Ancien d’Armajaro, le fils de la première dame Dominique Ouattara a su transformer sa société Africa Commodity en un passage obligé de la filière café-cacao. Entre influence discrète au Conseil Café-Cacao (CCC) et partenariats stratégiques avec les géants du chocolat, enquête sur le « hedge fund » personnel du clan présidentiel.
Dans les salons feutrés de l’hôtel Tiama à Abidjan ou lors des raouts du cacao à Londres, son nom revient avec la régularité d’un métronome. Loïc Folloroux, 50 ans, n’est pas seulement le fils de Dominique Ouattara. C’est avant tout un « trader » pur jus, formé à la dure école britannique du négoce de matières premières.
De Armajaro à l’envol d’Africa Commodity
C’est au sein du fonds britannique Armajaro, fondé par le légendaire Anthony Ward, que Loïc Folloroux a fait ses armes. Directeur de la branche africaine jusqu’à la disparition du fonds, il a récupéré une partie des réseaux et du savoir-faire pour lancer sa propre structure : Africa Commodity.
Contrairement aux autres exportateurs nationaux souvent fragiles, Africa Commodity bénéficie d’une assise financière solide et d’une expertise technique qui lui permet de traiter d’égal à égal avec les « Majors » (Cargill, Barry Callebaut, Olam). Selon nos sources, Africa Commodity capte désormais une part significative des quotas d’exportation réservés aux opérateurs ivoiriens, consolidant un volume annuel qui se chiffre en dizaines de milliers de tonnes.
Les relais au sein du Conseil Café-Cacao (CCC)
Bien qu’il n’occupe aucune fonction officielle à l’immeuble Caistab, siège du CCC dirigé par Yves Brahima Koné, l’influence de Loïc Folloroux est omniprésente. Lors des arbitrages sur les contrats de déblocage (les ventes par anticipation), Africa Commodity est systématiquement positionnée sur les lots les plus qualitatifs. À San Pedro, premier port cacaoyer mondial, les filiales logistiques liées à la galaxie Folloroux contrôlent des entrepôts stratégiques. Ce contrôle physique de la fève est le nerf de la guerre pour garantir les embarquements dans les temps. Un fait marquant reste la reprise des installations de la SIFCA-COOP (société de producteurs autrefois puissante) après sa liquidation. Africa Sourcing occupe désormais ses usines de traitement à Abidjan (Zone portuaire) et San Pedro.

Au-delà de l’or brun, Loïc Folloroux verrouille l’opinion via Radio Nostalgie et la NCI, cette chaîne privée logée au cœur même de ses bureaux de négoce. Ce maillage médiatique, couplé à son rôle pivot au Conseil Café-Cacao (CCC), en fait l’interlocuteur inévitable des multinationales (Cargill, Barry Callebaut) face aux réformes d’Abidjan. Enfin, sa vice-présidence à la fondation Children Of Africa achève de lier son influence économique à l’action sociale du clan présidentiel.
Un intermédiaire de luxe pour les multinationales
Pour les géants mondiaux du chocolat, Loïc Folloroux est l’interlocuteur « idéal ». Il parle le langage des marchés de Londres et de New York, tout en ayant un accès direct au palais présidentiel d’Abidjan.
Lors de l’implémentation du Différentiel de Revenu Décent (DRD) — la prime de 400 $ par tonne — il a joué les facilitateurs entre les broyeurs internationaux, réticents, et les autorités ivoiriennes.
Africa Commodity ne se contente pas d’exporter. La société sert de relais local pour des groupes internationaux souhaitant sécuriser leur approvisionnement sans s’exposer directement aux complexités administratives ivoiriennes.
De l’anacarde à la logistique, prévoyant le « cycle de fin » politique, Loïc Folloroux a entrepris une diversification méthodique de ses actifs. Via Africa Commodity, il a investi massivement dans le négoce de l’anacarde, dont la Côte d’Ivoire est devenue le premier producteur mondial. Il est présent, de manière plus discrète, dans des holdings de services portuaires et de gestion d’actifs, souvent via des structures domiciliées hors de Côte d’Ivoire pour plus de discrétion.
Si ses compétences de négociant sont reconnues même par ses concurrents, sa position soulève l’éternelle question du mélange des genres. Dans un secteur où le prix d’achat au planteur est une question de stabilité sociale, la réussite insolente de Africa Commodity est scrutée de près par les institutions internationales (FMI, Banque Mondiale).
Loïc Folloroux sait que son empire est intrinsèquement lié à la solidité du pouvoir en place. Pour l’heure, le « trader du Plateau » continue de régner sur l’or brun ivoirien, loin des caméras mais au cœur du système.
Enquête Media 16/03/26