Depuis la publication progressive des archives judiciaires liées à l’affaire Epstein, courriels, agendas et correspondances sont passés au crible par les rédactions et les chercheurs. Ces masses documentaires, souvent fragmentaires, citent un grand nombre de personnalités issues de la finance, de la politique ou du monde académique. Leur simple apparition dans un document alimente parfois des interprétations hâtives.
Un document mentionnant le dirigeant financier Tidjane Thiam, président du PDCI, circule. Que contient réellement cette pièce et que permet-elle ou non d’en déduire ?
L’affaire Epstein et la nature des archives
Jeffrey Epstein, financier américain condamné pour des crimes sexuels impliquant des mineures, a fait l’objet d’enquêtes judiciaires d’ampleur. Les dossiers rendus publics regroupent des milliers de documents hétérogènes : échanges internes, carnets d’adresses, articles transférés, notes administratives.
Cependant, une mention dans un email ou un agenda ne constitue pas en soi une preuve d’implication. Les archives reflètent aussi des interactions professionnelles ordinaires, la circulation d’informations ou des réseaux sociaux larges.
Le document évoqué, un email relayant une actualité financière
La pièce citée correspond à un courriel daté du 10 mars 2015 :
●Expéditeur : David Stern
●Destinataire : Jeffrey Epstein
●Contenu : reproduction d’un article de Bloomberg consacré à la nomination de Tidjane Thiam à la tête du Crédit Suisse.
L’article analyse les défis stratégiques du nouveau dirigeant après le départ du directeur général précédent, Brady Dougan.

Selon la description disponible, le message ne comporte pas de commentaire substantiel sur Tidjane Thiam. Il s’agit d’un partage d’actualité économique, pratique courante dans des échanges entre acteurs intéressés par la finance internationale.
Ce que le document montre et ce qu’il ne montre pas
L’examen de la pièce permet d’établir plusieurs constats :
- L’email contient un article de presse public.
- Le contenu concerne une nomination majeure du secteur bancaire.
- Aucun élément ne décrit une relation personnelle, un rendez-vous ou une interaction directe entre Epstein et Tidjane Thiam.
Autrement dit, la pièce relève d’une mention contextuelle — la circulation d’une information médiatique — plutôt que d’un indice d’implication..
Plusieurs enquêtes journalistiques internationales soulignent que les archives Epstein mêlent contacts professionnels ordinaires, transferts d’articles de presse, listes de personnalités sans relation établie.
À ce jour, aucune procédure judiciaire ni enquête journalistique de référence n’a établi une implication de Tidjane Thiam dans les crimes reprochés à Jeffrey Epstein.
Les occurrences documentaires connues relèvent de mentions indirectes dont celle décrite ici qui est un partage d’article d’actualité financière.
Le document présenté, un courriel de 2015 transmettant un article sur la nomination de Tidjane Thiam au Crédit Suisse, montre la présence de contenus médiatiques ordinaires dans les archives Epstein.
En l’état des informations disponibles, il s’agit d’une mention documentaire sans élément attestant d’un lien personnel ou d’une implication dans l’affaire. Et une archive peut être authentique sans constituer une preuve.
LA REDAC’