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Dynasties et intérêts croisés : Quand la famille Ouattara « gouverne » la Côte d’Ivoire

Sous le régime d’Alassane Ouattara, l’héritage familial semble être un moteur de l’administration du pays. De l’exécutif aux grandes entreprises publiques, les membres de la famille du président, qu’il s’agisse de ses enfants, de ses neveux, de ses frères ou même de ses belles-sœurs, occupent des positions stratégiques tant dans la sphère politique qu’économique. Loin de se limiter à une simple consolidation du pouvoir, ce système de cooptation familial semble tissé de liens d’intérêts croisés, souvent opaques.

Des liens de sang au pouvoir : une famille à la tête du pays

Depuis l’arrivée d’Alassane Ouattara au pouvoir en 2011, les membres de sa famille se sont vu confier des rôles importants dans la gestion de l’État et des entreprises publiques stratégiques. Les positions ministérielles ou de direction de grandes sociétés ne cessent de se multiplier au sein de son entourage immédiat.

Un exemple frappant est celui de Baudin Sarrahn Ouattara, la fille de Gaoussou Ouattara, frère aîné du président, qui dirige l’Agence Nationale de Gestion des Déchets (ANAGED) depuis 2011. Cette agence, autrefois connue sous le nom d’Anasur, joue un rôle crucial dans la gestion des déchets urbains du pays.

De même, Nina Keïta, la fille de Hadja Sita Ouattara, maire de la commune de Gbéléban et sœur d’Alassane Ouattara, a été nommée directrice générale adjointe de la Société de Gestion des Stocks Pétroliers de Côte d’Ivoire (GESTOCI) en 2019. Née à Abidjan, elle a fait ses débuts en tant que mannequin à New York avant de se tourner vers des postes stratégiques dans les entreprises publiques. Elle est l’épouse de Adama Kamara, Avocat d’affaires, homme politique, Député d’Odiénné et Ministre ivoirien de l’emploi et de la protection sociale depuis le 6 avril 2021. Sa nomination à un poste aussi clé dans un secteur stratégique pour l’économie ivoirienne n’est qu’un autre exemple de l’entrelacement des intérêts privés et publics au sommet de l’État.

Masséré Touré, nièce de Alassane Ouattara, l’épouse de Bruno Koné, ministre de la Construction, du Logement et de l’Urbanisme, née le 30 août 1974 à Abidjan, est la secrétaire générale de la Présidence de la République de Côte d’Ivoire depuis décembre 2023.  Masséré Touré-Koné a été promue au grade d’ambassadeur en janvier 2019.  

La famille Ouattara : entre politique et affaires

Les liens familiaux ne se limitent pas à la sphère des nominations politiques. Ils s’étendent aussi à l’économie, où plusieurs membres de la famille Ouattara ont consolidé leur emprise sur des secteurs clés.

Benedict Senger, époux de Fanta Catherine Ouattara-Senger, la fille d’Alassane Ouattara, est devenu directeur général de Webb Fontaine, une société spécialisée dans la gestion des ports et des aéroports. Webb Fontaine est une entreprise de Dubaï dont la filiale ivoirienne gère depuis 2013 le Guichet Unique du Commerce Extérieur de la Côte d’Ivoire, un rôle stratégique dans la gestion des importations et des exportations du pays. Or, Webb Fontaine a obtenu de nombreux contrats sans appels d’offres, un détail qui soulève des préoccupations sur la transparence des procédures d’attribution des marchés publics.

Loïc Folloroux, fils de la Première Dame Dominique Ouattara, est à la tête d’un empire du cacao à travers sa société Africa Sourcing, l’un des plus grands négociants de fèves en Côte d’Ivoire. Loïc Folloroux est également vice-président de la Fondation Children of Africa, créée par sa mère. Mais ce n’est pas tout. Il possède aussi la chaîne de télévision La Nouvelle Chaîne Ivoirienne (NCI), et ses liens avec le secteur agricole et médiatique témoignent d’une accumulation d’influences dans des domaines essentiels pour le pays. Le fait que Sifcacoop, acteur majeur dans la filière café-cacao, ait été « cédée » à Loïc Folloroux, dans des conditions scabreuses, soulève des interrogations sur la concentration des richesses et du pouvoir dans les mains de quelques-uns.

Malekah Mourad Condé, l’épouse d’un des neveux du président a été nommée Directeur général de Côte d’Ivoire Tourisme, le 8 septembre 2021, anciennement Directrice de la Société de développement du tourisme de la région des lacs (Sodertour-Lacs).

Ibrahim Moriba Keita, ex-époux de Sita Ouattara, la sœur cadette du chef de l’Etat ivoirien préside BGFIBank Côte d’Ivoire, anciennement PCA de Versus Bank.

Une gouvernance familiale à la tête des entreprises publiques

Au-delà des nominations politiques et des positions dans les entreprises privées, la gestion des ressources nationales semble également passer par des mains familiales. Un autre exemple révélateur est Téné Birahima Ouattara, frère cadet du président, nommé ministre de la Défense en 2021 après le décès d’Hamed Bakayoko. En plus de son rôle politique, Téné Birahima Ouattara incarne cette nouvelle génération de la famille Ouattara, à la fois présente au sommet du pouvoir politique et impliquée dans les décisions économiques stratégiques.

Le domaine énergétique n’échappe pas à cette logique. En février 2021, le président Ouattara a autorisé la cession des activités du réseau de stations-service de Petroci, entreprise publique, à Puma Energy Côte d’Ivoire, propriété du groupe pétrolier Trafigura. Ce dernier est présidé par Ahmadou Touré, neveu du président, frère de Masséré Touré, épouse du ministre Bruno Koné.

Les ombres du système : entre pratiques opaques et accumulation d’influences

Ces exemples montrent qu’en Côte d’Ivoire, la famille Ouattara semble exercer une influence incontestée sur les affaires publiques et privées du pays. Si la concentration du pouvoir dans un même cercle familial n’est pas propre à la Côte d’Ivoire, elle soulève néanmoins des questions de gouvernance et de transparence. Alors que le pays aspire à plus de modernité et de développement, le mélange des affaires politiques et familiales révèle un système où les intérêts personnels et nationaux se confondent, avec peu de place pour l’opposition et la critique.

La concentration des richesses et du pouvoir au sein d’une même famille, en particulier dans un pays où les inégalités économiques sont encore profondes, nourrit des critiques sur la gestion des ressources et le manque de diversité dans les élites dirigeantes. Dans un contexte de mondialisation, où les grandes puissances économiques et les entreprises multinationales jouent un rôle croissant, ce système de « gouvernance familiale » pourrait bien finir par ternir l’image de la Côte d’Ivoire à l’international et entraver la croissance inclusive à laquelle aspire le pays.

LA REDAC

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