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Affaire Monogaga/ 99 ans de bail sur 40.000 hectares, 11 millions FCFA par an pour un siècle de silence.

Écotourisme à prix d’ami, domaine maritime en suspens : conflit de compétences au sommet de l’État

Il fallait oser. Il fallait surtout compter. Dans l’affaire Monogaga, l’État concède 39.828 hectares pour des activités écotouristiques pendant 99 ans, contre une modeste redevance annuelle de 11.948.400 FCFA. Sur un siècle, ou presque, cela fera la rondelette somme de 1.182.188.600 FCFA. Oui, vous avez bien lu. Moins d’un milliard deux cents millions pour un bail qui flirte avec l’éternité.
A ce prix-là, même la forêt doit se demander si elle n’a pas été soldée en période de promotion.

La bénéficiaire ? La Roots Wild Foundation, fondée en 2022 par Bilal Hallal. Jeune fondation, grande ambition. En contrepartie de cette redevance que certains qualifient déjà de « symbolique », la fondation obtient la mise en œuvre d’un vaste projet écotouristique. Jusque-là, tout paraît vert. Très vert.

Mais le vert commence à virer au bleu.

Car la convention concerne officiellement la forêt. Uniquement la forêt. Or, soudainement, des occupants du domaine maritime sont priés de faire leurs valises. La mer, semble-t-il, aurait été incluse dans le pack, comme une option gratuite. Les Eaux et Forêts estiment que la forêt a une emprise sur le domaine maritime. Les Affaires maritimes ivoiriennes, elles, tombent des nues. Non associées à la convention, les Affaires maritimes ivoiriennes, rappellent qu’elles ont la charge des frontières et du domaine maritime. Et que la mer n’est pas un accessoire forestier.

Le décret de 1977 créant l’agro-forêt de Monogaga précise qu’elle est limitée au sud par la mer. Limitée. Pas prolongée. Mais selon une lecture audacieuse, la forêt aurait désormais « une emprise sur la mer ». Une interprétation poétique, qui oublie un détail : le Code maritime de 2017 est une loi, et dans la hiérarchie des normes, une loi surpasse un décret. Même en bord de mer.

Pendant ce temps, un procès est intenté contre les occupants du domaine maritime. Officiellement pour occupation irrégulière. Officieusement, il s’agit de libérer l’espace pour de futurs projets. Des partenaires sont déjà dans les starting-blocks, avec une vision claire qui est de faire de Monogaga un Assinie bis. Soleil, villas, investisseurs triés sur le sable.

Problème. L’occupation et la gestion du domaine public maritime relèvent exclusivement des Affaires maritimes. Pourtant, la Roots Wild Foundation de Bilal, avec l’appui des Eaux et Forêts, a demandé à l’administration maritime de renoncer à ses attributions sur près de 40 kilomètres de côtes. Objectif supposé : ouvrir la voie à des cessions à de potentiels acquéreurs. Autrement dit, transformer le littoral en vitrine immobilière.

Le plus savoureux reste la redevance. Onze millions par an pour près de 40.000 hectares d’écotourisme. Une somme pourrait correspondre à la recette journalière du site si le projet fonctionne pleinement. Le seul domaine public maritime pourrait générer des centaines de milliards en dix ans s’il était correctement valorisé. Mais qu’importe, pour 11 millions FCFA par an, on a 99 ans de tranquillité.

Ni les villageois, ni le conseil régional ne sont parties prenantes à la convention. Ils regardent passer le train ou le yacht depuis le quai.

On nous parle de clause de reconstruction du verger. Belle intention. Mais les Eaux et Forêts disposent déjà des essences nécessaires à la reconstitution. Et travaillent main dans la main avec la Roots Wild Foundation. Dès lors, que reste-t-il à faire pour justifier un bail d’un siècle ?
Peut-être apprendre aux arbres à nager.

Au fond, l’affaire Monogaga pose une question simple. Peut-on, au nom de l’écotourisme, redessiner la frontière entre forêt et mer, entre décret et loi, entre intérêt général et intérêts bien particuliers ? A ce rythme, demain, la mangrove revendiquera le large et l’horizon sera mis aux enchères.

A suivre

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