Le choix du renouveau – Quand le Bénin prépare l’avenir pendant que la Côte d’Ivoire s’accroche au passé !

Alors que la Côte d’Ivoire s’apprête à revivre un scénario politique désormais tristement familier avec la candidature d’Alassane Ouattara pour un quatrième mandat à l’âge de 83 ans, le Bénin opte pour un tout autre chemin. À moins d’un an de l’échéance électorale de 2026, la majorité présidentielle béninoise vient de désigner Romuald Wadagni comme son candidat à la succession de Patrice Talon. Une décision stratégique, mûrement réfléchie, qui contraste avec la perpétuation du pouvoir ivoirien et pose la question essentielle du renouvellement générationnel et institutionnel en Afrique de l’Ouest.

Une transition assumée, une vision portée

En choisissant Romuald Wadagni – né le 20 juin 1976 à Lokossa (Bénin)- ministre de l’Économie et des Finances depuis 2016, la mouvance présidentielle béninoise fait le pari d’une continuité maîtrisée doublée d’un profond renouvellement. Âgé de 49 ans, cet ancien expert international est reconnu pour son sérieux, sa technicité et son rôle central dans la modernisation économique du Bénin. Sa désignation par les partis de la majorité n’est pas une surprise tant son nom revenait avec insistance dans les cercles politiques et médiatiques depuis plusieurs mois.

Cette transition est d’abord un signal politique fort. Elle montre que, contrairement à nombre de régimes de la sous-région englués dans une personnalisation extrême du pouvoir, le Bénin est en mesure d’organiser une relève structurée, paisible et préparée. C’est aussi, peut-être, l’un des legs les plus importants de Patrice Talon, président réformateur mais souvent critiqué pour sa gouvernance verticale : avoir anticipé l’après sans céder à la tentation de l’éternité.

À Abidjan, l’éternel retour

À Abidjan, justement, le contraste est saisissant. Le président Alassane Ouattara, malgré les années et les tragédies politiques qui ont marqué son parcours, a annoncé son intention de briguer un quatrième mandat en 2025. Une décision qui ravive les inquiétudes autour d’un pouvoir usé, incapable de produire une relève politique à la hauteur des enjeux contemporains.

Certes, l’histoire récente a pesé lourd dans cette décision : les décès successifs de ses dauphins désignés, Amadou Gon Coulibaly et Hamed Bakayoko, ont laissé le RHDP orphelin de figures consensuelles et crédibles. Mais faut-il pour autant conclure à une fatalité de la personnalisation du pouvoir ? Kandia Camara, actuelle présidente du Sénat, ou encore Téné Birahima Ouattara, frère du chef de l’État, sont des figures d’expérience. Pourtant, aucun d’eux n’a été jugé capable de porter l’étendard du parti au pouvoir. Le message est clair : en Côte d’Ivoire, l’alternance est encore perçue comme un risque, non comme une nécessité démocratique.

Deux modèles, deux avenirs

Ce face-à-face entre les trajectoires béninoise et ivoirienne dit beaucoup des défis politiques du continent africain. D’un côté, une classe dirigeante qui prépare l’avenir en mettant en avant des profils nouveaux, dans une logique de gouvernance et de transmission. De l’autre, une vieille garde accrochée au pouvoir, rattrapée par le poids de l’histoire, la peur du vide, ou tout simplement l’incapacité à faire confiance à d’autres.

Ce n’est pas seulement une question d’âge ou de génération. C’est une affaire de culture politique. Le Bénin, en posant les jalons d’une alternance apaisée, donne à voir un modèle de transition démocratique encore trop rare en Afrique. La Côte d’Ivoire, en s’enfermant dans les spirales de la répétition, prend le risque de fragiliser une stabilité pourtant durement acquise.

Le choix de Romuald Wadagni n’est pas seulement celui d’un homme. C’est celui d’une méthode, d’une vision, d’un pays qui veut grandir autrement. À Abidjan, le temps parait figé. À Cotonou, il avance.

Smith Bonnard. T pour @enquetemedia

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