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Avalanche de Scandales chez les Bictogo : Comment la justice ivoirienne offre l’impunité à ceux qui la méritent le moins !

Depuis plus de quinze ans, la famille Bictogo s’impose comme un cas d’école d’une justice ivoirienne à deux vitesses. Tandis que les innocents sont régulièrement condamnés, les membres de cette puissante dynastie politique et économique échappent à toute sanction, malgré des dizaines d’affaires judiciaires graves qui s’accumulent à leur encontre. De l’affaire des déchets toxiques du Probo Koala en 2006 à la récente condamnation foncière de 2025, le parcours judiciaire des Bictogo est marqué par des non-lieux, des classements pour prescription, et un usage systématique des recours. Une impunité presque totale dans un contexte où les casseroles familiales font trembler la Côte d’Ivoire.

2016 : L’affaire SOEXIMEX et le premier coup d’éclat judiciaire

En décembre 2016, la société française SOEXIMEX dépose plainte contre Adama Bictogo pour escroquerie. Le fondateur de « Côte d’Ivoire Fruits » est accusé d’avoir failli à rembourser un prêt destiné à financer l’exportation de milliers de tonnes de cacao vers Lomé, au Togo.  Adama Bictogo est accusé d’avoir perçu à partir de 2006 et en plusieurs versements, près de 4 millions d’euros soit, 2,6 milliards de FCFA, au nom de sa société « Côte d ‘Ivoire fruits ». L’achat et la livraison de plusieurs milliers de tonnes de cacao devait se faire via le Port Autonome de Lomé au Togo.  La justice avait alors confirmé l’existence effective de la dette, mais avait annulé une hypothèque prise en août 2014 sur des biens immobiliers situés en région parisienne et appartenant à Bictogo. En janvier 2015, le même Bictogo avait déjà invoqué la prescription devant les tribunaux ivoiriens pour contester une demande de recouvrement d’un peu moins de 27 millions de F CFA formulée par Bank of Africa, obtenant alors gain de cause. La Cour de cassation -Pourvoi n° 18-14.630 confirme l’arrêt rendu le 30 janvier 2018 (n°16/06558) par la cour d’appel de Versailles (13e chambre), « déclare le tribunal de commerce de Nanterre incompétent au profit du tribunal de grande instance de Nanterre et déclare irrecevable comme prescrite la demande formée par la société Soeximex ». Le dossier, pourtant lourd en preuves selon Soeximex, est abandonné.

2006-2015 : Le scandale du Probo Koala, symbole d’une impunité étouffante

En août 2006, le Probo Koala, navire affrété par Trafigura, déverse illégalement des déchets toxiques à Abidjan, provoquant plusieurs morts et des milliers d’intoxications graves. En 2012, Adama Bictogo est accusé d’avoir détourné via sa société MBLA Consulting des fonds destinés à indemniser les victimes. Sous pression, il démissionne de son poste ministériel, mais ne sera jamais poursuivi pénalement. En 2015, plusieurs responsables sont condamnés à 20 ans de prison, mais Bictogo échappe à toute sanction. En 2023, la Cour Africaine des Droits de l’Homme exige une nouvelle enquête, signe que cette affaire demeure une blessure ouverte dans la mémoire collective ivoirienne.

2020 : Faillite de MARYLIS BTP au Sénégal, un chantier inachevé et des millions envolés

La filiale sénégalaise MARYLIS BTP, partie intégrante du groupe SNEDAI dirigé par la famille Bictogo, est liquidée en janvier 2020 par le Tribunal de commerce de Dakar. Elle devait réaliser l’Université Amadou Mahtar Mbow à Diamniadio, financée à hauteur de 30 milliards de FCFA par l’État sénégalais. Seulement 30 % du chantier est achevé. La société abandonne ses dettes envers partenaires et sous-traitants, sans qu’aucune poursuite pénale ne soit engagée.

2023 : Trafics de passeports biométriques, un scandale jamais jugé

En juillet 2023, une enquête révèle des trafics de passeports ivoiriens impliquant indirectement le groupe SNEDAI. Malgré les accusations contre certains employés, la famille Bictogo nie toute implication directe et poursuit en justice pour dénonciation calomnieuse. Le dossier patine. Toute chose qui projette l’image d’une justice impuissante face aux réseaux d’influence qui enveloppent les grandes fortunes ivoiriennes.

2018-2025 : Litige foncier à Treichville, la première défaite judiciaire publique

En août 2018, la Cour suprême ivoirienne tranche en faveur de Martine Coffi-Studer dans un conflit foncier avec la Société de Transport Lagunaire (STL), propriété d’Adama Bictogo. Après plusieurs recours, une condamnation définitive en mars 2025 ordonne le versement de 9,5 millions d’euros à la plaignante. Cette décision est une rare claque judiciaire pour la famille, qui fait rarement face à des condamnations aussi lourdes. Mais, selon les avocats de Adama Bictogo, « la Société de Transport Lagunaire relève que son occupation se limite exclusivement au périmètre concédé par l’Etat de Côte d’Ivoire. Par arrêt N°302 du 27 juillet 2022, le Conseil d’Etat déclarait irrecevable la requête de la SCI OCEANOR, enregistrée sous le numéro 2017-255 REP du 23 Aout 2017. Il s’en induit que le décret fixant les limites du périmètre concédé à la Société de Transport Lagunaire demeure en vigueur à ce jour ». Depuis lors et en dépit d’une condamnation définitive, l’affaire reste « pendante ».

Les frères Bictogo sous le feu des projecteurs

Michel Moumouni Bictogo, plongé dans une affaire minière à Bongouanou, fait face à une plainte pour fraude déposée en décembre 2023. Michel Moumouni Bictogo est impliqué dans une affaire complexe impliquant la société minière Lagune Exploitation Bongouanou (LEB). Des personnalités proches du pouvoir auraient manipulé les banques pour bloquer ses comptes et transférer illégalement des permis miniers de Lagune Exploration Afrique (LEA) vers LEB. Une plainte pour fraude a été déposée par l’homme d’affaires ivoirien Léo Guigui en décembre 2023.

Une plainte portée par le Groupe SNEDAI- Lassana Bictogo est le président du Conseil d’administration de SNEDAI- à travers sa filiale MEDAFRIQUE, contre X auprès du Procureur de la République pour des faits de détournement et de faux en écriture privée de commerce après une une « pseudo » révélation en interne d’un montage financier opaque au sein de MEDAFRIQUE, renforçant les doutes sur les pratiques financières douteuses entourant la famille.

Un système judiciaire à géométrie variable

Cette constellation d’affaires expose une vérité inquiétante : la justice ivoirienne, parfois trop lente, trop influencée ou tout simplement impuissante, peine à saisir et sanctionner les élites économiques et politiques. Les procédures dilatoires, les classements sans suite, les prescriptions et les manœuvres judiciaires finissent par protéger une famille dont les ramifications s’étendent dans tous les secteurs clés du pays.

Cette impunité au sommet du pouvoir judiciaire et politique exacerbe la défiance des citoyens et des partenaires internationaux et fragilise durablement la démocratie ivoirienne et son économie. Quand des innocents sont condamnés et des puissants blanchis, la question de la légitimité du système judiciaire se pose avec acuité.

La saga judiciaire de la famille Bictogo est symptomatique d’une crise plus large dans l’administration de la justice en Côte d’Ivoire. Restaurer l’intégrité des institutions, assurer une véritable indépendance judiciaire et garantir l’égalité devant la loi sont désormais des urgences pour redonner confiance à la population et à la communauté internationale. Sans cela, le pays risque de sombrer dans un cycle d’impunité, où la justice ne sera plus qu’un outil au service des puissants, au mépris des droits des citoyens.

La décision que rendra demain, 30 juillet 2025, le Pôle pénal économique et financier, dans le cadre de l’affaire de détournement de 1,6 milliard de FCFA, sera un moment clé pour la justice ivoirienne. Elle constituera un test décisif de son indépendance et de sa capacité à lutter efficacement contre la corruption au plus haut niveau.

LA REDAC’

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