À l’ENA, tout va bien. Mieux, tout est transparent. Si transparent qu’on y voit surtout… le vide. QR codes sur les copies, concours décentralisés, chartes de bonne conduite signées à la chaîne. La vitrine est impeccable. Le problème, c’est l’arrière-boutique.
Car derrière cette avalanche de réformes « modernes » se cache, selon de nombreux murmures de couloir, un système bien huilé où un seul réseau aurait survécu à la grande purge morale : celui du Directeur Général, Narcisse Sepy Yessoh, arrivé en janvier 2023 pour succéder à Mme Traoré Salamata. Un réseau si résilient qu’il aurait même résisté aux QR codes.

Dans cette architecture invisible, le DG ne serait pas seul. L’ombre bienveillante — ou très directive — de la Ministre d’État Anne Oulotto, dont il fut Conseiller Technique au Ministère de la Fonction Publique, planerait encore sur les concours. Coïncidence sans doute, mais c’est justement ce refus d’« harmonisation des vues » qui a coûté son poste à l’ancien chef du service des concours, Adjoumani Kouman Hippolyte, limogé en septembre 2024 pour avoir, dit-on, refusé de « rentrer dans les rangs ».
Il sera remplacé par Mme KOKO Ehouman Marie Laure, réputée plus… conciliante.
Deux options, un seul objectif : l’admission
Dans ce système parallèle, deux voies semblent exister.
● L’option gratuite, réservée aux agents de l’ENA (une place par tête, la générosité a ses limites), à certains hauts responsables politiques, et à ce que les mauvaises langues appellent — avec beaucoup de poésie — les « bonnes petites du DG ».
● L’option premium, gérée avec professionnalisme par des chargés d’études :
- 3 millions pour le cycle moyen, jusqu’à 10 millions pour le cycle supérieur.
Ici, l’excellence académique est accessoire, la solvabilité essentielle.
Même le DG de la Fonction Publique, Soro Gninagafol, aurait vu sa liste « taper poto » l’an dernier, simple conséquence d’un différend « diplomatique » entre directions générales. À l’ENA, on ne parle pas de conflit, mais de réajustement stratégique.
Le choix des filières : quand le classement devient décoratif
Autrefois, naïvement, les filières se choisissaient par ordre de mérite au concours. Depuis la 60ᵉ promotion (2023), place à la réforme : six mois de tronc commun, puis un classement interne. Sur le papier, c’est propre. Dans la pratique, c’est… créatif.
La Secrétaire Générale, Mme Traoré Aline, pourtant légalement chargée de conduire l’opération, est soigneusement mise à l’écart pour avoir refusé les « ajustements pédagogiques ». Résultat : le DG pilote seul, et des profils académiquement légers se retrouvent miraculeusement dans les filières les plus prestigieuses. À l’ENA, le niveau est relatif, mais les relations sont absolues.
La nouveauté, la filière « diaspora »
Dernier chef-d’œuvre d’ingénierie administrative : la « filière diaspora ».
France, Canada, États-Unis : certains compatriotes seraient admis… sans concours. Ils n’ont pas composé, mais ils ont « compris le processus ». Le bon tuyau vaut mieux que la bonne note.
Les concours exceptionnels : quand le dossier remplace l’examen
Enfin, viennent les concours exceptionnels :
● accès direct,
● accès à l’emploi,
Le tout sans épreuve, à condition d’être contractuel dans le ministère concerné. Ministère de l’Intérieur, Finances et Budget : Attaché administratif, Administrateur civil, Attaché des finances, Douanes, Trésor, Budget, Impôts…
Il suffit d’une chose : une attestation de travail.
Vraie, fausse, ou créativement interprétée — l’essentiel est qu’elle existe. Le tout fonctionne, dit-on, avec la complicité active de certaines DRH. Un business discret.
À l’ENA, on ne parle plus de concours, mais d’orientation stratégique des carrières.
La méritocratie n’a pas disparu : elle a simplement changé d’adresse… et de tarif.
A bientôt avec Sonec Africa
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