Ahoua Don Mello n’est pas un homme ordinaire. Ingénieur de formation, ministre par engagement, diplomate par conviction, il incarne aujourd’hui l’un des visages les plus affirmés du panafricanisme moderne. Né le 23 juin 1958 à Bongouanou, en Côte d’Ivoire, cet intellectuel discret devenu acteur géopolitique majeur dans l’espace BRICS, incarne un trait d’union entre l’Afrique francophone, l’ingénierie de développement et la multipolarité internationale. Diplômé de l’École des Ponts ParisTech, Ahoua Don Mello s’impose d’abord dans le monde scientifique. Il devient enseignant-chercheur en mathématiques appliquées et génie civil à l’Institut National Polytechnique Houphouët-Boigny (INPHB) de Yamoussoukro, avant de diriger en 1998 la Technopole de Yamoussoukro. Cette première étape de sa carrière témoigne de son attachement à l’expertise technique et au développement structurel.
Du BNETD au ministère : l’homme du développement public
Entre 2000 et 2011, il dirige le Bureau National d’Études Techniques et de Développement (BNETD), où il pilote près de 200 projets publics chaque année. Cette expérience de haut niveau le propulse sur le devant de la scène politique ivoirienne : il devient ministre de l’Équipement et de l’Assainissement dans le gouvernement Aké N’Gbo (2010–2011), sous la présidence de Laurent Gbagbo. Proche du président déchu, il s’exile après la crise post-électorale de 2011 et s’installe en Guinée, où il devient, entre 2014 et 2021, conseiller spécial du président Alpha Condé.
Un acteur clé des BRICS en Afrique
Depuis 2021, Don Mello prend une nouvelle dimension : il est nommé haut représentant des BRICS pour l’Afrique de l’Ouest et du Centre. Soutenu par des réseaux économiques russes, il devient en 2023 vice-président de l’Alliance internationale des BRICS, chargé des projets stratégiques.
Il œuvre pour une Afrique affranchie des tutelles occidentales, défend la création d’une monnaie régionale pour l’Alliance des États du Sahel (AES), et promeut une coopération renforcée avec Moscou et Pékin. Il affirme que le PIB des BRICS (36 %) dépasse désormais celui du G7 (32 %), et appelle à une refondation monétaire du continent.
Une figure politique fidèle à Gbagbo et au panafricanisme
Militant du Front Populaire Ivoirien (FPI) dès 1983, il fonde le mouvement La Renaissance en 1997, puis revient au FPI en 2000. Fidèle à Laurent Gbagbo, il occupe divers rôles clés sous sa présidence. Depuis 2021, il est vice-président du Parti des Peuples Africains-Côte d’Ivoire (PPA-CI), en charge des questions panafricaines.
Il n’a jamais caché sa loyauté envers Gbagbo, affirmant que ce dernier reste le « meilleur profil pour 2025 », tout en se déclarant prêt à être candidat si celui-ci était empêché, ce qui alimente les spéculations sur un rôle de « plan B ».

Discours, influence et stratégie multipolaire
Très actif dans les conférences internationales (Kazan, Cocody…), Don Mello se veut le porte-voix d’une Afrique souveraine. Il critique vivement le régime Ouattara, dénonçant le recul démocratique, les délestages, la gestion du cacao, ou encore la dépendance au franc CFA.
Il a récemment rencontré plusieurs chefs d’État africains, dont le président Traoré (Burkina Faso), le général Tchiani (Niger) et Adama Barrow (Gambie), pour promouvoir des projets stratégiques dans l’énergie, les infrastructures et la défense.
Controverses et critiques
Son parcours n’est pas sans zones d’ombre. Il est mis en cause dans l’affaire foncière de Kaporo Rails en Guinée, où des milliers de maisons auraient été démolies dans le cadre d’un projet d’aménagement controversé. Accusé d’être lié à la société Imaag Holding, il a publié un droit de réponse, affirmant que les terrains appartenaient à l’État guinéen et que son rôle se limitait aux infrastructures. À ce jour, aucune condamnation formelle n’a été prononcée.
Sa proximité avec Moscou alimente aussi les critiques : certains observateurs l’accusent de jouer un rôle d’agent d’influence pro-russe en Afrique de l’Ouest. Ce qu’il balaie d’un revers de main, plaidant pour une « Afrique souveraine, libre de ses choix géopolitiques ».
À 67 ans, Ahoua Don Mello apparaît comme un homme d’avenir dans un continent en quête de repères. Entre expertise technique, engagement politique et diplomatie alternative, il incarne une Afrique qui cherche à redéfinir ses alliances et à maîtriser son destin. Qu’on le soutienne ou qu’on le critique, son influence ne cesse de croître.
LA REDAC’