Le « Grognon » renonce à son statut de réfugié
Après plus de deux décennies de protection internationale dans l’Hexagone, Souleymane Coulibaly, figure historique de la RTI et de France Inter, s’apprête à tourner la page de son statut politique pour retrouver la pleine jouissance de sa citoyenneté ivoirienne.
Le journaliste ivoirien Souleymane Coulibaly, plus connu sous son pseudonyme de micro Soro Solo, a officiellement entamé les démarches pour renoncer à son statut de réfugié politique en France. Ce titre, qui lui avait été accordé en novembre 2003 par l’Ofpra(Office français de protection des réfugiés et apatrides), marquait jusqu’ici la distance sécuritaire entre l’animateur et les autorités d’Abidjan.

De la « Chronique du grognon » au bannissement
Né en 1950 à Korhogo, en pays sénoufo, Soro Solo a marqué l’histoire de Radio-Télévision ivoirienne (RTI). Entré au studio école en 1974, il s’était imposé comme la voix des sans-voix avec sa célèbre « Chronique du grognon » lancée en 1989. Ce programme, qui épinglait les dérapages des services publics, lui avait valu une immense popularité mais aussi de solides inimitiés au sein de l’appareil d’État.
Le tournant intervient en septembre 2002. Alors que le régime de Laurent Gbagbo fait face à la rébellion venue du nord, Soro Solo est frappé d’une interdiction d’antenne. Menacé physiquement et meurtri par l’assassinat de plusieurs membres de sa famille, il s’était résolu à l’exil en janvier 2003.
L’ambassadeur des rythmes africains à Paris
Durant ses vingt années de vie parisienne, le journaliste n’est pas resté inactif, devenant un acteur incontournable de la diplomatie culturelle entre l’Afrique et l’Europe. Il a marqué les auditeurs avec « L’Afrique enchantée » sur France Inter, co-animée avec Vladimir Cagnolari, vulgarisant avec humour et pédagogie l’histoire politique et musicale du continent.
Membre de l’assemblée générale d’Afrique en Créations, il a collaboré étroitement avec l’AFAA (aujourd’hui Institut français), sous la tutelle du Quai d’Orsay, ainsi qu’avec la revue Africultures.
Soro Solo, qui a passé sa carrière à naviguer entre les musiques panafricaines et les critiques sociales, est désormais prêt à clore son chapitre de « réfugié » pour redevenir un acteur civil à part entière, entre Paris et Abidjan.
Ph/DR