Alors que le gouvernement ivoirien mise sur la souveraineté alimentaire, une douzaine d’admis du concours d’ingénieur agronome se retrouvent bloqués dans les couloirs de l’administration. Entre « oublis » inexpliqués et manœuvres de diversion, le sort de ces cadres formés dans les universités publiques fragilise l’image de « transparence » prônée par l’exécutif.
L’énigme de l’arrêté d’admission du 25 mars
C’est un imbroglio dont se serait bien passée Anne Désirée Ouloto, la ministre d’État en charge de la Fonction publique. Depuis la publication, le 25 mars 2026, de l’arrêté d’admission pour le concours d’ingénieur agronome (session 2024), l’incompréhension règne. Sur les 32 candidats déclarés admis, seuls 25 noms figurent officiellement sur le document administratif.
Pourtant, le dossier semblait verrouillé puisque la Direction générale de la fonction publique (DGFP) avait reçu toutes les garanties des universités publiques ivoiriennes. Ces dernières avaient formellement confirmé l’authenticité des diplômes.
À la Direction des concours, et plus précisément à la porte 103, le discours servi aux recalés reste immuable : « Patientez ». Une sorte d’aveu d’impuissance. Le cas de la promotion 2024 n’est pas isolé : 12 admis (7 de 2024 et 5 de 2023) sont aujourd’hui dans les limbes administratifs, alors qu’ils ont tous validé leur formation de base.

L’offensive de charme d’Anne Ouloto ou l’art de l’esquive
Pour masquer ces couacs à répétition, « la Dame de Fer » du Plateau multiplie les opérations de communication grandiloquentes. Après avoir orchestré avec un sens aigu du spectacle le recrutement — jugé « fantoche » par certains observateurs — de « 400 douaniers », la ministre pourraient bien se spécialiser dans les « concours exceptionnellement exceptionnels ».
Cette sémantique du superlatif sert de paravent à une réalité plus prosaïque. Pendant que la ministre s’affiche lors de cérémonies de remise de diplômes ultra-médiatisées, les « laissés-pour-compte » des concours réguliers s’entassent dans les couloirs de son ministère. Ces opérations de charme, censées prouver que la méritocratie est de retour, peinent à cacher les dysfonctionnements qui empêchent l’intégration réelle des ingénieurs agronomes.
Une administration à deux vitesses
L’absence d’une deuxième vague d’arrêtés cristallise les tensions. Pour ces ingénieurs, l’attente devient précaire. Alors que le régime de Alassane Ouattara vante la dématérialisation, ce blocage revèle une administration à deux vitesses. D’un côté, des concours d’apparat pour nourrir les réseaux sociaux du ministère, et de l’autre, des lauréats du système public dont le nom s »évaporént » entre deux signatures de décret.
Si aucune régularisation n’intervient d’ici mai 2026, la crédibilité des réformes de Anne Ouloto pourrait être sérieusement entachée par ces dossiers que la porte 103 ne suffit plus à dissimuler.
Source : Enquête Media 29/04/2026
Ph/DR