Depuis quelques années, le système d’accès à l’Université publique en Côte d’Ivoire semble se complexifier, notamment pour ceux qui souhaitent s’inscrire après plusieurs années d’attente ou d’orientation dans des établissements privés. Une nouvelle directive, introduite, 9 décembre 2024, par l’Université Félix Houphouët-Boigny (UFHB) dans le cadre de la « procédure » FIP (Formation Individuelle Permanente) – elle s’adressait à un public de travailleurs et d’étudiants en rupture de cycle- , suscite de vives inquiétudes parmi les étudiants potentiels et leurs familles. Désormais, l’accès à l’université ne sera plus ouvert à ceux qui détiennent un baccalauréat « vieux » de plus d’un an, à moins qu’ils ne soient déjà travailleurs.
La FIP : un dispositif qui restreint les possibilités d’inscription
La passerelle FIP permettait, jusque-là, aux bacheliers ayant obtenu leur diplôme depuis quelques années, de solliciter une inscription à l’Université Félix Houphouët-Boigny, à condition qu’ils n’aient pas eu la possibilité d’intégrer l’université dans l’immédiat après l’obtention de leur bac. Ce système, qui offrait une chance aux jeunes qui n’avaient pas pu poursuivre leurs études pour des raisons économiques ou autres, est désormais subordonné à une nouvelle exigence : être travailleur.

Pour des milliers de jeunes ayant décroché leur baccalauréat il y a deux, trois ou même plusieurs années, cette règle représente une véritable fermeture de porte. Ce sont ces jeunes, souvent issus de familles modestes, qui avaient été orientés vers des écoles privées ou des formations qui ne correspondaient pas toujours à leurs ambitions professionnelles, qui se retrouvent aujourd’hui confrontés à un obstacle majeur pour accéder à l’enseignement supérieur.
Des parcours chaotiques : entre désorientation et privation
Il est fréquent que de jeunes bacheliers, faute de moyens ou d’orientation adaptée, se retrouvent dans des établissements privés ou des grandes écoles, souvent avec des frais de scolarité exorbitants, qui ne sont pas à la hauteur de leurs attentes professionnelles. Beaucoup choisissent ainsi de repousser leur rêve universitaire, dans l’espoir de pouvoir intégrer un jour une filière publique. Pour certains, l’université reste un objectif à long terme, un projet qu’ils remettent en attente pour diverses raisons : l’indisponibilité des places dans les filières souhaitées ou des moyens financiers insuffisants pour poursuivre leurs études dans le privé.
Jusque-là, le système FIP leur permettait d’espérer un jour intégrer l’université publique, mais aujourd’hui, cette possibilité leur est en grande partie barrée. La nouvelle règle, qui conditionne l’accès à l’université à la situation de travailleur, semble oublier que ces jeunes, souvent désorientés dans des formations inadaptées, n’ont pas forcément de travail stable et que nombre d’entre eux ont déjà fait face à des difficultés économiques considérables.
L’impact sur l’égalité des chances
La mesure prend une tournure particulièrement injuste pour ceux qui n’ont pas pu poursuivre leurs études immédiatement après le bac. Elle accentue les inégalités, car elle pénalise une frange de la population déjà vulnérable. Les enfants issus de familles modestes qui n’ont pas eu les moyens d’intégrer une université publique après leur bac, ou qui ont été dirigés vers des formations qui ne répondent pas à leurs aspirations professionnelles, se voient ainsi écartés du parcours académique, faute de conditions suffisantes pour prétendre à une inscription.
Ceux qui ont pris leur mal en patience et ont attendu quelques années pour pouvoir intégrer l’université, notamment en raison de problèmes financiers ou d’une orientation initiale inappropriée, se retrouvent désormais dans une impasse. La contrainte d’être travailleur pour espérer un jour revenir à l’université revient à dire que seuls ceux ayant déjà une stabilité financière peuvent poursuivre leur parcours académique, reléguant ainsi au second plan l’égalité des chances, valeur pourtant fondamentale d’un système éducatif démocratique.

Une orientation erronée : une jeunesse sacrifiée
Le véritable problème réside dans le fait que de nombreux jeunes sont orientés, parfois à la hâte et sans véritable considération pour leurs ambitions professionnelles, dans des filières qui ne correspondent pas à leurs aspirations. Loin d’être des choix éclairés, ces orientations dans des écoles privées ou des formations non pertinentes ne font qu’ajouter à la confusion des jeunes, qui se retrouvent avec des diplômes qui ne leur ouvriront pas les portes qu’ils espéraient.
Plutôt que de favoriser des solutions qui encouragent le développement des talents et la diversification des parcours, cette nouvelle règle FIP ne fait que renforcer les fractures sociales et éducatives en Côte d’Ivoire. Les jeunes qui étaient déjà dans l’attente d’une possibilité d’accès à l’université sont aujourd’hui confrontés à un système qui leur ferme la porte, renforçant l’idée que l’éducation supérieure est de plus en plus un privilège des privilégiés.
LA REDAC’