Ibrahim Kourouma, l’inspecteur « trois étoiles » au cœur du déclin pédagogique.
Durant une décennie (2011-2021), la « Dame de Fer » du RDR a régné sans partage sur l’Éducation nationale ivoirienne. Si son bilan infrastructurel est brandi par la présidence comme un trophée, la réalité des salles de classe dépeint un système en état de mort cérébrale, orchestré par une technocratie aux méthodes contestées.
À Abidjan, dans les couloirs de la tour D, le nom de Kandia Camara sonne encore avec une ambivalence singulière. Nommée au lendemain de la crise post-électorale, celle qui est aujourd’hui présidente du Sénat a bénéficié d’une manne financière sans précédent pour « reconstruire » l’école ivoirienne. Mais derrière les chiffres rutilants du Programme de décentralisation des universités (PDU) et des collèges de proximité, un duo est pointé du doigt pour avoir conduit le niveau scolaire dans l’abîme : la ministre elle-même et son homme de confiance, Ibrahim Kourouma, l’inamovible Inspecteur général coordonateur Général de l’Inspection générale.

Le « système Kourouma », une gestion à la schlague.
Si Kandia Camara assurait le paratonnerre politique, Ibrahim Kourouma, surnommé l’inspecteur « trois étoiles » par ses détracteurs, était le véritable mécanicien du système. Sous leur direction, le management du ministère a basculé dans une approche jugée « bureaucratique et déconnectée ».
Le diagnostic des experts est sans appel : une gestion « méthodique et scientifique » de la baisse de niveau. Pour masquer l’engorgement des classes et le manque d’enseignants formés, le ministère a instauré une culture de la statistique flatteuse. On a construit du béton, certes, mais on a déshumanisé l’acte d’enseigner.
Les réformes du déclin : APC et passage automatique
Deux leviers ont, selon les syndicats et les observateurs internationaux (notamment le rapport PASEC), porté le coup de grâce à l’excellence ivoirienne :
L’Approche par Compétences (APC) dévoyée : Importée sans adaptation réelle au contexte de classes à 80 ou 100 élèves, l’APC a transformé les enseignants en simples « facilitateurs » démunis. Sans manuels adéquats et sans formation continue, cette réforme a sacrifié l’apprentissage des fondamentaux (lecture, écriture, calcul).
Le passage automatique : Pour réduire les taux de redoublement et complaire aux bailleurs de fonds, des directives ont longtemps favorisé le passage en classe supérieure avec des moyennes de plus en plus faibles. « Les redoublements coûtent 81 milliards à l’Etat », selon Ibrahim Kourouma..Résultat : une génération de bacheliers incapables de rédiger une note de synthèse cohérente.
La suppression de la dictée classique : Remplacée par des « évaluations de texte » simplifiées, cette mesure est restée le symbole du nivellement par le bas, jusqu’à son rétablissement symbolique par sa successeure.

Précarisation du corps enseignant
Pour pallier le déficit criant de personnel, Kandia Camara a massivement eu recours aux enseignants contractuels. Si l’initiative a permis de « tenir » les classes dans les zones reculées, la formation express de ces recrues a créé une scission au sein du corps professoral, affaiblissant la transmission du savoir-faire pédagogique.
L’après-Kandia…
En 2021, la nouvelle occupante du 28ème étage, Mariatou Koné, tente de déminer le terrain. En lançant les États généraux de l’éducation nationale (EGENA), elle a implicitement acté la faillite du système précédent. Cependant, la tâche est herculéenne : les « termites rampantes » du système — cette technocratie installée sous l’ère Camara/Kourouma — opposent une résistance feutrée à tout changement qui remettrait en cause les privilèges acquis.
A demain pour la gouvernance Mariatou Koné
Source : Enquête Media 12/04/2026.