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CÔTE D’IVOIRE / BURKINA FASO. Secret bancaire : comment l’affaire Fidelis Finance Vs Sogetra fragilise les régulateurs de l’UEMOA

Quatre dirigeants de l’établissement financier, dont le DGA national, sont renvoyés devant le tribunal correctionnel d’Abidjan pour une violation présumée du secret bancaire qui a causé la faillite d’un logisticien ivoirien. Malgré la solidité du dossier pénal et la confirmation en appel, la Commission bancaire de l’UMOA et l’AMF-UMOA s’enferment dans un mutisme total, laissant l’établissement lever des fonds sur les marchés. Enquête sur un scandale financier qui fait trembler les institutions régionales.

C’est une affaire inédite qui menace de faire jurisprudence dans tout l’espace UEMOA et qui sème le trouble au sein des institutions de développement ouest-africaines. Selon des documents confidentiels consultés par Enquête Media, l’établissement financier à caractère bancaire Fidelis Finance traverse une tempête judiciaire et de gouvernance d’une rare violence. Ses quatre principaux dirigeants exécutifs en Côte d’Ivoire sont actuellement sous contrôle judiciaire strict – passeports retirés et interdiction de quitter le territoire – après la confirmation, le 18 mars 2026, de leur renvoi devant le Tribunal correctionnel d’Abidjan (Arrêt N°220/2026).


Au cœur du dossier : une violation présumée du secret bancaire commise en février 2025 au détriment de l’un de ses clients, la société de transport de conteneurs Sogetra SARL. Lors d’une réunion commerciale à Abidjan avec un négociant tiers (Sorimpex), le top management de Fidelis aurait volontairement divulgué le profil de risque et l’état détaillé des créances en souffrance de Sogetra. L’impact a été immédiat : Sorimpex a annulé une transaction cruciale de 7,7 milliards FCFA (11,7 millions d’euros) destinée à restructurer la dette du logisticien. Privée de ce ballon d’oxygène, Sogetra a dû mettre la clé sous la porte, entraînant le licenciement de 72 employés.

Un dossier probatoire en béton et une défense qui se fissure

Devant les magistrats, la direction de Fidelis Finance, emmenée par le directeur général adjoint pour la Côte d’Ivoire, Nomel Franck Aristide Yapo , tente de plaider le simple « différend commercial ». Une ligne de défense qui s’est fracassée contre une instruction pénale particulièrement documentée. Le juge d’instruction dispose en effet de six sources de preuves concordantes et antérieures à l’enquête : un constat d’huissier scellant 1 874 messages WhatsApp compromettants, des enregistrements audio, ainsi que le témoignage écrit de Sorimpex qui a maintenu sa version malgré des courriers de menaces explicites envoyés par Fidelis en juin 2025.
Le dossier révèle également un double jeu de la part du responsable de la conformité de l’établissement, Boubacar Didier Barry. Ce dernier a activement dissuadé le patron de Sogetra de saisir la BCEAO au cours du premier semestre 2025, promettant un prêt de restructuration de façade, tout en transmettant secrètement les projets de courriers de sa victime à sa propre direction générale.
Ce front uni des cadres de Fidelis a pourtant fini par voler en éclats. Sentant le vent du boulet judiciaire tourner après le rejet de leur appel en mars, Boubacar Didier Barry a acté sa rupture de solidarité avec l’entreprise. Selon nos informations, il a quitté son poste à la mi-avril 2026 et a engagé un avocat séparé (le cabinet Partners) pour assurer sa propre défense face au pool d’avocats de Fidelis (SCPA Lex Ways). Un pourvoi en cassation, ultime recours pour éviter un procès public très redouté au Pôle Pénal Économique et Financier, a été déposé en mars et avril derniers.

L’incompréhensible passivité de la Commission Bancaire et de l’AMF-UMOA

Mais au-delà du cas Fidelis, c’est la paralysie des instances de régulation de la zone UEMOA qui interpelle vivement les milieux financiers. Bien que formellement saisie à quatre reprises entre août 2025 et janvier 2026 par la défense de Sogetra – qui lui a fourni l’intégralité des pièces et de l’ordonnance de renvoi – la Commission Bancaire de l’UMOA n’a activé aucun de ses pouvoirs étendus. Aucune mission de contrôle sur place, aucune mise sous surveillance renforcée ni désignation d’un administrateur provisoire n’ont été ordonnées.
Même mutisme du côté de l’AMF-UMOA (l’Autorité des marchés financiers) et de la BRVM. Les régulateurs boursiers ont laissé Fidelis Finance publier le 18 février 2026 un communiqué financier truffé d’omissions volontaires, affirmant qu’aucune mesure conservatoire n’affectait son activité, alors même que ses cadres exécutifs étaient privés de leurs passeports. Plus grave encore, l’établissement financier a pu boucler une levée de fonds de 7 milliards FCFA sur le marché obligataire régional fin 2025 en dissimulant totalement le risque pénal et la saisine des autorités de contrôle dans sa note d’information. À ce jour, 14,9 milliards FCFA de titres Fidelis circulent sur le marché public sans que les souscripteurs n’aient été alertés du profil de risque réel de l’émetteur.

Alerte sur les lignes de crédit internationales

Cette léthargie institutionnelle offre pour l’instant un répit à Fidelis Finance, dont le modèle économique est structurellement vulnérable. Ne collectant pas d’épargne publique, l’établissement – qui affiche un total de bilan de 108,6 milliards FCFA pour un faible résultat net de 1,13 milliard en 2024 – dépend exclusivement de l’accès aux marchés financiers et de ses lignes de crédit interbancaires (40 milliards FCFA au total).
Or, la gouvernance de Fidelis repose majoritairement (à hauteur de 57,2 %) sur des bailleurs institutionnels de premier plan qui affichent pourtant des exigences ESG et de conformité extrêmement strictes. Parmi eux figurent la BOAD (14,30 %), la BIDC (14,30 %), le FSA (14,30 %) et le fonds étatique burkinabè FBDES (14,30 %). Pour l’heure, aucun de ces actionnaires n’a souhaité clarifier publiquement sa position.
L’agence de notation ivoirienne Bloomfield Investment maintient elle aussi une note « A » (Investment Grade), qualifiant dans son dernier rapport les facteurs de risque de « mineurs ». Si Bloomfield venait à réévaluer sa notation à la lueur des développements judiciaires, Fidelis perdrait son accès direct au marché et devrait fournir une garantie à première demande financièrement insoutenable.
Le déclenchement imminent du procès public à Abidjan pourrait servir de détonateur. Si la justice confirme la culpabilité des dirigeants, Fidelis Finance s’expose non seulement à de lourdes peines de prison (jusqu’à 3 ans pour destruction de preuves et pressions sur témoins), mais surtout à une condamnation civile au titre du préjudice économique direct réclamé par Sogetra. Un scénario noir qui enterrerait définitivement le plan stratégique « CAP 2025 » de l’établissement, qui ambitionnait d’obtenir une licence de banque universelle.

Note : Conformément aux règles de procédure pénale, l’ensemble des cadres de Fidelis Finance et les entités citées bénéficient de la présomption d’innocence tant qu’une condamnation définitive n’a pas été prononcée.

#Enquetemedia

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