Facebook
Twitter
LinkedIn
WhatsApp

Côte d’Ivoire _Conflit foncier / 449 lots, 5 décisions de justice, zéro exécution : chronique d’un sabotage administratif !

À Abadjin-Doumé, une affaire de litige foncier révèle les dérives persistantes dans la gestion du domaine urbain en Côte d’Ivoire. Deux professionnels, Veglano Koffi Alphonse, géomètre-expert, et son collaborateur Sanou Boroma Alain, sont aujourd’hui au cœur d’un imbroglio administratif et judiciaire, où des décisions de justice irrévocables et des instructions ministérielles sont tout simplement ignorées.

Le différend porte sur un lotissement dûment approuvé par l’arrêté ministériel n°04862/MCU/DU/SDAF du 5 octobre 2005. Dans le cadre d’un quota conventionnel signé avec la collectivité villageoise en 2002, leur cabinet, IVOIRE Topographie, s’est vu attribuer 449 lots. Ces attributions ont été confirmées par plusieurs décisions judiciaires, notamment le jugement n°263 du 3 mai 2015, les arrêts n°17/CIV du 12 janvier 2018, n°53/20 CIV 5 du 3 mars 2020, n°1037/20 du 18 décembre 2020 (Cour de cassation) et n°327/22 CIV 2 du 15 juillet 2022.

Ces décisions judiciaires ont été renforcées par des correspondances officielles du ministère de la Construction. Par un courrier daté du 28 février 2019 (n°532/MCLAU/DAJC/KM), la Direction des Affaires Juridiques et du Contentieux (DAJC) a confirmé la légitimité de l’attribution des lots au cabinet. Cette position a été réitérée dans un second courrier, le 31 mars 2021 (n°0888/MCLAU/DAJC/KM), demandant que les actes administratifs soient établis exclusivement sur la base du guide élaboré par IVOIRE Topographie.

C’est donc en toute conformité avec cette sécurité juridique que Sanou Boroma Alain a procédé à la cession de plusieurs lots. Chaque transaction était accompagnée des documents justificatifs, dont les courriers ministériels et un exploit de commissaire de justice daté du 27 mars 2019, attestant de la réception desdits documents par la Direction du Domaine Urbain (DDU).

Pourtant, contre toute attente, des poursuites pour escroquerie, faux et usage de faux ont été engagées à l’encontre de Sanou Alain, à la suite de plaintes d’acquéreurs perturbés par le refus de la DDU de traiter leurs dossiers d’ACD. Une situation paradoxale, d’autant plus que les documents utilisés par M. Sanou émanent de l’autorité compétente et s’appuient sur des décisions judiciaires définitives.

Le nœud du problème semble résider dans la prise en compte, par la DDU, d’un second guide de répartition établi par les sieurs Yama Djiro Joseph et N’Gbodi Boudjui Émile, avec l’appui de l’ex-directeur du Domaine Urbain, Adjoumani Boffoué Parfait. Ce document, dénué de toute base légale, a permis des attributions parallèles de lots, des délivrances frauduleuses d’ACD et des occupations illégales sur des terrains déjà alloués au cabinet IVOIRE Topographie.

Cette situation constitue une violation grave de l’autorité de la chose jugée et des principes de l’État de droit. Plusieurs dispositions du Code pénal sont potentiellement bafouées : faux et usage de faux, immixtion dans les fonctions judiciaires, et refus d’exécution des décisions de justice.

Au-delà d’un simple litige foncier, cette affaire soulève une question fondamentale : celle de la responsabilité de l’administration publique face aux décisions de justice. En s’érigeant en contre-pouvoir illégitime, certains acteurs administratifs contribuent à décrédibiliser l’appareil judiciaire et à fragiliser la sécurité juridique.

Il est temps que le ministère de la Construction prenne ses responsabilités, réaffirme l’autorité des décisions de justice, et mette fin à ces dérives. Dans un État de droit, la loi doit primer sur les intérêts particuliers et les pratiques opaques. Il en va de la crédibilité des institutions, mais aussi de la confiance des citoyens dans la justice et l’administration.

LA REDAC’

Articles récents

Camp international de reboisement: l’enracinement de l’Espoir à Kani Bandama-Rouge

25 juillet 2026

L’Horloger des Marchés : Hippolyte Georges Agkpo, le stratège ivoirien qui dompte Wall Street.

25 juillet 2026

Transports en Côte d’Ivoire : le scandale « ATS », un pactole à plusieurs milliards au cœur du Ministère

24 juillet 2026

Un détournement de plus de 39 milliards fcfa à la DGI porté devant le pôle pénal économique et financier

24 juillet 2026

Aéroport d’Abidjan : Comment une simple feuille de papier va rapporter 1,75 milliard de FCFA.

23 juillet 2026

Carnet noir / Émile Constant Bombet : La fin d’un géant de la haute administration ivoirienne

22 juillet 2026

Gouvernance et Portefeuille de l’État : La méthode Mariatou Koné à l’épreuve des chiffres.

22 juillet 2026

Golfe de Guinée : Comment la Côte d’Ivoire a bâti une marine d’élite en 14 ans

22 juillet 2026

Cacao ivoirien (Volet II) : anatomie d’une crise à 291 milliards de FCFA !

22 juillet 2026

CAIDP : la mise en scène d’une institution qui tourne à vide

21 juillet 2026

EDITORIAL/ AFFAIRE AGROUSOURCE DE ACHIROU : BALLE AU CENTRE !

21 juillet 2026

Blanchiment présumé : l’actrice Marie-Paule Adjé au cœur de la stratégie de crise d’Agrosources.

20 juillet 2026

Filière café-cacao : sept zones d’ombre dans la commercialisation de l’or brun

19 juillet 2026

EXCLUSIF – Malaise au MGC de Simone Gbagbo : Le 1er vice-président et porte-parole, Pr TRAORÉ Klognimban Dominique, démissionne

18 juillet 2026

Comment la direction de l’INFAS court-circuite les directives d’Anne Ouloto.

16 juillet 2026

Affaire Monogaga : Nouveau report judiciaire sur fond de harcèlement et de passe-droits

15 juillet 2026

Côte d’Ivoire : L’ICRG-GAFI en mission d’évaluation finale du 8 au 11 septembre 2026

14 juillet 2026

Narcisse Sépy Yessoh face au retour des réseaux de fraude à l’ÉNA.

13 juillet 2026

Mirage des 24 000 hectares photovoltaïques d’Agrosources à Touba,Mohamed Adnane Achirou, l’homme derrière le fantomatique projet solaire.

12 juillet 2026

1 milliard en carburant, 160 millions en un jour… Le vertige des chiffres à la mairie de San Pedro.

10 juillet 2026
Activer les Notifications OK Non merci