La démocratie en Afrique semble, de plus en plus, un exercice de façade pour les régimes en place, un théâtre où les actes et les discours se juxtaposent, mais ne se rencontrent jamais. L’exemple récent des félicitations adressées à John Dramani Mahama, le président nouvellement élu du Ghana, illustre parfaitement cette « schizophrénie » politique qui caractérise certaines élites africaines.
Un modèle de démocratie en trompe-l’œil
Tout d’abord, il faut saluer l’exemple du Ghana qui, dans ce contexte, paraît un véritable havre de stabilité démocratique en Afrique de l’Ouest. L’élection de John Dramani Mahama, saluée par son adversaire et acceptée sans heurts par l’ensemble des acteurs politiques du pays, dénote une maturité démocratique louable.

Les félicitations de Guillaume Soro, président de Générations et Peuples Solidaires, à Mahama ne sont pas seulement un acte de diplomatie, mais un message de soutien à une démocratie qui fonctionne, qui permet l’alternance et qui respecte le choix du peuple. Dans ce contexte, féliciter un président élu dans des conditions aussi sereines peut sembler une évidence.
Mais cette image de démocratie éclatante est rapidement ternie lorsqu’on regarde au-delà des frontières du Ghana et qu’on se penche sur la situation en Côte d’Ivoire, au Burkina, Mali, Niger.
Le cas de la Côte d’Ivoire : une démocratie dévoyée
La situation en Côte d’Ivoire est emblématique de ce que l’on pourrait appeler la « démocratie de façade ». En effet, le président Alassane Ouattara, en dépit des principes démocratiques qu’il clame haut et fort, a lui-même largement contribué à fragiliser l’architecture institutionnelle du pays en modifiant la Constitution à son profit. C’est ce qu’on appelle le « push constitutionnel ». Au lieu de respecter le principe d’alternance démocratique, Ouattara a introduit un lifting de la loi fondamentale, une révision constitutionnelle qui a permis son maintien au pouvoir en 2020, malgré un troisième mandat controversé.

Aujourd’hui, à l’approche de 2025, la question d’un quatrième mandat refait surface. Les demandes de ses pairs, dont certains acteurs régionaux, ne laissent aucun doute sur ses intentions : Ouattara, bien loin de prôner la démocratie comme un principe inaltérable, semble vouloir s’accrocher au pouvoir par tous les moyens. À travers ses actions, il envoie un message clair : la démocratie, en Côte d’Ivoire, semble n’être qu’un outil manipulable au service des ambitions personnelles d’un président en quête de légitimité.
Félicitations paradoxales : quand la démocratie devient une manipulation
Ce qui est d’autant plus paradoxal, c’est que les félicitations à John Mahama par Alassane Ouattara, en dépit de la situation en Côte d’Ivoire, soulignent la dissonance entre le discours et les actes de certains dirigeants africains. Ouattara félicite un président démocratiquement élu, tandis qu’il cherche, par tous les moyens, à s’accrocher à son propre fauteuil, au détriment des principes mêmes de l’alternance démocratique.
Le cas de Guillaume Soro est également révélateur. L’ex-président de l’Assemblée nationale, qui a salué l’élection de John Mahama en soulignant la « maturité de la démocratie » ghanéenne, a pourtant lui-même été l’un des acteurs d’un changement de régime par la force. Son parcours est celui d’un homme qui, après avoir joué un rôle de premier plan dans une tentative de renversement d’un président élu, Laurent Gbagbo, en 2002, se retrouve aujourd’hui dans une posture paradoxale de défenseur de la démocratie, tout en étant impliqué dans des événements qui ont déstabilisé la nation ivoirienne.
En outre, Soro Guillaume, qui a proclamé haut et fort ses ambitions politiques et ses vues démocratiques, semble oublier que la stabilité politique ne se construit pas uniquement sur des discours et des félicitations, mais sur des actions concrètes et le respect des processus démocratiques. Une démocratie ne peut se contenter de féliciter un leader étranger pour ses succès électoraux tout en participant à des stratégies visant à déstabiliser son propre pays.
Les putschistes et la démocratie : un mariage contre-nature
Le paradoxe est d’autant plus flagrant quand on examine la réaction des chefs d’État africains, comme le capitaine Ibrahim Traoré du Burkina Faso, qui, après avoir renversé un gouvernement de putschistes, félicite John Mahama pour sa victoire électorale. Le Burkina Faso, sous sa gestion actuelle, a plongé dans une transition militaire qui ne laisse aucune place à l’expression démocratique. Là encore, nous sommes face à un cas où la démocratie est célébrée, mais dans un cadre qui s’y oppose foncièrement.

En Afrique, les régimes militaires ou ceux issus de coups d’État se parent souvent des oripeaux de la démocratie, feignant de célébrer les victoires des démocrates tout en étouffant leurs propres peuples sous le poids de la répression. La démocratie n’est pas un concept à géométrie variable, et elle ne se limite pas à féliciter un voisin pour sa victoire, tout en piétinant les droits et libertés de ses propres concitoyens.
LA REDAC