L’imbroglio foncier au quartier « Campement » revèle les liaisons dangereuses entre l’entourage du maire Narcisse Toussaint Balley( filleuil de Bacongo), un opérateur privé, Alloui Brou, desormais « introuvable » et l’appareil judiciaire d’Abidjan.
C’est un véritable séisme institutionnel qui secoue le district autonome d’Abidjan depuis le début du mois de juin. En l’espace d’une semaine, la municipalité de Koumassi( dirigée pendant 6 ans (2018-2023) par Cissé Bacongo), s’est retrouvée prise au piège de ses propres approximations administratives. L’affaire, qui concerne la démolition sauvage de la cité Houphouët-Boigny (communément appelée « Campement »), a tourné au bras de fer politique après l’intervention fracassante du procureur de la République près le tribunal de première instance d’Abidjan, Koné Braman Oumar.
Le zèle suspect de la direction de la communication
Selon nos informations , le premier acte du fiasco s’est joué le 3 juin. Ce jour-là, la direction de la communication de la mairie publie un communiqué officiel au ton particulièrement direct. Elle y endosse la responsabilité de couvrir une opération de déguerpissement d’envergure menée par un homme d’affaires local, Alloui Brou Jacques.
Le cabinet du maire, Narcisse Toussaint Balley, affirme alors hors de tout doute que l’opérateur économique agit en vertu d’une « grosse exécutoire » et de documents judiciaires en parfaite régularité. Une manière pour l’édile de se laver les mains du coût politique et social de l’opération en la reléguant au rang de simple « procédure judiciaire ».
Sauf que l’empressement de la mairie à défendre les intérêts de M. Alloui cachait une faille majeure : personne au sein des services juridiques de la commune n’avait rigoureusement vérifié le contenu réel de la décision de justice.

Changement de cap et gestion des décombres
Cinq jours plus tard, le 8 juin, face au tollé général provoqué par l’ampleur des destructions et la détresse des familles laissées sans abri, la mairie opère un virage à 180 degrés. Le ton se fait soudainement humanitaire et compassionnel. La mairie annonce à grands frais le déploiement de ses équipes techniques pour évacuer les montagnes de gravats laissées sur le site par l’opérateur privé.
Cette opération « coup de poing » suscite déjà l’interrogation des conseillers municipaux d’opposition. Pourquoi la collectivité locale utilise-t-elle les deniers publics et les camions-bennes de la commune pour nettoyer le chantier d’un opérateur privé qui a agi pour son propre compte ?

Le procureur Koné Braman Oumar fait sauter le parapluie municipal
La réponse est venue le 10 juin, par une mise au point dévastatrice du procureur de la République. Le magistrat hors hiérarchie a publié un communiqué qui déconstruit point par point la défense de l’hôtel de ville.
Contrairement aux affirmations de la mairie, le tribunal d’Abidjan avait expressément rejeté la demande de démolition introduite par Alloui Brou Jacques. La décision de justice dont il se prévalait n’autorisait aucun engin de chantier. Alors que la mairie a laissé raser une parcelle entière du quartier Houphouët-Boigny, le litige foncier initial ne portait en réalité que sur cinq (5) habitations.
Le Parquet refuse de parler de litige foncier et qualifie désormais les faits de « troubles à l’ordre public, voies de fait et destruction volontaire de bien d’autrui », en vertu des articles 179, 190, 382, 485 et 486 du Code pénal.

Une municipalité sur la défensive
Désormais, l’opérateur Alloui Brou Jacques est qualifié de fugitif par le Parquet, son communiqué précisant qu’il est « actuellement introuvable » et activement recherché par les services de police.
À l’hôtel de ville de Koumassi, l’ambiance est lourde. L’enquête pénale ordonnée par le procureur de la République vise à faire « toute la lumière » sur l’affaire. Elle devra inévitablement déterminer le degré de complicité ou de corruption au sein des services municipaux qui ont permis à un opérateur privé d’utiliser de faux prétextes juridiques pour mener une opération de démolition d’une telle ampleur, sous l’œil passif, sinon bienveillant, des autorités locales.