supervision des secteurs non financiers (immobilier, avocats, notaires, négociants…).
En s’exposant ainsi en première ligne, le chef du parquet joue son va-tout : la réussite de la stratégie de normalisation financière voulue par le président Alassane Ouattara repose en grande partie sur l’efficacité de sa structure.
Le spectre de « l’affaire Campement »
Le calendrier d’Abidjan reste toutefois suspendu à sa capacité à d’ici là de démontrer la viabilité à long terme des réformes et à s’épargner de nouveaux séismes juridico-financiers. Dans les couloirs de la Primature, on redoute par-dessus tout la résurgence d’affaires sensibles qui viendraient gripper la machine et alerter la direction des affaires juridiques du GAFI.
Les craintes de la « task force » ivoirienne se cristallisent notamment autour des rebondissements de dossiers complexes à forte résonance économique, à l’instar de la gestion de l’affaire dite de » Koumassi Campement » (litige foncier). Si ce type de dossier venait à mettre au grand jour des failles persistantes dans la transparence des flux financiers ou des interférences suspectes, le GAFI pourrait décider de reporter le retrait de la première puissance économique de l’UEMOA au-delà de l’échéance de novembre.
L’affaire du déguerpissement de Campement est une bombe à retardement. Les montants en jeu pour remblayer de manière illégale 34 hectares de lagune, oscillent, selon certaines estimations, autour des 100 milliards de FCFA. À ce niveau on n’est plus dans le faits divers et le litige de quartier, les indices de tentatives de blanchiment de capitaux sont palpables depuis les bureaux des évaluateurs du GAFI. Un tel scandale à quelques jours de l’arrivée à Abidjan des évaluateurs du GAFI, met à mal les efforts considérables déployés par Koné Braman et les autres acteurs investis depuis 3 ans pour restaurer l’image de la Côte d’Ivoire.