Une PME ivoirienne accuse une banque burkinabè d’avoir violé le secret bancaire. L’instruction judiciaire est en cours. Derrière le dossier pénal, un coût social massif. Enquête
Une phrase, puis le vide
Tout commence par quelques mots prononcés dans une salle de réunion à Abidjan. Trois jours plus tard, un projet à 7,7 milliards FCFA est abandonné. Quelques mois après, 72 salariés perdent leur emploi.
Entre les deux : une accusation lourde. Violation du secret bancaire.
Ama*, 43 ans, coordinatrice administrative chez SOGETRA depuis huit ans, découvre son licenciement sans explication.
« Je pensais que c’était un problème entre dirigeants. Je ne savais pas que ça allait nous tomber dessus. »
Ce que dit la plainte
Le 12 février 2025, lors d’une réunion dans les bureaux de Fidelis Finance à Abidjan, des cadres de la banque auraient communiqué à un tiers des informations confidentielles sur leur cliente SOGETRA :
créances en souffrance, appréciations internes du risque.

Trois jours plus tard, le 17 février, ce tiers se retire d’une acquisition immobilière stratégique. Pour SOGETRA, c’est l’asphyxie.
La suite est connue : tension de trésorerie, durcissement du crédit, activation des sûretés, puis l’effondrement.
Un précédent judiciaire en UEMOA
Le 23 septembre 2025, SOGETRA porte plainte avec constitution de partie civile.
Le 29 septembre, une information judiciaire est ouverte.
Le 17 octobre, Fidelis Finance Burkina Faso est mise en examen comme personne morale, aux côtés de cinq cadres dirigeants.
C’est inédit dans l’espace UEMOA pour une affaire de secret bancaire.
Le cœur du scandale. Le secret bancaire n’est pas une règle morale. C’est une obligation pénale.
La loi UEMOA prévoit jusqu’à 5 ans de prison et 50 millions FCFA d’amende.
Mais ici, la question dépasse la faute individuelle :
quand une banque parle, qui paie ?
Les oubliés de l’affaire. Le droit instruit. Les salariés chutent.
Kouassi*, ancien responsable logistique, a retiré ses enfants de l’école.
Yolande*, 52 ans, proche de la retraite, cherche un emploi.
Ils n’étaient ni clients, ni décideurs. Ils sont les victimes collatérales.
Les chiffres bruts
- 72 licenciements
- 7,7 milliards FCFA de transaction annulée
- 1,641 milliard FCFA de mise en demeure
- 1 874 messages WhatsApp versés au dossier
- Aucun mécanisme d’indemnisation pour les salariés
L’instruction dira si la loi a été violée.
Mais une chose est déjà certaine : la confidentialité bancaire, quand elle cède, ne détruit pas seulement des bilans. Elle détruit des vies.
* Noms modifiés.