50 % de réduction au cinéma, 400 % d’augmentation des frais d’inscription à l’université publique.
A chacun de faire son interprétation. Mais une chose est sûre : derrière ces chiffres se cache une violence sociale silencieuse, méthodique et assumée.
Avant 2011, avant ce qu’ils ont appelé la réhabilitation de l’Université, les frais d’inscription étaient certes imparfaits, mais restaient socialement supportables.
Un bachelier orienté s’inscrivait pour 7 000 francs la première année, puis 6 000 francs jusqu’au DEA.
Le travailleur inscrit en FIP payait 26 000 francs, puis 25 000 francs les années suivantes.
Ce n’est qu’au niveau de la thèse que l’étudiant orienté rejoignait le travailleur, à 25 000 francs.
L’Université publique remplissait alors – tant bien que mal – sa mission : former sans exclure.
Puis est arrivée la réhabilitation. Puis le système LMD. Et avec eux, une logique nouvelle : celle de la rentabilité, appliquée sans état d’âme à un service public. Désormais, sous couvert de modernisation :
30 000 francs pour la Licence,
60 000 francs pour le Master, 90 000 francs pour le Doctorat.
Des montants déjà lourds, mais auxquels les étudiants ont fini par s’adapter, faute d’alternative. Jusqu’à l’année dernière.
Car la rentrée universitaire 2024-2025 s’est ouverte dans un contexte bien particulier : après la dissolution de la FESCI , principal contrepoids étudiant. Et comme souvent lorsque le rapport de force disparaît, certains y ont vu une opportunité.
Les frais, déjà exorbitants, ont alors explosé.
La Licence 3, autrefois protégée par le fameux parapluie atomique, est passée de 30 000 à 100 000 francs..
Les étudiants en Master, qui payaient en majorité 60 000 francs, se voient désormais imposer 200 000 francs à partir de la troisième inscription dans le cycle.
Les Doctorants, eux, devront débourser 300 000 francs à partir de la quatrième inscription, tandis que leurs camarades travailleurs atteignent la barre des 400 000 FCFA.
Mais le plus choquant n’est peut-être pas encore là.
Parallèlement à ces hausses, une pratique inquiétante s’est généralisée : le recouvrement rétroactif.
Des étudiants en Master et en Doctorat se voient contraints de payer plusieurs années d’un coup, parfois jusqu’à six années, avant même d’obtenir l’autorisation de soutenir.
Des arriérés sont exigés à des étudiants en Licence, même lorsqu’ils prouvent leur non-participation aux cours ou aux examens.
Comment comprendre qu’un Doctorant soit sommé de “régulariser” des années universitaires remontant jusqu’à 2018 ?
Où va cet argent collecté en dehors de tout exercice budgétaire en cours ?
Quelle traçabilité, quelle justification, quelle légitimité ?
Le comble de l’absurde a été atteint lorsque, de façon unilatérale, les frais d’inscription en FIP ont été portés à 200 000 FCFA.
Toutes ces décisions sont prises par le Vice-président en charge des Enseignements, le Professeur Monsan, qui affirme agir sous l’autorité du DSI de l’Enseignement supérieur, le sieur Maïga Abou.
Ainsi, l’Université publique, censée être un ascenseur social, devient progressivement un filtre économique.
Non plus un lieu de savoir, mais un péage.
Non plus un espace d’émancipation, mais une machine à exclure les plus modestes.
A ce rythme, il ne restera bientôt qu’une question à poser : à qui l’Université publique est-elle encore destinée ?