Le parquet d’Abidjan fait face à un dossier politico-foncier explosif à Koumassi Campement. Au cœur du litige, 34 hectares de remblai lagunaire octroyés à un promoteur privé via un arrêté signé par l’ancien secrétaire d’État Célestin Serey Doh, en violation directe d’un décret présidentiel.
C’est une véritable bombe juridique que tentent de désamorcer les magistrats du plateau. Selon les documents judiciaires et la « grosse » d’une décision de justice consultés par Enquête Media , le méga-projet immobilier de Koumassi Campement dissimule en réalité un immense braquage foncier de 34 hectares sur la lagune Ébrié.
Si le promoteur Alloui Brou Jacques est aujourd’hui en première ligne des poursuites pour « voies de fait » et « destructions volontaires », l’enquête remonte désormais le fil des complicités étatiques jusqu’au sommet de l’administration maritime de l’époque.

Le passe-droit de Serey Doh
La clé de voûte de cette opération repose sur un document ultra-sensible : l’arrêté ministériel n°0318/MT/SEMTAM/CAB, paraphé le 30 novembre 2021. Le signataire n’est autre que Célestin Serey Doh, secrétaire d’État auprès du ministre des Transports, chargé des Affaires maritimes (président du conseil régional du Guémon).
Par cet acte, Serey Doh a autorisé le promoteur privé à privatiser et remblayer une portion massive du domaine public lagunaire. Le hic ? Cet arrêté bafoue frontalement la hiérarchie des normes ivoiriennes, et plus particulièrement le décret présidentiel n° 2019-591 du 3 juillet 2019. Ce texte d’ordre public interdit strictement tout remblayage à des fins économiques ou promotionnelles privées, et impose une enquête publique préalable — dont aucune trace n’apparaît dans le dossier de Alloui Brou Jacques.
L’embarras du Parquet
Pour le procureur de la République, le dossier est politiquement inconfortable. Jusqu’ici, la justice s’est concentrée sur les déguerpissements brutaux et les démolitions sur le site. Mais la « grosse » judiciaire — pièce irréfutable et juridiquement inattaquable à ce stade — démontre que le promoteur n’aurait jamais pu initier ces procédures d’expulsion sans le « tampon » officiel des Affaires maritimes. C’est bien le sceau de l’État apposé en 2021 qui a légitimé le chaos actuel.
Alors que le gouvernement de Alassane Ouattara affiche une politique de tolérance zéro face à l’anarchie foncière qui fragilise Abidjan, le parquet est désormais mis au défi de la cohérence. Les enquêteurs se contenteront-ils de poursuivre le promoteur exécutant, ou oseront-ils remonter jusqu’à l’autorité politique qui a paraphé l’acte initial ?
Selon nos informations, ce volet lagunaire n’est que la première pièce d’un puzzle plus vaste d’attributions foncières litigieuses dans la zone d’Abidjan Sud, qui commence à faire grincer des dents au sein de la primature.
Enquetemedia