C’est une enquête qui mêle religion, manipulation et escroquerie transcontinentale. Depuis plusieurs années, Jean-Marc Chaim Rosenfeld, présenté comme un rabbin et homme de foi engagé dans la reconstruction du « Troisième Temple de Jérusalem », multiplie les allers-retours entre Israël et l’Afrique, où il s’est fait un nom auprès de plusieurs communautés chrétiennes. Mais derrière cette façade spirituelle se cache une réalité plus trouble : faux documents, usurpation d’identité, escroquerie en bande organisée, et une mise en danger avérée des communautés juives africaines.
Une figure controversée sous haute surveillance
D’origine alsacienne, vivant à Jérusalem, Rosenfeld s’est construit une réputation en militant pour la cause du « Troisième Temple », une idée chargée de signification historique et religieuse. Depuis 2010, il organise conférences, rassemblements, échanges interculturels entre Israël, la Côte d’Ivoire et la République démocratique du Congo. Une action qui aurait pu s’inscrire dans un dialogue interreligieux et culturel s’il n’y avait, selon des sources officielles, tromperie et escroquerie.

Le faux certificat envoyé au Président de Côte d’Ivoire
Mr Alassane OUATTARA. Le Rav David Daniel HACOHEN a
envoyé de faux certificats aux
autorités de l’Etat de Côte
d’Ivoire….
Le Centre Européen de lutte contre l’antisémitisme et le Collectif des Juifs d’Afrique pour la Torah ont transmis un signalement sérieux aux autorités rabbiniques d’Israël et de France, ainsi qu’aux autorités civiles en Côte d’Ivoire et en RDC. Leurs accusations sont lourdes : faux et usage de faux documents rabbiniques, usurpation d’identité, escroquerie, et incitation à la haine antisémite.


Courrier officiel adressé par la Communauté Danite de Côte d’Ivoire à l’Institut du Temple de Jérusalem, sollicitant une clarification sur l’identité et les activités de Monsieur Rosenfeld.

Courrier de dénonciation de
l’Institut du Temple en date
du 30/08/2023
Faux titres, faux certificats : un jeu dangereux
Jean-Marc Chaim Rosenfeld se présente régulièrement comme « Directeur de l’Institut du Temple de Jérusalem » ou « Responsable européen de la reconstruction du Troisième Temple ». Ces titres, largement utilisés dans ses communications et sur plusieurs médias africains, sont catégoriquement démentis par l’Institut du Temple de Jérusalem.

Réponse écrite de l’Institut du Temple de Jérusalem à la Communauté Danite, démentant formellement tout lien avec Monsieur Rosenfeld et récusant ses prétentions à une quelconque fonction au sein de l’Institut.
Dans un courrier officiel, Gilad Rotshtein, directeur de cet Institut, dénonce la falsification de la signature du rabbin Ariel Israel, fondateur de l’Institut, utilisée par Rosenfeld pour fabriquer de faux certificats de participation à la construction du Troisième Temple. Ces documents ont été remis à diverses communautés en Afrique, dans le cadre d’une collecte de dons illégale et interdite par la Torah.

Copie d’un faux certificat de « participation à la construction du Troisième Temple » distribué par Monsieur Jean-Marc Rosenfeld à diverses communautés africaines.
Plus inquiétant encore, un centre rabbinique de Jérusalem, le Centre Shaarey Kedusha Outefilah, dirigé par le Rav David Daniel Hacohen, est soupçonné de complicité dans cette escroquerie. Celui-ci aurait émis de faux certificats attribuant à Rosenfeld des titres de « Grand Rabbin de Côte d’Ivoire », usurpant ainsi l’autorité religieuse officielle.

Un diplome d’honneur est payé entre 1500 et 7500 euros…..

Une mise en danger des communautés juives africaines
Les conséquences de ces agissements dépassent largement le cadre financier. En Côte d’Ivoire et en République démocratique du Congo, où Rosenfeld a développé un réseau avec plusieurs Églises chrétiennes – parmi lesquelles l’Église Protestante Baptiste Œuvres et Mission Internationale, le Consistoire des Églises Protestantes ou encore l’Église Shekinah Tabernacle – les communautés juives locales expriment une vive inquiétude.


Jean-Marc Chaim ROSENFELD accompagne régulièrement des délégations de pèlerins chrétiens d’Afrique
francophone à l’Institut du Temple de Jérusalem et leur fait croire qu’il e n est l e Directeur.
La collecte de fonds pour un projet religieux illégal, associée à une fausse représentation de l’autorité rabbinique, a provoqué une tension palpable. Ces actes sont considérés comme une profanation par les Juifs d’Afrique, mettant en danger leur intégrité et leur sécurité face à des tensions communautaires croissantes.

Un rabbin de Jérusalem, à l’origine de la diffusion d’une vidéo d’alerte en août 2023, a clairement dénoncé ces pratiques comme une « incitation à la haine antisémite » et un « danger pour la Torah et les communautés juives ».
Une plainte déposée pour faire la lumière
Les communautés juives africaines ont ainsi décidé d’alerter les autorités compétentes. Le Consistoire de Paris, la Rabanout Centrale de Jérusalem, ainsi que la police de Jérusalem ont reçu un dossier complet contenant les preuves des agissements de Rosenfeld. En Côte d’Ivoire et en RDC, des hauts responsables politiques et religieux ont également été informés.
L’objectif clair est de stopper immédiatement les agissements de cet individu, de procéder à son arrestation et de faire la lumière sur l’étendue des victimes. Ces dernières années, Rosenfeld a accumulé un certain nombre de soutiens dans les milieux chrétiens, mais à quel prix ?
Enquête en cours, vigilance maximale
Le cas Jean-Marc Chaim Rosenfeld montre à quel point les discours religieux peuvent être instrumentalisés à des fins personnelles et criminelles, avec des conséquences graves sur les relations intercommunautaires et la sécurité des minorités.
Dans un contexte déjà tendu autour du rôle du « Troisième Temple » dans la politique israélo-palestinienne, cette affaire rappelle que la vigilance est de mise face à ceux qui utilisent la foi pour manipuler et escroquer.
S. Bonnard. @enquetemedia