Laurent Gbagbo, ancien président ivoirien, se présente depuis toujours comme un démocrate convaincu. Mais à quelques mois de la présidentielle d’octobre 2025, c’est un visage bien différent qui se dessine : celui d’un leader devenu intolérant à la moindre voix discordante dans son camp, verrouillant son parti autour de son unique personne. Et au cœur de ce nouveau système, une femme impose son autorité et sa stratégie : Nadiana « Nady » Bamba, la compagne et conseillère influente, parfois décriée, du « Woody de Mama ».
Le PPA-CI en état de siège : la démocratie interne mise à l’épreuve
Depuis la création du Parti des peuples africains – Côte d’Ivoire (PPA-CI) – officiellement le 17 octobre 2021 mais en réalité bien avant, dans le salon de Nady Bamba à Bruxelles alors que Laurent Gbagbo y était retenu après son acquittement à la Haye- la formation politique « fondée » par Laurent Gbagbo, le débat interne devait être un socle démocratique. Or, ces dernières semaines, l’exécutif du parti multiplie les sanctions contre toute tentative d’ouvrir la discussion sur la candidature de l’ancien président, pourtant juridiquement fragilisée.
Ahilé Fernand et Dapa Donatien, deux cadres qui soutenaient une stratégie alternative proposée par Ahoua Don Mello – visant à anticiper une élection où Gbagbo serait inéligible – ont été brutalement écartés. Le 31 juillet 2025, c’est Don Mello lui-même, vice-président exécutif chargé des Lacs et du panafricanisme, qui a été limogé dans la foulée de l’annonce de sa candidature indépendante.
Dans un communiqué sec, le PPA-CI, via son président exécutif Sébastien Dano Djédjé, a aussitôt rejeté cette démarche, la qualifiant d’initiative « strictement personnelle », réaffirmant une ligne politique rigide fondée sur le « combat pour une Côte d’Ivoire souveraine, unie, réconciliée et démocratique ». Ironie de l’histoire, Don Mello, ancien directeur du BNETD, avait pourtant salué le parcours militant de Gbagbo, plaidant pour un pragmatisme politique destiné à éviter un boycott – une posture pourtant rejetée avec fermeté.
Cette rigidité contraste avec l’image de « démocrate » que Gbagbo s’était forgée, notamment avec son slogan historique « Asseyons-nous et discutons ». À la place, le PPA-CI est devenu une enceinte fermée où la pluralité d’opinions est non seulement étouffée mais sévèrement punie. « Gbagbo ou rien » n’est désormais le credo d’une base militante idolâtre, aveuglée face aux réalités juridiques et politiques.
Nady Bamba : l’ombre derrière le trône
Dans cette atmosphère de verrouillage, un personnage émerge comme un acteur-clé du pouvoir de Laurent Gbagbo : Nady Bamba, sa compagne devenue épouse depuis le 8 Août 2024. Bien que n’occupant officiellement aucun poste dans le PPA-CI, elle est devenue, selon plusieurs sources, la véritable « tour de contrôle » du leader. Ancienne correspondante de la radio Africa N°1 et fondatrice du groupe de communication Cyclone, Nady Bamba supervise étroitement l’agenda politique de Gbagbo. Notre source révèle qu’elle a instauré un cordon sanitaire autour de son compagnon, interdisant désormais aux vieux compagnons de s’improviser visiteurs ou de partager un dîner avec lui. Cette surveillance renforcée nourrit tensions et ressentiments au sein du parti, où plusieurs cadres dénoncent la mainmise quasi exclusive de Nady Bamba sur les accès au chef.

Elle est la première interlocutrice de Gbagbo, répond à ses appels, l’accompagne dans la majorité de ses déplacements politiques, et contrôle les rencontres qu’il tient. Pour certains, cette présence très marquée participe à un « verrouillage » du pouvoir, voire à un contrôle politique opaque.
Une guerre ouverte et idolâtrie figée
Lors d’une réunion publique début janvier 2015, déjà, Affi N’Guessan avait violemment ciblé Nady Bamba, qu’il accuse d’être le « pivot du complot » dont il se dit victime. Selon lui, la stratégie de la compagne de Gbagbo vise à récupérer le parti pour le détourner à des fins personnelles, voire à le céder à des rivaux comme Guillaume Soro ou Alassane Ouattara. Des accusations lourdes qui reflètent l’ampleur des divisions et la défiance qu’inspire la gestion du clan Gbagbo.
À l’heure où la Côte d’Ivoire se prépare à une élection cruciale, l’image d’un Laurent Gbagbo démocrate semble s’estomper au profit de celle d’un chef de parti autoritaire, enfermé dans une logique de pouvoir personnel, piloté dans l’ombre par Nady Bamba. Et la base militante s’accroche à une idolâtrie figée, c’est tout le futur du PPA-CI qui est en jeu : continuer à incarner une force démocratique crédible ou sombrer dans une autocratie interne.
S. DIDIER pour enquetemedia