C’est une tempête qui gronde sur la filière stratégique du Café-Cacao ivoirien. Et elle pourrait emporter bien plus que des feuilles mortes. Ce mercredi 23 juillet 2025, une déclaration incendiaire du CONASA.CI – le Conseil National des Syndicats Agricoles de Côte d’Ivoire – a mis le feu aux poudres. Son président, TIA Marcel, accuse ouvertement le Conseil du Café-Cacao (CCC) d’avoir livré en toute illégalité le fichier national de recensement des producteurs à une organisation fraîchement créée : l’ONPCC CI. Derrière ce transfert de données sensibles, c’est tout un système que les syndicats agricoles dénoncent : favoritisme, manipulation, clientélisme, et une volonté délibérée de confisquer la voix des vrais producteurs au profit d’un organe fantoche. Enquête sur une mise en scène où les coulisses sentent fort le parfum du scandale.
Mise en place contestée de l’interprofession Café-Cacao : le fichier de trop ?
Le fichier de recensement des producteurs de Café-Cacao est l’un des documents les plus sensibles du secteur. Élaboré avec des fonds publics, il constitue l’outil central pour évaluer la représentativité des organisations agricoles dans le processus de création de l’interprofession. Ce fichier devait rester strictement confidentiel jusqu’à la finalisation du processus. Pourtant, selon le CONASA.CI, il a été livré – hors cadre légal – à l’ONPCC CI, une entité créée en janvier 2025, sans base juridique solide, ni ancrage réel sur le terrain. Le nom qui revient avec insistance dans cette affaire : Jérémie Kouassi, vice-président du comité technique chargé de la mise en place de l’interprofession, haut cadre du CCC et bras droit du DG Yves Koné. C’est lui qui aurait signé le communiqué validant l’ONPCC CI comme interlocuteur officiel, en dépit du refus catégorique du président du comité technique OIA café–cacao, André Kouassi, de cautionner ce qu’il aurait qualifié – selon nos sources – de « mascarade organisée ».

Une organisation sans légitimité mais déjà toute-puissante…
Les faits sont troublants. L’ONPCC CI, selon les révélations du CONASA.CI, n’a jamais tenu d’assemblée générale constitutive. Elle n’a pas encore obtenu d’agrément officiel. Son secrétaire général a même rejoint ses rangs trois mois après sa création. Et pourtant, c’est cette structure qui a aujourd’hui accès au fichier stratégique de tous les producteurs de la filière. Comment une organisation aussi jeune, sans ancrage territorial prouvé, peut-elle se présenter comme représentant plus de 50 % de la production nationale ? La question dérange, mais elle mérite d’être posée.
Selon une évaluation menée en 2024 sur 86 organisations agricoles, aucune ne remplissait le critère fixé par l’ordonnance présidentielle de 2011 : représenter au moins 15 % de la production nationale. Faute de soutien institutionnel, ces structures historiques – actives depuis parfois plusieurs décennies – n’ont pas pu atteindre le seuil. Plutôt que de les accompagner, le Conseil Café-Cacao aurait, toujours selon le CONASA.CI, préféré « fabriquer » une représentativité artificielle en appuyant une coquille vide. « On ne peut pas construire une interprofession sur du faux. C’est une violation flagrante de l’éthique, de la légalité et des règles du jeu démocratique », tonne TIA Marcel.
Une interprofession à la carte ?
La mise en place de l’interprofession ressemble de plus en plus à une opération de contrôle politique de la filière. Le CONASA.CI dénonce un scénario écrit d’avance : neutraliser les acteurs historiques, imposer une organisation malléable, et verrouiller l’accès aux ressources et aux décisions. Et pour cela, quoi de mieux que de s’approprier le fichier de recensement, véritable carte maîtresse du processus électoral agricole ? Face à ce qu’il qualifie de « hold-up institutionnel », le CONASA.CI exige une refonte totale du processus. Parmi ses principales revendications : Une table ronde nationale inclusive, réunissant toutes les organisations évaluées, les syndicats agricoles, et les autorités techniques ; la suspension immédiate de toute reconnaissance officielle accordée à l’ONPCC CI ; l’appui structurel des organisations agricoles historiques afin de rétablir un équilibre équitable ; la publication intégrale des critères d’évaluation et des justificatifs de représentativité. Pour TIA Marcel, ce n’est pas une querelle d’egos, mais un enjeu de souveraineté agricole. « Ce combat n’est pas personnel. Il s’agit de défendre la dignité du monde paysan. La filière Café-Cacao ne peut pas être confisquée par des intérêts partisans. » L’affaire ne fait que commencer. Le CONASA.CI donne rendez-vous mercredi prochain pour une nouvelle déclaration. Pendant ce temps, dans les coulisses du Conseil Café-Cacao, le silence est pesant. Et l’étau, lui, se resserre. Le sort de l’interprofession Café-Cacao sera un test majeur pour la gouvernance agricole en Côte d’Ivoire. Les acteurs sincères de la filière ont désormais le devoir de choisir : la transparence, ou la confiscation. Le temps des petits arrangements entre amis semble révolu. La terre, elle, n’oublie jamais ses vrais cultivateurs.
Aismo. K pour enquetemedia